Zone euro : comment perdre du temps en ayant l'impression d'en gagner

Avec ce nouvel accord sur la Grèce, les Européens sont assurés que le dossier reviendra un jour ou l'autre à l'ordre du jour. Mais leur priorité n'est pas là.
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Voilà donc le cinquième (au moins) plan sur la Grèce bouclé. Les éditorialistes de l?Europe entière peuvent enfin se réjouir et annoncer, comme d?habitude, la fin des malheurs de la zone euro, la renaissance de la confiance et, last but not least, le «sauvetage de la Grèce». Il faut reconnaître qu?à force d?être sauvée, la Grèce devrait aujourd?hui être bien portante. On sait qu?il n?en est rien et qu?il n?en sera rien. Même après ce nouvel accord.

13 heures? pour rien ?

Pour bien se rendre compte de l?état réel de l?Europe, il suffira de constater que ce nouvel accord -d?une grande complexité technique? a nécessité 13 heures de négociations pour un résultat qui ne pourra être qu?un échec. Car les faiblesses de la stratégie européenne demeurent les mêmes. La dette grecque n?est pas plus supportable par le pays parce qu?on accepte qu?elle s?élève en 2020 à 124% du PIB au lieu des 120% initialement visés, qui de toutes façons étaient déjà fantaisistes.

Le rachat de dettes : bien, mais peut mieux faire

Certes, l?annulation de deux tiers de la dette privée, par leur «rachat» est un élément favorable. Mais il n?est qu?anecdotique. Ces 20 milliards d?euros de dettes en moins ne sauveront pas plus la Grèce que l?annulation de 100 milliards d?euros lors du plan de restructuration de mars dernier. Les maux du pays sont plus urgents et bien plus considérables. Cette nouvelle annulation pose, du reste, un problème d?équité entre les créanciers de la république hellénique. Les investisseurs privés sont désormais sacrifiés pour que les acteurs publics puissent sauver leurs mises. Du point de vue de l?équité entre les créanciers, et donc de la morale, cette stratégie est très contestable. Mais on n?en est plus à ce niveau.

Gratter tout ce qui possible?

A l?issue de la négociation, le ministre des Finances allemand Wolfgang Schäuble, pouvait pérorer qu?il «n?avait pas été question d?annuler les dettes de la Grèce». Un message envoyé aux électeurs conservateurs allemands qui disaient en substance: «vous ne paierez pas, chers contribuables, pour les Grecs.» Cette phrase résume l?impasse dans laquelle se sont engagés les dirigeants européens: d?accord pour sauver l?euro à tout prix, si cela ne coûte rien.

Au cours de ces 13 heures, on a donc gratté tout ce qu?on a pu: des intérêts par ici, des reversements de bénéfices de la BCE par là? Mais surtout: ne pas toucher au capital, autrement dit au stock de dettes publiques. Autrement dit, pas question de libérer les finances publiques grecques de ce carcan intenable. Le cercle vicieux dans lequel est enfermé Athènes peut donc continuer à se développer: pour parvenir aux objectifs posés, il faudra encore faire des coupes budgétaires qui conduiront encore à une contraction du PIB, qui rendra inopérants le fameux objectif de 124% du PIB pour la dette publique, et d?excédent primaire de 4,5% du PIB. Il faudra alors se réunir à nouveau pour faire un «sommet de la dernière chance» afin de «sauver la Grèce». L?ennui, c?est que plus on gratte, moins on aura de quoi gratter à l?avenir?

Faire payer l?avenir

On l?aura donc compris: on continue à «gagner du temps»... ou plutôt à en perdre. Pour le moment, le gouvernement grec va obtenir les 44 milliards d?euros qui lui permettront de survivre en attendant la prochaine échéance. L?objectif de l?Europe aujourd?hui doit être clairement formulé. Il s?agit d?assurer la réélection d?Angela Merkel. Pour cela, deux conditions sont nécessaires: il ne faut ni que l?euro explose ?ce serait l?échec de sa stratégie, ni que l?euro ne coûte un euro au contribuable? ce serait, là aussi l?échec de sa stratégie. A moyen terme, pourtant, cette stratégie dilatoire conduit à aggraver le problème grec, donc celui de la zone euro. Surtout, il comporte ce risque: faire payer par la génération suivante les erreurs de la nôtre. Ce qui est piquant, c?est justement que les architectes de cette stratégie, Wolfgang Schäuble et Angela Merkel, sont ceux qui ont passé leur temps à fustiger les politiques budgétaires laxistes qui consistaient à «faire payer à nos enfants nos propres erreurs». Tel est pris, qui croyait prendre.

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Commentaires 25
à écrit le 28/11/2012 à 7:05
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Pas d 'argent pas de développement .

à écrit le 28/11/2012 à 6:51
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Très bon article avec une critique réaliste de la situation pour laquelle les autres journaux ont des ?illères édifiantes. Cela étant, dire que cela ne coûtera rien au contribuable n'est pas exact. Dans un premier temps, cela coûtera 600 millions d'e...

à écrit le 27/11/2012 à 21:56
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Pouvez-vous ce que nous avons en commun avec les autres pays européen ? Rien ou presque. Ce que nous avons en commun c'est un nouvel étalon or, pire que l'ancien des années 20 : notre fameux EURO, la monnaie unique qui va tous nous enterrer ! Car p...

