Une Catalogne indépendante serait-elle économiquement viable ?

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La Catalogne élira un nouvel exécutif le 25 novembre. En cas de majorité absolue, le nationaliste Artur Mas, serait en position de force pour exiger une plus grande autonomie budgétaire, voire plus. De quoi rouvrir le débat sur la viabilité économique d'un Etat catalan...

« Si la Catalogne était un Etat, nous serions parmi les 50 pays les plus exportateurs du monde. » Artur Mas l?a répété lors de cette campagne : il y a une vie sans Madrid. Avec ses 7,5 millions d?habitants, un tourisme florissant et un PIB de 200 milliards d?euros, soit 21% du total espagnol, la Catalogne dispose bien d?atouts. Germà Bel, économiste à l?Université autonome de Barcelone, esquisse un portrait de ce que pourrait être un Etat catalan : «D?abord une économie ouverte, car la Catalogne commerce beaucoup avec l?extérieur. Ensuite, ce serait une "Hollande du Sud" en termes de sciences, d?innovation et de hautes études : Barcelone est déjà la ville en Europe du Sud qui concentre le plus d?universités. »

Force à l'exportation


Après avoir longtemps servi d?aiguillon économique au pays, la Catalogne, même si elle a subi la crise de plein fouet, reste une force exportatrice. En 2011, avec 55,5 milliards d?euros, la région a même battu son record historique. L?économiste Xavier Cuadras, coauteur du livre «Sans l?Espagne», indique : « Si la Catalogne devenait indépendante et qu?on considère alors les ventes au marché espagnol comme des exportations, le volume total de ces dernières serait de plus de 60% du PIB, un chiffre supérieur à la majeure partie des pays européens. » Agustí Ulied, professeur à l?école de commerce ESADE, estime que la position géographique de Barcelone serait un avantage notable : « Les groupes internationaux connaissent bien la région, qui reçoit une grande partie des investissements étrangers en Espagne. Ils savent que la Catalogne est une porte d?entrée logistique vers la Méditerranée. »

Endettement massif


Mais l?export ne suffit pas à masquer un panorama morose qui a poussé l?agence Standard & Poor?s à reléguer la collectivité en catégorie spéculative. La Catalogne est la région la plus endettée d?Espagne (42 milliards d?euros) et le déficit public s?élève à 3,7 % du PIB. En cas d?indépendance, le PIB catalan pourrait chuter de 25%, d?après une étude de l?économiste Mikel Buesa. Selon d?autres analyses, ce nouvel Etat naîtrait avec une dette totale de? 150 milliards d?euros.

Réticences des entreprises et des analystes

Si le syndicat patronal catalan se montre discret, plusieurs entreprises ont affiché leurs réticences. A l?instar du géant éditorial Planeta qui a prévenu qu?en cas d?indépendance, le groupe quitterait Barcelone. Même tonalité chez Volkswagen-Audi Espagne, qui pourrait migrer à Madrid. Du côté des investisseurs, la circonspection est de mise. UBS a qualifié de « potentiellement désastreuses » les perspectives économiques d?un tel scénario. De son côté, JP Morgan estime que le sujet restera « une source d?incertitude pour plusieurs années. » Et l?hypothèse d?une sortie de la zone euro inquiète les marchés.

"Déficit fiscal"


Spécialiste en Affaires publiques à Princeton, le Catalan Carles Boix juge crédible un Etat indépendant, mais il pointe le véritable point de discorde : « Je préfère prendre la question à l?envers : la Catalogne peut-elle être viable dans la situation actuelle ? Pour moi, c?est non. » Et de souligner l?écart entre ce que l?Etat espagnol collecte et ce que Barcelone récupère : « La Catalogne apporte 19,5% des recettes publiques d?Espagne mais elle en reçoit 14%. » L?argument est repris à Barcelone, où ce « déficit fiscal » est évalué à 16 milliards par an.

Un Statut proche du pays basque ?


Certains analystes estiment que, au-delà des slogans, le réel objectif d?Artur Mas serait d?obtenir un statut proche du Pays basque, qui gère seul ses impôts. Car un vrai divorce pourrait coûter cher aux deux parties, comme le rappelle Josep Oliver-Alonso, de l?Université autonome de Barcelone : « Même si la Catalogne peut être viable économiquement, il ne faut pas oublier le contexte économique. (?) Madrid et Barcelone n?ont plus accès aux marchés internationaux et le projet indépendantiste pourrait aggraver la crise financière, en Catalogne comme en Espagne. »
 

