Combien les nouvelles mesures d'aide à la Grèce vont coûter à la France

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La dernière réunion de l'Eurogroupe a permis de trouver un accord pour rendre la dette grecque "soutenable". La Grèce va ainsi pouvoir toucher l'aide promise par l'Europe. Mais combien ce plan de restructuration qui ne dit pas son nom va-t-il coûter à la France?

L'accord pour réduire la dette de la Grèce est un "tournant" dans la crise qui devrait contribuer à "stabiliser" la zone euro, a déclaré mardi le ministre français des Finances Pierre Moscovici qui s'est par ailleurs réjoui de la participation du Fonds monétaire international (FMI) à ce compromis, gage selon lui de "crédibilité". Peut-être mais combien ce plan va-t-il coûter à la France ? Pierre Moscovici a reconnu qu'il aurait un coût certain de 115 millions d'euros, mais il a refusé de cautionner les autres calculs des économistes.

"En fait, il faut distinguer les pertes "tangibles" du manque à gagner résultant de cet accord", explique Eric Dor, directeur de la recherche de l'IIESEG School of Management de l'Université Catholique de Lille.

La réduction de 1% du taux d'intérêt sur les prêts bilatéraux accordés à la Grèce par les pays de la zone euro, dans le cadre du premier plan de sauvetage implique bien une diminution des recettes de 113,8 millions d'euros par an pour la France.

Dans le cadre du premier plan de sauvetage initié en 2010, la "Greek Loan Facility", la France a prêté -en plusieurs tranches- 11,389 milliards d'euros à la Grèce. La dette brute de la France a augmenté de ce montant, puisque l'Etat français a dû emprunter pour pouvoir prêter à la Grèce. La France reçoit de la Grèce des intérêts supérieurs à ceux qu'elle pays pour emprunter sur les marchés: c'est la "prime de risque", censée rémunérer le risque pris par la France en s'exposant à la possibilité d'un défaut de la Grèce. "La facture pour la France de la diminution de 1% du taux d'intérêt que la France va recevoir de la Grèce sur les prêts bilatéraux est une diminution de recettes de 113,8 millions d'euros par an", estime Eric Dor. Faisant le parallèle avec les mesures prises sur Dexia, il s'inquiète "de l'évolution à la baisse de la rémunération du risque pris par les états".

"Le coût payé par la Grèce sur les garanties octroyées par les autres pays à ses emprunts au FESF est également diminué, signale-t-il. Avec la prolongation de la crise financière, on s'engage dans une voie où les Etats sont contraints de s'exposer à des risques énormes, sans même en obtenir une rémunération normale. C'est une étape supplémentaire dans la dégradation collective des comptes publics en zone euro."

Le don à la Grèce des profits réalisés par la BCE et les banques centrales nationales sur ses détentions d'obligations grecques représente un manque à gagner qui pourrait atteindre 1422,4 millions d'euros sur plusieurs années

Les profits réalisés potentiellement par la BCE et les banques centrales nationales de l'Eurosystème sur leur détention d'obligations grecques dans le cadre du Security Market Programme sont évalués à 7 milliards d'euros. On ne connaît pas précisément l'encours total des obligations grecques détenues par la BCE ni la répartition de cette détention entre la BCE et les différentes banques centrales nationales. Cela importe peu puisque les profits de l'Eurosystème sont mutualisés et reversés aux différentes banques centrales nationales à concurrence de leur part de capital. Ainsi, "à supposer que la part de la Banque de France dans les profits issus de la partie grecque du programme SMP soit proportionnelle à la fraction qu'elle détient de la partie du capital de la BCE détenue par des pays de la zone euro, elle aurait reçu quelque 20,32% du total. Dans ce cas le manque à gagner pour la Banque de France, et donc pour l'Etat français, atteindrait quelque 1422,4 millions d'euros, étalés sur plusieurs années!", explique le directeur de la recherche de l'IIESEG.

