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ÉconomieUnion européenne

Barroso, l'homme qui se voulait président

Florence Autret, à Bruxelles

Publié le 11 septembre 2012 à 13:15 - Mis à jour le 11 septembre 2012 à 13:28

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Rien n'a été laissé au hasard dans la préparation du discours sur l'état de l'Union européenne que prononcera mercredi José Manuel Barroso. En dépit des critiques qui lui sont adressées, le président de la Commission est convaincu de pouvoir « créer un moment historique ».

Un homme derrière son pupitre. Face à lui, un hémicycle de 736 représentants. Ce mercredi, le président fera sa rentrée politique pour « renouer l'alliance avec le Parlement », explique un collaborateur. Le discours qu'il y prononcera est sur le métier depuis des mois, justifiant réunions du staff à Lisbonne en plein c?ur de l'été et série de dîners avec des députés triés sur le volet. « Il y a encore passé le weekend », confiait lundi un membre du staff. Une confidence très publique qui fait partie de la rumeur entretenue depuis des semaines autour de ce discours. « Encore deux jours avant mon discours sur l'état de l'Union. Ecriture bien avancée, fait de bons progrès pendant le weekend », a tweeté le président lui-même. Tout Bruxelles doit savoir que quelque chose d'important se prépare. « Ce sera très fort », avertit une porte-parole.

Le fédéralisme des Etats-Unis

Pour créer l'évènement, aucun ressort symbolique ne saurait être négligé, à commencer par la référence directe au fédéralisme des Etats-Unis. Le « discours sur l'état de l'Union », une « tradition » vieille d'à peine trois ans instituée par Barroso lui-même au début de son deuxième mandat, est évidemment le pendant de la traditionnelle « adresse » que chaque année le président des Etats-Unis prononce devant le Congrès. Outre-Atlantique, c'est Georges Washington qui avait inauguré le genre en 1790, s'appuyant sur la Constitution américaine qui invite le président à « fournir de temps en temps au Congrès des informations sur l'état de l'Union ». A défaut d'une telle référence dans le traité européen, Barroso a fait inscrire le principe du SOTEU (State of the European Union, dans le jargon) dans l'accord institutionnel qui lie la Commission et le Parlement.

Le parallèle ne s'arrête pas là. Le plan de communication autour du discours, un document en quatre pages denses que nous avons pu consulter, multiple les références à... Obama. Toute ressemblance entre la page web « State of the Union » de la Maison blanche et celle du SOTEU, n'est donc absolument pas le fruit du hasard.

@BarrosoEU

Stimulé par l'exemple de ses pairs, le président Barroso s'est décidé cette année à sacrifier aux impératifs des médias sociaux : son compte twitter a été officiellement lancé le 3 septembre. « Que les autres leaders européens, Obama et van Rompuy y soient a achevé de le convaincre », explique-t-on dans son entourage. Histoire de ne pas partir de zéro, l'équipe de communication a habilement reconverti un compte existant qui comptait déjà quelques milliers d'abonnés et a réussi à le doubler à... 11.000 abonnés en quelques jours. Herman van Rompuy, dont la responsable des médias sociaux a été débauchée cette année par l'équipe Barroso, est largement distancé. La comparaison est évidemment moins flatteuse avec les 20 millions de « followers » d' @barackobama. Mais qui, dans la blogosphère, peut concourir avec Barack à part les stars du show biz ?

Le président Barroso, lui, n'est pas en campagne et candidat à rien. Son mandat expire en 2014, année des élections européennes. En théorie, il peut rempiler. Mais à part sa vice-présidente Viviane Reding qui ambitionne notoirement prendre sa place et entretient la rumeur par des serments de loyauté, personne ne le lui demande.

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« Vous avez mieux à me proposer ? »

Sa reconduction en 2009 n'avait pas suscité beaucoup d'enthousiasme même s'il avait réussi à recueillir une majorité absolue des voix au Parlement. A des eurodéputés français qui s'interrogeaient devant le président de la République de l'époque sur l'opportunité de lui confier un second mandat, Nicolas Sarkozy aurait répondu : « vous avez mieux à me proposer ? ».

Au sein de l'institution, les critiques fusent, toujours anonymes, sur la perte d'influence de la Commission européenne et la communication prévisible et formatée du président. L'an dernier, certains avaient même organisé un « bullshit bingo » pour railler la récurrence de termes consacrés et un peu creux dans l'allocution présidentielle. Le principe ? Chacun fait une liste de dix formules telles que l'incontournable « inclusive smart growth » et coche autant de fois qu'elles refont surface.

Ignorant ces impertinences, les équipes du président travaillent inlassablement à le remettre au centre du jeu politique européen. « Ils essaient depuis un an de communiquer l'idée que Barroso et la Commission ont fait ce qu'il fallait face à la crise », à grand coup de compilations des mesures prises, explique une source européenne. Sans vraiment effacer l'impression que l'exécutif européen a perdu la maîtrise de l'agenda.

« Il veut se situer dans un moment historique et donner des perspectives », explique-t-on à la Commission. Il entend aussi prendre à témoin l'opinion au sujet de la grande réforme de l'Union européenne qui se prépare. Dans l'aggiornamento annoncé, il n'est qu'un architecte parmi d'autres, aux côtés du président du Conseil Herman van Rompuy qui est celui qui rapporte aux chefs d'Etat et de gouvernement des Vingt-Sept.

Créer le buzz

L'an dernier, il s'était saisi de la proposition de taxe sur les transactions financières pour attirer l'attention sur son discours. Le projet a été mis de côté depuis par ceux-là même qui l'avaient réclamée. Cette année, l'« union bancaire » sera le clou du propos. Mais le terrain a été tellement labouré par les banquiers centraux et les grands argentiers depuis des mois que la Commission, bien qu'elle mette sur la table les propositions législatives, a du mal à s'octroyer la paternité d'une réforme présentée comme un saut qualitatif majeur dans l'intégration économique.

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« L'homme qui ne dit rien, mais en plusieurs langues », comme le désignent méchamment certaines mauvaises langues parisiennes, compte bien créer le buzz. La « comm » a déjà prévu un service après vente : le 19 septembre, un entretien avec la chaîne paneuropéenne Euronews a été calé en partenariat avec Google et Youtube.

Florence Autret, à Bruxelles

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