Eurogroupe : une réunion pour rien ?

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Adieux à Jean-Claude Juncker, Union bancaire et aide à Chypre sont au menu de la réunion de l'eurogroupe de ce lundi. Mais la véritable attraction sera sans doute la prise de fonction du nouvel arrivant à la tête du conseil des ministres des Finances de la zone euro, tant les discussions sur les autres dossiers sont au point mort.

 Outre les adieux de Jean-Claude Juncker à l'Eurogroupe, qu'il a présidé pendant huit ans, et l'arrivée de son successeur, l'inconnu Jeroen Dijsselbloem, deux sujets chauds seront à l'ordre du jour de cette réunion des ministres des Finances de la zone euro.

1 / Le dossier Union bancaire est au point mort

Les modalités de la recapitalisation directe des banques par le MES est le grand chantier en cours à l'Eurogroupe. Depuis la décision de mettre en place l'Union bancaire entérinée lors du sommet européen de la mi-octobre, les discussions patinent. Pour rappel, l'accord prévoyait la mise sous surveillance des plus grosses banques de la zone euro afin d'ouvrir la voie à une aide directe du MES aux banques. Ce qui devait permettre de ne pas faire supporter aux budgets nationaux la recapitalisation des banques en difficulté, et ainsi éviter une nouvelle explosion des dettes des pays du sud. A savoir, l'Espagne, Chypre ou encore la Slovénie.

Le problème est que le MES, entité indépendante qui se finance sur les marchés, est garanti par les États membres de la zone euro. En cas de pertes, ce sont ces États qui devront payer l'addition. Au rang desquels, l'Allemagne et les Pays-Bas. Le compromis proposé par Berlin et La Haye est de faire en sorte que le MES ne puisse venir renflouer les banques en difficulté que pour leurs dettes nouvelles et que les gouvernements nationaux assurent aux banques aidées un ratio de solvabilité de 4 ou 5%.

Ce qui réduirait grandement l'intérêt de l'Union bancaire pour les pays du sud, qui verraient alors leurs grandes banques mises sous surveillance, sans que la contrepartie ne soit suffisante à leurs yeux.

A ces difficultés techniques s'ajoute la donnée politique. En pleine campagne pour sa réélection à la tête de l'Allemagne fédérale, Angela Merkel est en difficulté après avoir essuyé un échec lors d'une élection régionale en Basse-Saxe. Ecartelée entre le FDP, qui réclame le durcissement du discours vis-à-vis des pays du sud et le SPD, qui pourraient tous deux lui permettre de remporter une énième victoire via le jeu des alliances, elle pourrait décider de ne rien décider. Reportant ainsi toute décision à l'après élection en septembre prochain.

2 / Le dialogue de sourds entre Chypre et la troïka

S'agissant de Chypre, les discussions devraient porter sur l'aide demandée par l'île il y a maintenant plus de six mois. Les négociations entre la troïka et les autorités chypriotes sont au point mort car ces dernières se refusent à procéder aux privatisations réclamées. Bien que certaines réformes sur les salaires et les retraites ont déjà été entérinées.

Deux difficultés se posent. D'une part, Chypre peine à justifier les accusations de blanchiment d'argent et de dumping fiscal dont elle fait l'objet. Et la question demeure de savoir comment accorder une aide à Chypre dont le montant avoisine celui du PIB sans plomber irrémédiablement sa dette. La recapitalisation directe par le MES constituerait une solution idéale pour l'île.

Selon les dernières estimations données par Nicosie, le besoin de recapitalisation des banques chypriotes pourrait atteindre les 17 milliards d'euros. Mais pour connaître le besoin exact, la troïka avait commandé un rapport d'évaluation au fonds d'investissement Pimco, premier gestionnaire obligataire au monde dont le contenu devait être dévoilé le 18 janvier dernier. Mais sa remise a depuis été reportée.

Plusieurs responsables européens, en ligne avec les analystes, estiment qu'aucune décision ne pourra être prise avant la prochaine élection présidentielle chypriote dont le premier tour doit avoir lieu le 17 février prochain.

En attendant, Wolfgang Schäuble a dévoilé les grandes lignes directrices dessinées par l'Eurogroupe lors d'un entretien accordé au Monde et à la Süddeutsche Zeitung. « Dans un premier temps, il faut vérifier si Chypre constitue un danger pour la zone euro dans son ensemble. C'est en effet l'une des conditions préalables pour que le Mécanisme européen de stabilité (MES) puisse être utilisé ». Une manière de temporiser...

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Commentaires
a écrit le 21/01/2013 à 18:06 :
Les moyens de production modernes nous permettent de produire bien au-delà de nos besoin, les excédents et déficits des balances commerciales prouvent que nous avons un problème de surproduction dans les pays excédentaires et de sous-production dans les pays déficitaires. Il est naif de penser que en augmentant la compétitivité dans les pays déficitaires le problème serait résolu. Combien même ces pays deviendraient plus compétitifs que les pays excédentaires, le problème resterait le même, il y aurait quand même surproduction. Ce sont les déséquilibres des balances commerciales qui sont à la base des crises monétaires. Le libre échangé oui mais il faut que cela soit un échange, la production totale d'un pays ne doit pas dépasser sa consommation totale et vice versa, un pays ne doit pas consommer plus qu'il ne produit.

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