On les appelle les « bamboccioni », et ils se passeraient bien de ce surnom qui signifie « poupons joufflus », comme trop nourris par leurs parents. Ou trop longtemps. Le terme désigne la génération de jeunes adultes italiens incapables de subvenir à leurs besoins et obligés de rester - voire de revenir - habiter chez leurs parents.
Les chiffres avancés par l'Agence italienne du journalisme, fin 2012, donnent le vertige : 60 % des 18-29 ans vivent encore chez papa-maman !
Contrairement au Tanguy du film d'Étienne Chatiliez, la plupart des bamboccioni n'ont pas choisi ce mode de vie.
Génération perdue, l'expression est lâchée. La réalité qu'elle recouvre est effrayante : entre 20 et 40 ans, un actif sur trois est chômeur. Même pour ceux qui ont la chance d'avoir un diplôme et un emploi, la situation est si précaire qu'ils ne peuvent pas s'installer seuls.
C'est le cas de Cristina, 36 ans. Diplômée en restauration de livres anciens, elle a dû accepter un job chez Ikea à temps partiel, sans rapport avec ses études, pour lequel elle est « surqualifiée ». Elle aussi a été contrainte de retrouver sa chambre de petite fille, dans la banlieue romaine.
Si absurde que cela puisse sembler, la trentenaire aux 1 000 euros de revenus mensuels est pourtant vue comme une privilégiée par ses collègues et ses amis.
Toute revendication semble aboutir à la même réponse : « "Tu la fermes ou tu dégages, ils sont des milliers à vouloir ta place !", voilà ce qu'on nous dit quand on ose se plaindre », relève, amère, Alessandra. Les pouvoirs publics semblent incapables de faire face à cette situation.
Le 2 juin dernier, le président du Conseil, Enrico Letta, a même publié une lettre dans La Stampa pour présenter ses excuses aux jeunes contraints d'émigrer, « au nom d'une classe politique qui pendant longtemps a fait semblant de ne pas comprendre qu'avec ses mots, ses actions et omissions, elle a permis la dissipation de tant de passions, sacrifices et compétences ».
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Fragilisé, notamment par la menace faite par Silvio Berlusconi de lui retirer son soutien, le gouvernement n'a pas avancé sur cette question, même s'il a fait un geste en direction des plus jeunes en annonçant en septembre un vaste plan de soutien à l'éducation.
Ce contexte social n'est évidemment pas sans conséquence sur la vie privée des jeunes Italiens. Le taux de fécondité est l'un des plus faibles d'Europe (1,4 enfant par femme en 2011, contre 2,01 en France) et les mariages se font plus rares (10 000 de moins en 2012 par rapport à 2011).
Un désir partagé par un grand nombre de jeunes Italiens. Dans son Rapporto italiani nel mondo 2012, la fondation catholique Migrantes estime à 79.000 le nombre d'expatriés en 2012, après 61 000 en 2011.
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En comparaison, ils n'étaient que 17 000 Français à s'établir à l'étranger l'an passé, un chiffre en progression de 1 % seulement. La majeure partie de ces émigrés sont originaires de Rome, mais aussi de Milan, la capitale économique du pays.
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