L'attentisme un peu désespéré de la BCE face à une "situation complexe"

Romaric Godin

Romaric Godin
Dans le doute, la BCE préfère attendre. Dans sa conférence de presse qui a suivi la réunion du conseil des gouverneurs, Mario Draghi a justifié la décision de l'institution de Francfort de ne pas modifier ses taux directeurs par le besoin d'en savoir plus. « Nous avons eu une large discussion au sein du conseil des gouverneurs et nous avons conclu que nous avions besoin d'informations supplémentaires », a indiqué le grand argentier de la zone euro.
Ceux qui attendaient des mesures supplémentaires comme une baisse des réserves obligatoires ou la fin de la stérilisation des rachats de titres en ont été pour leurs frais. La BCE n'a pas bougé d'un pouce. Certes, Mario Draghi affirme qu'il « n'est absolument pas calme (not cool at all) face au risque d'une inflation faible sur une période prolongée. » Mais le recul de l'inflation en janvier en zone euro de 0,8 % à 0,7 % n'était pas une base suffisante pour agir à son avis.
Selon le président de la BCE, « la situation est très différente de celle que nous avons connu en novembre » lorsque l'affaiblissement surprise de l'inflation avait conduit la banque centrale a baissé ses taux. D'abord, Mario Draghi a insisté sur le fait que la demande montre des signes de « reprise modeste » quoique « fragile. » Reniant ce qu'il avait affirmé le mois dernier, il a cette fois admis que les stress tests (Asset Quality Review, AQR) avait pu jouer négativement sur la distribution de crédit. « Les banques ont pu vouloir assainir leurs bilans », a indiqué l'Italien qui assure que désormais, cet AQR qui a assaini les bilans pourrait « favoriser le crédit. »
Bref, il y aurait des signes positifs. Mario Draghi a assuré également vouloir y voir plus clair concernant la situation sur les marchés émergents. « La situation est complexe, c'est pourquoi nous devons attendre », a-t-il conclu. En réalité, c'est une BCE un peu perdue qui s'est présentée aux observateurs. Son président n'a cessé de se montrer perplexe, sans doute à son corps défendant. « Nous voulons y voir clair dans l'incertitude actuelle », a-t-il ainsi déclaré après avoir émis cette phrase d'anthologie : « les choses peuvent être pires, rester comme elles sont ou s'améliorer… »
Tout se passe en réalité comme si la BCE ne réussissait pas à franchir le pas pour prendre des mesures radicales contre le risque déflationniste. L'arme des taux est presque épuisée, mais la BCE semble ne pouvoir aller plus loin. Dans ces conditions, les « faucons » de la BCE, menés par la Bundesbank ont eu le champ libre et ont imposé l'inaction. Mario Draghi n'a pu que redire ce qu'il dit depuis novembre : la BCE surveille de près la situation et se tient prête à agir sans exclure aucun instrument…
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Reste que cette stratégie d'attente n'a guère plu aux marchés qui s'attendaient ce jeudi à un geste. L'euro s'est ainsi apprécié en quelques minutes de 1,345 dollar pour un euro à 1,3615 dollar pour un euro, soit une hausse de 1 %. L'essentiel de la baisse de la semaine dernière a été effacée. Très clairement, la BCE semble mal à l'aise avec le combat contre la déflation. L'économie européenne devra en assumer le prix.
Romaric Godin
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