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ÉconomieUnion européenne

Allemagne : quel salaire minimum et pour quel impact ?

Photo de Romaric Godin

Romaric Godin

Publié le 17 mars 2014 à 09:46 - Mis à jour le 17 mars 2014 à 18:14

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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La ministre fédérale du Travail, Andreas Nahles, présentera ce mercredi son projet de loi sur le salaire minimum. Une dure bataille parlementaire va s’engager. Mais pour quel impact réel sur l’économie allemande ?

C'est ce mercredi que la ministre fédérale allemande du travail, Andreas Nahles, va présenter au conseil du cabinet son projet de loi sur le salaire minimum. Ce projet sera soumis au Bundestag en avril et, déjà, une belle bagarre parlementaire semble se profiler à l'horizon car la ministre, réputée jadis leader de l'aile du gauche des Sociaux-démocrates, n'a guère fait de concessions aux Chrétiens-démocrates et au patronat qui réclamaient d'importantes concessions.

8,50 euros de l'heure pour tous… ou presque

Avec ce projet de loi, l'Allemagne devrait donc instaurer à partir du 1er janvier 2015 un salaire minimum généralisé à 8,50 euros (brut ) par heure. Les branches où les partenaires sociaux avaient conclu un accord de salaire minimum inférieur auront deux ans pour se conformer à cette nouvelle règle. Mais Andreas Nahles a prévenu hier dans les colonnes de la Bild am Sonntag, que le 1er janvier 2017, le salaire minimum devra s'appliquer à tous outre-Rhin.

Les mineurs exclus de la règle

Enfin presque. Si Andreas Nahles a rejeté les demandes de la droite d'un salaire minimum inférieur pour les retraités ou les chômeurs de longue durée, elle a accordé son application à partir de l'âge de 18 ans, autrement dit dès la fin de l'obligation scolaire outre-Rhin. Andreas Nahles souhaite ainsi encourager les jeunes à préférer une formation à un travail d'appoint jusqu'à leur majorité. Le patronat avait, vendredi, réclamé la mise en place d'un âge minimum de 21 ans pour l'application du salaire minimum, afin, selon lui, de préserver l'emploi des plus jeunes. Il aura, là aussi, été débouté.

Revalorisé par une commission patronat-syndicats

Enfin, le projet de loi prévoit que la revalorisation du salaire minimum, qui ne sera ni automatique ni régulière, sera discutée et décidée par une commission regroupant les représentants du patronat et ceux des syndicats. Il n'y aura donc ni « experts », ni économistes comme le réclamaient les Chrétiens-démocrates et comme le prévoyait du reste, le « contrat de coalition. » Cette commission devrait être permanente. Elle sera maîtresse de son action, mais ne pourrait pas décider de nouvelles exceptions au salaire minimum.

Bataille parlementaire en vue

C'est donc un projet de loi très à gauche que va soumettre la ministre à ses collègues et aux députés. Vendredi, la chancelière a laissé entendre qu'il faudra prendre en compte «  en partie » les demandes des députés et assuré les représentants patronaux que leurs exigences seront entendues lors de la lutte parlementaire. Les députés CDU et CSU vont donc déposer beaucoup d'amendements à ce projet de loi, pour demander des exceptions, notamment dans l'agriculture, un des secteurs les plus dépendants des salaires pour sa compétitivité en Allemagne. Les agriculteurs voudraient que les activités de moissons et de cueillettes fussent ainsi exclues de la règle du salaire minimum.

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Des concessions inévitables

La position d'Andreas Nahles sera difficile. Les députés de droite sont très nombreux au Bundestag, il leur manque 4 sièges pour disposer de la majorité absolue. Privée du soutien de la chancelière, la ministre ne saurait résister longtemps à leurs exigences, sauf à entraîner l'Allemagne dans une crise gouvernementale qui n'est guère de l'intérêt des Sociaux-démocrates qui ont obtenu beaucoup relativement à leur poids électoral et dont les ministères sont les seuls à bénéficier d'une hausse de leurs budgets dans le projet de loi de finances pour 2015. Andreas Nahles devra donc reculer. C'est pourquoi elle a mis d'emblée la barre suffisamment haute. Mais l'on appréciera au passage la stratégie d'Angela Merkel qui, en ayant beaucoup donné à la SPD peut désormais espérer en obtenir d'importantes concessions. Le débat parlementaire dira lesquelles.