Reste à savoir comment il faut interpréter un tel renoncement. D'un côté, il peut sembler moral de ne pas profiter d'un effet d'aubaine dû au sauvetage de la Grèce. D'un autre, ces profits correspondaient bien à une rémunération normale du risque pris par le biais de la BCE.

L'allongement des maturités des prêts bilatéraux à la Grèce diminue la valeur des actifs de l'Etat français

L'Etat français sera remboursé par la Grèce quinze ans plus tard que ce qui avait été prévu initialement. "Dès qu'on utilise un taux d'actualisation supérieur au taux d'intérêt nominal d'une obligation, en allonger la maturité diminue mécaniquement la valeur nette actualisée. Dans le cas de la Grèce, vu que le risque de défaut persiste, il est évident que le taux d'actualisation à utiliser est supérieur aux taux nominal de ces prêts, pour prendre en compte les risques de manière normale. L'allongement des maturités des prêts bilatéraux à la Grèce diminue donc la valeur comptable des actifs totaux de l'Etat français, et en conséquence la dette nette de l'Etat", constate Eric Dor. En somme, cet allongement des maturités entraîne une une dégradation de la situation financière de la France, même si n'implique pas, à proprement parler, de perte de revenus significative. De la même façon, l'allongement de la maturité des prêts du FESF à la Grèce a un impact sur la qualité globale de l'actif de celui-ci, dont les dettes sont garanties par des états de la zone euro, dont la France.

La réduction du coût payé par la Grèce pour bénéficier des garanties octroyées à ses emprunts au FESF reporte une plus grande partie du risque sur les autres pays, sans toutefois leur infliger de perte effective aussi longtemps que ces garanties ne sont pas activées

Le coût payé par la Grèce en rémunération des garanties apportées par les autres états de la zone euro aux emprunts du FESF dont elle bénéficie, est diminué de 0,1%. L'encours des prêts du FESF à la Grèce étant de 73,9 milliards d'euros et la part de la France dans les garanties étant de 21,83%. l'Etat français garantit donc 16,1 milliards de ces prêts. "Une réduction de 0,1% de la rémunération demandée à la Grèce pour les garanties reporte une plus grande partie du risque sur les autres pays, sans leur infliger de perte effective aussi longtemps qu'on échappe à l'activation des garanties", explique le directeur de la recherche de l'IIESEG

Enfin, le report de 10 ans du paiement d'intérêts dû par la Grèce sur ses emprunts au FESF réduit la valeur nette actualisée de ces prêts au bilan du FESF et dégrade la valeur des actifs de celui-ci

L'impact sur la France est indirect dans la mesure où elle participe aux garanties de la dette du FESF. Le risque associé à ces garanties est légèrement augmenté, sans provoquer aucune perte effective actuellement.
 