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a écrit le 26/11/2012 à 11:44 :
Pourquoi dans presque la totalité de chacun des pays du monde, certaines régions plus riches que d'autres contribuent-elles au budget de ces dernières ? le simple bon sens, et la volonté politique bien sûr, qui ont renforcé au cours de l'histoire cette redistribution ; pour l'aspect politique, cela a permis en toile de fond la cohésion de chaque pays ; en quelque sorte donc, un pays, c'est un ensemble de régions dont les unes aident les autres.
D'autre part, la proximité des intérets a donné naissance a des régions transfrontalières ; par exemple l'Eurométropole Lille-Kortrijk-Tournai.
Peut-être l'Europe de demain pourrait-elle ne plus s'adresser à aucun pays en particulier, mais uniquement aux régions.
Ceci permettrait d'éviter un échelon administratif, celui du pays, qui dans une Europe forte n'est pas utile, et au contraire de mieux respecter le choix des cultures historiques.
a écrit le 21/11/2012 à 14:59 :
L´ile de Malte et le Vatican sont des etats indendants et s´en tirent pas mal !
La Noverge elle doit sa richesse a ses harengs et ses morues ..... Le gaz naturel on n´en parle pas !
Les 3/4 des regions dynmiques et developpées en Europe sont non seulement de langue et de culture germanique ( je mets dans le sac le flamand, le suedois, le danois , le Tyrolien etc ...)
Réponse de le 25/11/2012 à 18:21 :
Mais ne pas oublier que le Finnois, n'est pas une langue germanique !
La Finlande, le pays le plus solidement AAA de l'EuroLand !
Et qui construit des centrales nicléaires avec la technologie ...d'Areva !
a écrit le 20/11/2012 à 23:51 :
L'independace est une follie, delire ou rêve pas réel.
a écrit le 19/11/2012 à 22:03 :
La Norvège compte 4 millions d'habitants et est un des pays les plus prospères au monde. Nous, au Québec, cela fait longtemps qu'on entend ce genre de débat complètement inutile et idiot propagé par ceux et celles qui veulent maintenir le statu quo.
a écrit le 19/11/2012 à 14:48 :
La viabilité d'un Etat n'a rien à voir avec la taille du pays qu'il sert. Pour être viable, un Etat doit être libéral, en ce sens qu'il doit défendre la vie, la liberté et la propriété privée, minimal, c'est-à-dire qu'il doit fermement limité à ses missions régaliennes de défense, de sécurité et de justice, et enfin moral, organisé de telle sorte qu'il ne favorise pas des institutions contraires à la nature humaine, par exemple contre la famille. Tout le reste est vaine palabre pour faux sociologues et faux économistes keynésiens, malthusiens ou marxistes.
a écrit le 19/11/2012 à 9:25 :
Liberté, égalité et fraternité.... mais surtout liberté n'est pas?
a écrit le 19/11/2012 à 9:13 :
Une Alsace indépendante, une Haute Savoie rattachée à la Suisse, un pays basque ou une Bretagne libre, c'est viable ?
Réponse de le 19/11/2012 à 9:58 :
Oui si on supprime l'étage France et que les droits régaliens soient transférer au niveau européen. Que d'économies d'échelles cela ferait : armée, affaires étrangères, finances ...

Je rappelle que les départements ont été crée sur l'idée en 1789 de pouvoir faire l'aller -retour entre le chef-lieu et sa résidence à cheval en 1 journée.

A l'heure actuelle, cette notion sera au niveau régionale. Et quant à la Bretagne, pour éviter le sempiternelle débat entre Rennes et Nantes, comme capitale, je vote pour Vannes, ou historiquement le parlement se réunissait

Réponse de le 19/11/2012 à 11:26 :
c'est une utopie, politiquement; mais économiquement très, très viable. Les états fédéraux en Europe se portent généralement bien mieux ques les états "républicains" ou les "royaumes" centralisés. Il n'y a pas que l'Allemagne qui à travers ses états puissants (et il est vrai bien moins puissants à l'est) arrivent à développer des structures très diverses et concurrentes d'un état à l'autre et qui contribuent fortement à sa force économique : ainsi très diversifiées et présente dans tous les domaines économiques, l'Allemagne est vraiment schumpeterienne, une destruction (donc remise en question) permanente et une création vigoreuse de nouvelles valeurs. Si les régions françaises pourraient surmonter l'occupation de la france par Paris, transférer la fonction régaliennnes à l'Europe (les derniers gouvernements français et le présent ont démontrés leurs totales incapacités à ce sujet) et renvoyer les parisiens à créer une espace économique du "grand Paris" encore plus dynamique, cela seront les français, les régions françaises et les européens qui gagneraient.
Réponse de le 19/11/2012 à 12:47 :
que 10 des 40 régions les plus prospères de l'Europe sont des "Länder" allemands. Il n'y a que l'Île de France qui se place parmi les 40 1ere régions européennes. Eurostat 2008 (il n'ya a pas plus frais): Among the 40 regions exceeding the 125% level, ten were in Germany, five in the Netherlands, four each in Austria and the United Kingdom, three each in Spain and Italy, two each in Belgium and Finland, one each in the Czech Republic, Denmark, Ireland, France, Slovakia and Sweden, as well as the Grand Duchy of Luxembourg.
Rhônes-Alpes se place en 2eme position en France; mais même pas en 40 eme position en Europe et ne dépasse pas les 125 % du PIB de la moyenne des 300 et quelques régiosn en Europe! Donc, en pleine péripherie des misérables en Europe! Il n'y aucune autre régions en France qu'on pourait qualifier de très prospère!
Réponse de le 25/11/2012 à 10:49 :
toutes les boites françaises ou presque ont leur siège à Paris , même les grosses PME . Si les régions étaient indépendantes et si l'état était moins centralisé, elles rapatrieraient peut être leur siège à coté de leur centre de production en province. Les régions françaises auraient un meilleur classement et Paris descendrait de sa tour d'ivoire. D'ailleurs nous sommes dirigés par Paris et on voit le résultat: minable.

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