Chypre restructure sa dette

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Nicosie va « proposer » à ses créanciers locaux d'allonger la maturité des dettes arrivant à échéance d'ici à 2016. Un geste destiné à gagner du temps.

La Grèce sera-t-elle encore longtemps le « cas unique » de restructuration d?une dette souveraine dans la zone euro, comme les Européens l?avaient promis ? Ce jeudi, un communiqué du ministère des Finances chypriote a indiqué que la république méditerranéenne proposait un échange aux porteurs chypriotes de ses obligations souveraines arrivant à maturité de 2013 au premier trimestre 2016 par des titres portant maturité de 5 à 10 ans. A priori, les porteurs de titres ne seront lésé que sur cette maturité puisque les taux servis seront les mêmes et que le capital n?est pas touché : un milliard d?euros d?obligations sont concernés par cette échange.

Restructuration ou pas ?

Nicosie justifie cette transaction en indiquant qu?elle permet de « mieux gérer le flux de liquidités. » Le communiqué précise même explicitement que cette démarche « ne vise pas à réduire la dette publique par la participation des investisseurs privés. » Le FMI et la Commission européenne ont « salué » cette décision. Et « assuré à nouveau Chypre de son soutien. » En réalité, en stricts termes financiers, cette opération est une restructuration. Allonger la maturité d?une dette doit s?accompagner en effet en théorie d?une augmentation du taux versé. Si le taux reste le même et que la maturité est allongé, la valeur présente de la dette est stricto sensu réduite. Chypre est donc bien dans les pas de la Grèce.

Un premier pas ?

Mais il y a plus préoccupant, car la situation chypriote est désespérée et cette première opération, trois mois après le « sauvetage » de l?île, ne sera sans doute qu?un premier pas. Voici une semaine, le président chypriote avait appelé à l?aide ses partenaires européens en les mettant en garde sur les difficultés à mener la restructuration du secteur bancaire, point clé du plan de sauvetage. Par ailleurs, la situation économique chypriote est des plus préoccupantes. Officiellement selon le FMI, le PIB devrait reculer de 8,7 % cette année, et encore de 3,6 % l?an prochain. Mais la note pourrait être plus salée : Steve Hanke, un économiste américain a, voici peu, dans Newsweek, estimé que la chute du PIB chypriote cette année pourrait atteindre 12,2 %... A ce rythme, les bilans des banques chypriotes vont rapidement se détériorer et les estimations budgétaires de la troïka devenir inconsistantes. Une restructuration de la dette publique chypriote semble donc inévitable. Nicosie gagne avec cette opération un peu de temps, mais ne règle rien en réalité.

Chypre, zone d?exception

Enfin, Chypre devient de plus en plus une zone d?exception dans la zone euro. Soumise à un contrôle du mouvement des capitaux (qui vient d?être renouvelé par décret), on applique à ses seuls ressortissants une restructuration de la dette. Nul doute que les Européens ont demandé une telle clause pour épargner les banques grecques, déjà non concernée explicitement par la taxe sur les dépôts. Il s?agit en effet d?éviter que la crise chypriote ne se transmette par ricochet à la Grèce. Mais le prix à payer est de faire de Chypre un pays déjà à moitié en dehors de la zone euro.

 

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Commentaires
a écrit le 27/06/2013 à 22:54 :
Il faut bien comprendre que Chypre ne fait plus partie de facto de l'Union européenne. Je veux dire qu'on ne peut pas considérer qu'un pays membre de l'Union européenne restreigne de façon durable l'accès aux capitaux. Cette situation est contraire aux traités européens. Il serait intéressant d'investiguer si des procédures judiciaires ont été lancées devant le Tribunal de première instance européen.

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