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Commentaires
a écrit le 01/12/2012 à 19:58 :
Ayant toujours été opposé à cette Europe là ,,je crois qu' il faut s'attendre à un "réveil" brutal ?
Certes la "sortie" de la Grèce est maintenant presque programmée ,et pour bientôt Mais d'autres Pays sont aussi en grande difficulté , conduisant enfin à cette "minute de vérité" : l'explosion de l'Europe actuelle ,et une dette considérable que chaque Pays d'Europe devra payer
a écrit le 30/11/2012 à 13:11 :
C'est IÉSEG, journalistes de pacotille.
a écrit le 29/11/2012 à 22:07 :
L'école s?appelle IÉSEG. un peu de respect.
a écrit le 29/11/2012 à 21:18 :
Oui le chiffrage n'est pas correct, en fait il faut aussi compter la bulle française. voyez la courbe des prix, elle n'a jamais été aussi élevée. Sous VGE le maché se régulait. Là qu'à-t-on dirait un cheval fou? Nécessairement on va s'emplafonner... puisque c'est le cas de tous les autres: japon, amérique, espagne.
a écrit le 29/11/2012 à 21:03 :
L'affaire espagnole nous préoccupe aussi. On y parle d'une bulle immobilière. 25% de chômage et 8% de déficit, c'est loin d'être réglé cette affaire? Alors à qui profite le crime. Qu'on se méfie la BCE est une banque pourrie, ce qui annonce des factures gigantesques. Y a combien? 3000 milliards d'actifs pourris? Y a des petits malins qui essayent de faire péter le système...
a écrit le 29/11/2012 à 14:03 :
C'est le désordre des finances publiques, l'endettement à bon compte afin de profiter du travail des français. C'est une méthode savante de destruction organisée par la bureaucratie. On se paye à rien faire dans l'administration pendant que les autres doivent trimer. C'est pas un système esclavagiste ça?
a écrit le 28/11/2012 à 20:58 :
il serait temps de faire un référendum sur l'existence de l'europe telle qu'on nous l'impose, et de respecter les résultats ! l'europe nous étrangle, on nous dit gentiment que l'heure de main d'oeuvre est trop élevée alors qu'en fait c'est le fonctionnement d'un système qui est trop couteux et de plus inefficace; quoique sûrement juteux pour une minorité.
Réponse de le 29/11/2012 à 0:03 :
Ils n'aiment pas les peuples, les craignent ou les méprisent donc je pense qu'on peut s'assoir sur un referendum. Ils feront passer leur frankenstein politique et monétaire de force s'ils le jugent utile. Après, gare aux conséquences si les peuplent se réveillent.
a écrit le 28/11/2012 à 20:36 :
Vont coûter à la France ? Foutaise ! Vont coûter une fois de plus aux contribuables, ceux qui n'en finissent pas de payer pour tout et n'importe quoi, pour tout le monde. Marre, marre, marre !
a écrit le 28/11/2012 à 20:08 :
La phrase magique de l'article est "...aussi longtemps que ces garanties ne sont pas activées.". Oui, en effet, parce que si une seule des garanties est activée, la France saute. La meilleure image serait un couteau que l'on enfoncerait lentement mais à faible profondeur dans le corps de la nation sur trente ans. Tant qu'on reste à quelques millimètres, les dégâts sont conséquents mais réparables à très long terme (et encore ...). Si la lame plonge à 10 centimètres pour effectuer le même mouvement, la nation France meurt immédiatement.
a écrit le 28/11/2012 à 18:56 :
trés trés chere
a écrit le 28/11/2012 à 18:49 :
c'est ca l'europe , le changement, vivement que l'on sorte de l'europe
a écrit le 28/11/2012 à 17:23 :
LE MAX.
a écrit le 28/11/2012 à 17:03 :
"rémunération normale du risque pris par la BCE", "effet d'aubaine dû au sauvetage de la Grèce", etc..
Le système EU/BCE est un truc de banquier, et a peu à voir avec un "sauvetage de la Grèce". En fait, il semble avoir pour but exclusif de sauver le système bancaire aux frais - finaux - des contribuables..Ou bien s'agit-il d'un truc à la Dexia, dans lequel les contrats de dérivés imposeraient un remboursement de 386 (?) milliards d'Euros en décembre si la Dexia n'honorait pas le versement de ses intérets.?.
Dans tous les cas ça pue le montage sordide et foireux des hauts financiers, et de leurs obligés les politiques..
Ca va tomber, fatalement.
Et tant mieux!
a écrit le 28/11/2012 à 16:50 :
Donc on continue à nous mentir sur le coût réel des aventures grecques dont on lègue la dette à nos enfants. Quand en 2009 la Grèce est devenue le quatrième importateur d'armes au monde alors que le pays était déjà en ruine, cela n'a choqué aucun gouvernement européen et seuls des journalistes économiques s'en sont inquiété alors qu'aucun pays ne menaçait ce pays qui en plus est sous le parapluie de l'Otan. Bref cette Europe des irresponsables où personne n'a d?intérêt collectif mais se gave en espérant que l'explosion sera toujours différée est la plus grande erreur que les français avaient bien compris à travers leur NON qu'on leur a volé !
a écrit le 28/11/2012 à 16:01 :
C'est scandaleux, les contribuables se substituent aux banques pour payer la facture.
Le métier de banquier n'est-il pas de prendre des risques et d'assumer la perte ou le gain potentiel?
Ce sauvetage en plus ne servira à rien, il en faudra un autre et ainsi de suite.
La solution est d?effacer une partie de la dette et que les créanciers assurent leurs responsabilités.
Réponse de le 21/09/2014 à 6:32 :
Très belle fiction. Mais, au fond, quelles différences entre la politique de droite que pratiquait l'équipe Sarkozy, et la politique de "gauche" que pratique l'équipe Hollande ? Je n'en vois pas. Alors, pourquoi pas une "grande" coalition ? Droite + gauche réunies contre l'extrême droite. Voilà qui aurait du panache ! Et qui préparerait une VIème République que j'appelle de mes voeux.
a écrit le 28/11/2012 à 15:32 :
Peanuts donc, comparé à ce que coûterait un défaut immédiat de la Grèce à l'Etat français...
Réponse de le 28/11/2012 à 18:11 :
Vous rendez vous compte qu'il ne s'agit que d'une fuite en avant ? Le coût le plus élevé à payer par les peuples sera le maintien de cette monnaie à n'importe quel prix. Et la facture sera de plus en plus lourde jusqu'à qu'elle ne puisse plus être honorée. Créer l'euro sur une zone monétaire qui ne sera jamais optimale est une faute grave. Il faut déconstruire cette "chose" qui ne fonctionne pas.
Réponse de le 29/11/2012 à 9:43 :
Vous avez tout à fait raison. L'article parle de 1,4 milliard d'euros soit 1,4% des rentrées fiscales annuels de l'Etat français... Le sauvetage de la Grèce ne nous coûte pas grande chose et permet de récompenser le peuple grec qui a consenti de terribles efforts afin de redresser la pays depuis maintenant 3 ans.
Réponse de le 29/11/2012 à 16:54 :
Clyde, tout à fait d'accord pour dire qu'il ne s'agit que d'une fuite en avant. La restructuration me semble à terme inévitable.

