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ÉconomieUnion européenne

"A Bruxelles, la France a déserté le terrain"

Propos recueillis par Fabien Piliu

Publié le 17 avril 2013 à 16:30

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Le 11 juillet 2012, le Comité économique et social européen (CESE) basé à Bruxelles a élu le français Henri Malosse pour présider l'institution. Son mandat officiel commence ce jeudi. Il présente ses ambitions à La Tribune dans un contexte européen agité.

Pouvez-nous nous expliquez le CESE et ses missions ?

Le CESE a été institué par le Traité de Rome en 1957. Il est l'assemblée consultative des partenaires économiques et sociaux européens. Sa mission est simple : permettre à tous les acteurs économiques de se faire entendre de la Commission, du Conseil et du Parlement européens, via des avis formels. De cette manière, il participe au processus décisionnel de l'Union européenne [UE]. Elus pour cinq ans, les 344 conseillers du CESE sont regroupés au sein de trois groupes représentant les employeurs dans le groupe 1, les salariés dans le groupe 2 et les organisations professionnelles notamment dans le troisième groupe.

Concrètement, à quoi sert-il ?

Il émet des avis sur tous les dossiers traités par la Commission européenne. Mais, et je le regrette, il se disperse inutilement depuis trop longtemps, ce qui le rend inaudible. Je veux changer les choses. Nous devons nous concentrer sur les sujets sur lesquels nous pouvons apporter une véritable valeur ajoutée. Ce fut par exemple le cas en mars lorsque le CESE a émis un avis sur la piraterie maritime et sur la réaction de l'Union européenne dont la rapporteure était Anna Bredima, la secrétaire générale de l'Union des armateurs grecs. Savez-vous que 218 marins sont actuellement prisonniers sur les mers du globe ? Des demandes de rançons ont été faites, notamment à des pays de l'UE. Or, on ne l'entend pas. Si 218 personnes étaient prises en otage dans un avion, on en parlerait davantage.

Comment comptez-vous vous faire entendre ?

Depuis des années, la société civile, via le CESE, est au service des institutions. Je veux inverser cette logique durant mon mandat, d'autant plus que nous avons une fenêtre de tir intéressante. Le CESE sera pendant quelques mois la seule institution qui ne verra pas sa composition modifiée, en clair, qui pourra travailler d'arrache-pied.
Je veux, et ceux qui ont voté pour moi également, que le CESE ne soit plus le caniche de la Commission. Il doit émettre des avis forts en évaluant à sa juste valeur la politique menée à Bruxelles, que ce soit sur des sujets techniques comme les frais d'itinérance dans la téléphonie mobile ou sur des sujets de société comme l'emploi des jeunes. Lorsque la situation l'exigera, nous taperons du poing sur la table pour nous faire entendre et nous faire respecter.

Le CESE doit être le poil à gratter, le Gemini Cricket de Bruxelles. Les difficultés récentes de Chypre sont riches d'enseignements. Pourquoi Bruxelles décide en 2008 de protéger l'épargne des européens, même les dépôts supérieurs à 100.000 euros, puis autorise cinq ans plus tard leur taxation pour résoudre la crise bancaire chypriote ? Le CESE doit poser la question et doit obtenir une réponse.

Avez-vous d'autres dossiers en tête ?

Il y en a tellement. Comment peut-on rester muet quand la Commission presse le Portugal, au nom de l'orthodoxie budgétaire, de couper les dépenses dans l'éducation alors que c'est totalement contraire à la stratégie de Lisbonne et à l'agenda 2020. Nous avons interpellé José Manuel Barroso, le président de la Commission européenne sur ce point. Nous attendons sa réponse.

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Comment jugez-vous la politique européenne de la France ?

Voyons les choses en face. Depuis la brillante présidence de l'Union européenne en 2008, la France est sortie du radar. Hormis quelques coups de gueule, très gaulliens, la France n'est plus une force de propositions en Europe. On reproche actuellement l'omnipotence de l'Allemagne. Mais ce procès n'est pas juste. Si l'on entend si fort la parole allemande, c'est parce que l'autre pivot de la construction européenne a déserté le terrain. A Bruxelles, le cas français intrigue beaucoup. La France est devenue une curiosité.

L'Union européenne est dans l'impasse, au niveau politique et au niveau économique. Comment sortir de cette double crise ?

La construction d'une Europe fédérale s'est arrêtée avec la création de l'euro en 2002. Depuis cette date, un certain nombre de pays, dont la France, ont préféré la discussion intergouvernementale plutôt que de poursuivre dans la voie du fédéralisme. Or, que ce soit à six, à neuf ou à vingt-sept, l'intergouvernemental ne fonctionne pas. Il a conduit aux deux guerres mondiales, il attise la haine et accélère les dissensions. Le courage politique a manqué aux dirigeants européens.

Fallait-il poursuivre l'élargissement de l'Union européenne ?

L'élargissement n'est pas l'origine des dysfonctionnements de l'UE. C'est l'absence d'approfondissement qui explique la crise actuelle.

Mais une Europe à deux vitesses n'est-elle pas une bombe à retardement ?

À lire également

  • Du bon usage de l'histoire dans la crise européenne
  • L'Union européenne veut que les actionnaires décident des salaires des dirigeants
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Absolument pas. Actuellement, c'est une Europe à trois, quatre vitesses que nous observons. Tant que les économies convergent, et c'est encore le cas pour de nombreux pays, notamment ceux d'Europe centrale et orientale, l'Europe avance.

Propos recueillis par Fabien Piliu

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