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ÉconomieUnion européenne

"Le coût du sauvetage de la Grèce est bien moindre que celui d'une explosion de l'Europe"

Propos recueillis par Elisa Perrigueur, à Athènes

Publié le 26 novembre 2012 à 05:04

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Yannis Monogios, chercheur au KEPE (Institut de recherches économiques grec), est conseiller au ministère des Finances grec. Il analyse les raisons pour lesquelles les négociations sur le versement de l'aide européenne de 44 milliards d'euros à son pays ont échoué la semaine dernière, en particulier sur le montant de la réduction de la dette. Il juge que la réunion des ministres des Finances de la zone euro ce lundi à Bruxelles devrait se conclure par un accord, car tout les membres y ont intérêt.

Y a-t-il un risque qu'il n'y ait toujours pas d'accord sur la dette grecque ce lundi ?
Je pense que non, car un accord est la solution la plus bénéfique pour tout le monde. Il est sûr que la possibilité d'un autre sommet extraordinaire n'est jamais à exclure, mais on sait que plus on retarde, plus on augmente les coûts. De plus, les marchés financiers ont les yeux rivés sur ces tractations, il pourra y avoir une réaction positive. La question traitée aujourd'hui par les dirigeants n'est pas : « Comment réduire la dette ?» mais : « Accepte-t-on les moyens de la réduire ?»...Il existe en effet plusieurs voies : une baisse des taux d'intérêt des prêts, une extension des maturités de ces prêts, ou une renégociation de la recapitalisation des banques...Et c'est sur ces conditions que les dirigeants européens doivent s'accorder. Aujourd'hui, on bute sur 10 milliards d'euros (*), ce qui représente très peu au niveau du budget européen. Il y aura une entente mais elle sera politique et non économique.

Pourquoi parler d'entente politique ?
Un accord et un nouveau versement de l'aide révèleront avant tout le degré de solidarité des dirigeants européens, et non une solution économique sur le long terme. La position exprimée par l'Allemagne mardi dernier (qui refuse tout effacement d'une partie de la dette grecque. NDLR) n'est pas une attitude négative envers la Grèce, mais un message au reste de l'Europe et surtout au président de la république française François Hollande. Cela signifie : « Je ne suis pas prête à donner davantage car le tour de la France viendra ensuite». Car, pour l'Allemagne, l'économie française est une bombe à retardement. Il va y avoir des échéances importantes pour Angela Merkel, notamment les élections en septembre 2013, ce qui explique qu'elle refuse de jouer sa carte politique. Mais les dirigeants européens doivent faire preuve de raison : vous ne pouvez pas jouer l'avenir de l'Europe sur votre propre intérêt politique. Le coût de sauvetage des pays comme la Grèce mais aussi de Chypre, de l'Irlande ou du Portugal est bien moindre que celui d'une explosion de l'Europe. Si L'Europe tombe, le monde entier sera touché.

En Grèce, comment percevez-vous ce blocage des négociations ?
Je reste confiant, comme d'autres. En Grèce, nous avons rempli les conditions réclamées pour une aide. Le rapport de la Troïka (Commission européenne, BCE, FMI. NDLR) le souligne. Nous recevrons, à mon avis, les 44 milliards d'euros d'aide en une seule fois. Rappelons encore que ces trois dernières années, nous avon effectué un énorme ajustement budgétaire. Nous écrivons l'histoire rapidement, car nous avons appris de nos erreurs passées. Les dirigeants internationaux doivent faire de même. La troïka est responsable à 50% de ce qui se passe en Grèce. Dès le début, elle a raté son diagnostic en assurant que le problème grec était un problème de liquidités, alors que le pays était insolvable. C'est sur ce constat erroné que la troïka a administré ses remèdes : de l'austérité, des coupes... Et quand ils ont constaté que le patient grec était perdu, après l'avoir eux-mêmes mis à terre, ils ont continué à exiger davantage d'austérité! Aujourd'hui, le patient grec agonise. Et c'est seulement maintenant que le FMI prend conscience des erreurs faites. Ces experts appliquent des modèles économiques, mais ils ne peuvent pas prédire l'avenir. Ils ne prennent pas en compte le contexte. En Grèce, c'est l'instabilité politique, la chute du PIB...  Couper dans le budget est toujours rentable, bien sûr, mais pour les chiffres, pas pour le peuple. Ces économistes ont voulu faire en sorte que la croissance touche le fond pour redémarrer ensuite. Mais où se situe le fond aujourd'hui en Grèce ?

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* Le FMI a accepté que la dette grecque soit considérée soutenable si elle est ramenée à 124% du PIB en 2020, contre 130% voulus par Athènes. Ces six points de pourcentage de différence représentent environ 10 milliards d'euros.

Propos recueillis par Elisa Perrigueur, à Athènes

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