Mais pourquoi pensez-vous que la zone euro ne sera jamais optimale ? Les marchés de bien et service sont déjà très intégrés ; les marchés de capitaux également, malgré la fragmentation des deux dernières années qui n'est probablement que temporaire ; et les flux migratoires sont de plus en plus importants, le nombre d'immigrés des pays de la périphérie vers l'Allemagne s'est établi à plus de 60.000 en 2011 !

Cette "chose" fonctionne mal pour le moment, mais nous sommes en crise et c'est donc peu étonnant. Mais je suis beaucoup plus optimiste que vous sur son avenir.
a écrit le 28/11/2012 à 14:51 :
Question saugrenue puisqu'il faut soutenir la Grèce au nom des Grecs...
Qui peut oser dire qu'il faille laisser tomber la Grèce qui va ruiner toute l'Europe?
Politiques, économistes et populaition veulent garder et l'Europe (qu'ils n'aiment pas), et l'Euro (qui devait être l'avenir..., mais se révèle être quoi?), et la Grèce (dont personne n'ignore qu'elle est profiteuse de tous les avantages possibles), et...
Le piège s'est refermée sur une Europe, divisée, en mauvaise posture économique et financière, en proie aux tourments d'avant 1914 et 1939.
Mais, chut, il ne faut pas se déjuger et rien de nouveau est à proposer!
Donc, continuons à nous enfoncer et... attendons l'addition!
L'Europe se fera, oui, mais sur les champs de guerre!

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