Quelles conséquences ?

Reste à estimer l'impact de ce salaire minimum sur l'économie allemande. François Hollande y a vu une première étape de la « convergence sociale franco-allemande. » Les Sociaux-démocrates et beaucoup d'observateurs européens espèrent y voir, quant à eux, l'engagement de l'Allemagne dans la voie du « grand rééquilibrage de son économie » en faveur de la demande intérieure. Qu'en sera-t-il ?

Une hausse de salaire importante pour les salariés concernés

Le salaire minimum allemand de 8,50 euros de l'heure est plutôt dans la moyenne européenne. Il est plus élevé que celui du Royaume-Uni (7,20 euros), mais bien en deçà de celui de la France (9,53 euros). Il n'y a donc pas « convergence sociale » comme l'affirme le président français. En revanche, pour les quelques 17% de salariés allemands concernés, la hausse des salaires ne sera pas négligeable. Selon une étude de l'institut DIW publiée cet automne, elle devrait atteindre 39 % en moyenne. Mais l'impact de cette loi pourrait être affaibli par le fait que les salaires inférieurs au futur salaire minimum sont parfois des salaires d'appoint au sein des familles. Les revenus supplémentaires n'iront pas alors intégralement à la consommation ou à la réduction des inégalités.

Quelle réponse des entreprises ?

Surtout, l'impact du salaire minimum sur la demande intérieure dépendra de la réaction des entreprises. Andreas Nahles a estimé qu'il ne devrait pas y avoir d'effet négatif sur l'emploi. Le DIW estimait que l'augmentation de la masse salariale pour les entreprises sera de 3 %, avec de grandes inégalités selon les secteurs. Comment ce surcoût sera-t-il absorbé ? Par les marges qui, en Allemagne, sont très élevées ? Peut-être. La conjoncture est bonne outre-Rhin : la croissance devrait atteindre 2 % cette année et l'an prochain. Mais en cas de ralentissement, il ne faudra pas y compter.

Sans même qu'il y ait ce ralentissement, certains chefs d'entreprises pourraient, pour préserver leurs marges, notamment dans les secteurs les plus touchés, augmenter la productivité (et donc réduire l'emploi), embaucher au salaire minimum pour réduire la masse salariale moyenne ou reporter des investissements. Tout ceci aura un effet négatif sur la demande intérieure allemande.

Un argument pour le patronat dans les discussions salariales

Plus généralement, le salaire minimum pourrait être l'occasion pour les patrons allemands de mettre la pression sur les syndicats lors des prochaines négociations salariales. En avançant le fait que les syndicats ont obtenu un salaire minimum, en menaçant de réduire les effectifs, le patronat pourrait obtenir un nouveau tour de modération salariale lors des négociations. Surtout, ces négociations ne concernent outre-Rhin que la moitié des salariés. Lorsque les salaires sont fixés et négociés individuellement, ce qui est de plus en plus le cas, la modération salariale risque d'être de mise et ses conséquences seraient plus négatives sur la consommation que le salaire minimum sera positif. In fine, l'impact du salaire minimum outre-Rhin sera faible et le grand « rééquilibrage » attendra…

La Buba pourrait soutenir les entreprises par… l'euro fort !

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Enfin, le salaire minimum allemand pourrait avoir un dernier effet collatéral, sur la politique monétaire. La Bundesbank pourrait vouloir défendre les marges des entreprises allemandes et compenser l'effet du salaire minimum par le maintien de coûts de production faible. Et comment mieux le faire qu'en maintenant un euro fort qui assurent des prix à l'importation bas, notamment dans l'énergie et les matières premières. Comme l'euro fort est assez indolore pour les exportations allemandes, la Buba et ses représentants au sein du directoire de la BCE vont sans doute maintenir une ligne dure et peser sur Mario Draghi pour que la BCE n'assouplisse pas davantage sa politique monétaire. Cette stratégie semble déjà voir commencé. Et tant pis pour ceux (à peu près tous les autres pays de la zone euro) qui profiteraient d'une baisse de la monnaie unique

Romaric Godin

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