à écrit le 27/11/2012 à 18:15
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Les Etats Unis sont en faillite, ils en seront bientôt à leur 3ème planche à billet (quantitative easing) et contrairement à ce qu'on voudrait nous faire croire, ils sont devenus le problème de l'économie mondiale : leur stratégie, détourner les pr...

le 19/09/2014 à 11:36
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Vive la Chine!

à écrit le 27/11/2012 à 15:07
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cet article a parfaitement raison. Le règlement de la crise grecque n'est que politique. ce pays dont l'économie a commencé à se fissurer il y a 4 ans est maintenu sous perfusion d'un coté pendant qu'on le saigne de l'autre. On applique la même poli...

à écrit le 27/11/2012 à 13:53
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Voyez l'indice de production depuis 2009, on est toujours dépréciés de 105 à 92... alors le redressement productif, c'est pour quand? Ne ferait-on pas une petite dépression? Récession déflation sur la surcapacité et l'immobilier... l'auto et le logem...

à écrit le 27/11/2012 à 13:36
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Merci pour cet article ...

à écrit le 27/11/2012 à 12:59
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Temps que les politiques resteront dans leur système économique dit "libéral", on continuera à s'enfoncer. Il faudrait au moins récupérer la souveraineté monétaire... Enfin, tout ça arrivera lorsque en plus de la Grèce, il faudra sauver l'Espagne, l'...

le 27/11/2012 à 13:26
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@ Greg : c'est l'inverse : tant que l'on favorisera un système économique socialiste, on continuera à s'enfoncer. Savez vous ce que c'est que le libéralisme ???

le 27/11/2012 à 13:44
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Nous ne sommes pas en régime libéral, mais socialiste: les riches n'ont plus ni salaire, ni épargne, cf les assurances vie et les livrets puisque nous devons rembourser pour dégager 50 milliards au budget afin de financer les investissements en techn...

le 27/11/2012 à 13:46
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Le laissez-faire, la loi de la jungle, le gros mange le petit, les usa ? J'ai bon ? Je connais déjà votre réponse, et la théorie qui va avec mais qui n'existe que dans les rêves, c'est comme le communisme.

le 27/11/2012 à 14:07
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@ libéralisme : vous avez tout faux. les USA ne sont plus le pays du libéralisme depuis Clinton. La loi de la jungle, autrement dit, la loi du plus fort, ce sont les idéologies totalitaires dont le socialisme (le plus fort pour le socialisme étant la...

le 27/11/2012 à 14:12
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Mais la dette publique condamne le travail! Les prélèvements et la législation diffèrent fondamentalement de Singapour, voire l'allemagne, n'est-il pas? L'administration de l'Etat est plus lourde en France que n'importe ou.

le 27/11/2012 à 14:17
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Aux USA c'est pareil, voire pire: 16000 milliards, doublement de la dette sur la dernière législature et 16% de chômage. Obama c'est blabla... je suis pas sur que ça soit libéral. Le travail est anéanti...

à écrit le 27/11/2012 à 12:41
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Tous ces politicards de la commission de l'Eurogroupe, la BCE nous mentent ! Tout ça pour maintenir une monnaie qui nous étrangle, qui paupérise les peuples et qui ne représente aucun symbole, juste du papier que l'on échange. Que tout explose, on re...

le 27/11/2012 à 14:22
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On est d'accord ça marche pas. La faute à qui? L'euro, le laxisme ou la compétivité? Que se soit la monnaie ou les finances, c'est bien le politique qui est responsable! Leur idée ne serait-elle pas de liquider tout le monde et de ramasser le magot?

à écrit le 27/11/2012 à 12:17
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Il faut arrêter tous ces pseudos-sauvetages de la Grèce, qui ne servent qu'à engraisser des intermédiaires sur son passage. C'est vraiment dégoûtant.

le 27/11/2012 à 12:25
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Très sympa Josianne !!

à écrit le 27/11/2012 à 12:16
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La Grèce a été introduite dans l?UE par la haute finance américaine (la bande à Goldman-Sachs) d?une manière frauduleuse et n?a pas le droit de se désendetter par une faillite d?Etat, parce que sinon les crédits de la haute finance seraient perdus.

à écrit le 27/11/2012 à 12:14
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Les éditorialistes de l'Europe autoproclamés seulement : les autres n'ont pas droit à la parole ! http://www.u-p-r.fr/videos/conferences-en-ligne/pourquoi-leurope-est-elle-comme-elle-est

à écrit le 27/11/2012 à 12:01
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La banque Centrale de Grece peut maintenant racheter sa propre dette....maias avec quel argent ?

à écrit le 27/11/2012 à 11:47
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Tant que la Grece ne sera pas ejectee de l'UE et de la zone Euro, cela ira de mal en pis.

à écrit le 27/11/2012 à 11:21
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Faire payer les générations futures est notre seul schema économique (retraite,santé, dette..)

le 27/11/2012 à 11:39
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L'avenir pour les générations futures c'est les restos du coeur !

le 27/11/2012 à 11:57
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C'est bien pour cela que je quitte ce continent mort pour un siecle...

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