Pourquoi Chypre inquiète les agences de notation ?

Standard & Poor's abaisse la note souveraine de Chypre de BB+ à BB. L'agence de notation a placé l'île sous surveillance avec implication négative, estimant que son endettement progressera encore en 2013.En juin dernier, les agences Fitch et Moody's avaient déjà dégradé la note de l'île.
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Sombres prévisions. Pour Standard and Poor?s, Chypre n?a pas de quoi rassurer les marchés.Selon l?agence, la petite île aurait besoin d?une aide11 milliards d?euros, soit 60% de son PIB. L?agence s?inquiète également de la progression de sa dette publique de 12% en 2012-2013,qui atteindrait 105% du PIB. Pour l?économiste chypriote Alexander Michaelides, professeur à l?Université de Nicosie, ces chiffres avancés sont « crédibles, voir sous-estimés ». Chypre, qui vient de prendre la présidence de l?UE en juillet, est restée affectée par la crise de 2009. Elle connaîtra cette année une récession de 0,8%. Sa dette publiques?élève 65% de son PIB.

Exposition à la crise Grecque
« Cette dégradation n?est pas surprenante. Tant que la situation en Grèce restera instable, Chypre ne sera pas à l?abri », analyse Alexander Michaelides. Le pays est une victime collatérale de la crise Grecque. La chute des deux principales banques chypriotes, la Laiki Bank et la Banque of Cyprus, ont démontré les liens étroits des deux Etats. Entre 2009 et 2010, les institutions bancaires ont racheté pour 5 milliards d?euros de titres publics grecs, soit 25% du PIB chypriote. En juin dernier, Chypre était le cinquième pays de l?euro-zone à faire appel à une aide européenne afin de recapitaliser ses banques. Nicosie, qui ne peut plus emprunter sur les marchés financiers, n?a également pas hésité à solliciter Moscou pour un prêt de 5 milliards d?euros « aux conditions moins contraignantes » que celles de l?UE, selon le président Chypriote. L?île a payé le prix fort « dans l'effacement de 107 milliards d'euros de la dette grecque », a récemment déclaré Vassos Shiarly, ministre des Finances. De fait, la méfiance des investisseurs dont est aujourd?hui victime la Grèce gagne Chypre. Pour Alexander Michaelides : « La solution viendra avant tout de la stabilité grecque.» Pour l?heure, la troïka, toujours en visite à Athènes, tente de trouver un plan de 11,5 milliards d'économies avec les responsables grecs.

Négociations à la traîne avec la troïka
La deuxième visite de la troïka sur l?île, en début de semaine, n?a visiblement pas rassuré Standard and Poor?s. Pour l?agence, les négociations entre experts et gouvernement Chypriote, destinées à évaluer le montant d?une aide, «ont peu de chance d?aboutir avant septembre.» Mardi dernier, le ministre des Finances Chypriote, Vassos Shiarly, a prévenu : «Il y a certains points qui ne sont pas acceptables en l'état et qui demandent à être de nouveau discutés. » Ce dernier rejette par cette déclaration les mesures radicales envisagées par la troïka. D?après la presse chypriote, les experts comptent en effet réduire les dépenses publiques d'un milliard d'euros. Une économie qui passerait par une baisse des salaires des fonctionnaires et des prestations sociales. La troïka envisage également un programme de privatisations et une hausse de la TVA, de 17% à 20%. Un paquet d?austérité loin d?être au goût du gouvernement communiste. « Un milliards d?euros : c?est énorme pour notre PIB, clarifie Alexander Michaeledis, et il est trop tôt pour imposer des privatisations à Chypre, le gouvernement n?en veut pas. » L?économiste ajoute : « ici à Chypre les gens ont aujourd?hui très peur du coût économique et social des mesures qui seront prises par la troïka. » Les 800 000 habitants de l?île veulent éviter un scénario austère « à la grecque».

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Commentaires 2
à écrit le 03/08/2012 à 13:04
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Un Paradis Fiscal qui a besoin de 11 milliards d'argent public français et allemand ? Ils se foutent de qui ?

à écrit le 03/08/2012 à 1:29
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il y a aussi et surtout un trou de 8 milliards d'euros dans les comptes du secteur bancaire grec. (rappel : PIB de Chypre ~20 mds)

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