Pourquoi Moscou va voler au secours de Chypre

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Le Kremlin offre à son paradis fiscal préféré un prêt de 5 milliards d'euros aux « conditions confortables ». Il s'agit surtout de protéger des investisseurs russes et peut-être aussi de parier sur le développement conjoint d'importants gisements gaziers autour de l'île.

Moscou a toutes les raisons de mobiliser et de concentrer ses ressources financières face à la tempête financière qui s?annonce. Pourtant, le gouvernement russe trouve le moyen de sortir de son budget d?importantes sommes pour venir en aide à un allié bien pratique. Le ministère des finances russe vient de confirmer que Chypre a officiellement demandé un crédit de 5 milliards d?euros, qui s?ajoute à celui de 2,5 milliards d?euros obtenu l?année dernière.

 

Pourquoi Chypre se tourne vers le « bon ami russe » ?

 

Nicosie, qui assure depuis le 1er juillet la présidence de l?UE, ressent le besoin pressent pour un crédit afin de recapitaliser son système bancaire et de boucler le budgétaire de l'île, prise dans les remous de la crise grecque. Le président de Chypre Demetris Christofias,a également fait appel à la « Troïka » (UE., BCE, FMI) pour une aide de trois milliards d?euros et pourrait également négocier une aide chinoise. Connu pour ses anciens liens avec Moscou, où il a étudié cinq ans et rencontré son épouse, le communiste Demetris Christofias n?a pas caché sa préférence pour l?aide russe, « moins contraignante que l?U.E. en terme de conditions sur le prêt ». « Les Russes, comme de bons amis, prennent soin de Chypre » a encore souligné celui qui est surnommé le « mouton rouge de l?Europe ». Moscou, à la différence des Européens, n?exige pas du gouvernement chypriote qu?il réduise la masse salariale des fonctionnaires, première source de dépenses du budget de l?Etat.


Moscou n?exige pas de réformes

 

Le Kremlin a d?autres intérêts que les réformes économiques dans l?île, considérée depuis le début des années 90 comme un « terrain d'affaires extraterritorial ». Un très grand nombre de sociétés holding possédant des pans entiers de l?économie russe, sont basés à Chypres, pour des raisons fiscales. L?économiste Mikhaïl Delyaguine considère Chypre comme une base arrière de l?économie souterraine russe et un « porte-avion insubmersible ». De fait, Chypre apparaît invariablement depuis une dizaine d?année parmi les trois principaux pays étrangers investissant en Russie, avec un total d?au moins 40 milliards d?euros. Des investissements russo-russes, donc, avec la complicité évidente du Kremlin, qui a les moyens de couper court à ces pratiques. Quelques oligarques peuvent ainsi payer moins d?impôts, blanchir tranquillement, tandis que, via des sociétés écran, bon nombre de haut fonctionnaires russes construisent parallèlement leurs affaires.

L'attrait du gaz

La découverte d?importants gisements de gaz au large des cotes chypriotes a encore décuplé l?intérêt de Moscou pour l?île. Au lieu de voir apparaître un nouveau rival capable d?exporter du gaz vers les clients européens, Moscou espère à travers ces coups de pouce financiers placer ces groupes en position prioritaire pour développer les gisements. Pour finir, l?île abrite une importante communauté russe, accueille un important contingent de touristes russes chaque année. Enfin, Chypre serait souvent utilisé comme base de transbordement d?armes de contrebande russes.

 

Moscou n?a pas encore dit officiellement oui au prêt, mais le suspense est quasi-nul. Le représentant permanent de la Russie auprès de l?Union Européenne Vladimir Tchijov a précisé lundi que le crédit accordé à Chypre n?est « pas lié » au programme d?aide aux pays européens en difficulté réalisé conjointement avec la commission européenne, la Banque Centrale Européenne et le FMI. « Il s?agit d?une recapitalisation du système bancaire [chypriote], qui contre son gré est la victime de ses liens étroits avec le système bancaire grec », a déclaré le diplomate russe.

 

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Commentaires
a écrit le 10/07/2012 à 16:27 :
La Turquie voudra sa part du gâteau !
a écrit le 10/07/2012 à 16:25 :
@ Emmanuel Grynszpan: ne se passe-t-il que des mauvaises choses en Russie ou Grynszpan fait-il des reportages à la Somerset Maugham du haut du balcon de son hôtel ?

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