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ÉconomieUnion européenne

« Un axe entre François Hollande et Matteo Renzi en Europe est impensable »

Photo de Romaric Godin

Romaric Godin

Publié le 11 avril 2014 à 05:21 - Mis à jour le 11 avril 2014 à 05:41

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Marc Lazar, professeur à SciencesPo, où il dirige le centre d’Histoire, et à la Luiss (Rome) et grand spécialiste de l’Italie contemporaine décrypte la politique du nouveau président du conseil italien.

La figure du président du conseil italien, Matteo Renzi, est très à la mode en France, notamment dans les milieux proches du parti socialiste. Peut-il y avoir un « modèle Renzi » pour la France ?

Il faut toujours se montrer prudent. Je crois que la France a transformé la détestation caricaturale de Silvio Berlusconi qui n'était pas le « fasciste » que l'on décrivait souvent, en un engouement également caricatural pour Matteo Renzi. Cependant, il est vrai qu'il existe quelques points de concordance entre Matteo Renzi et Manuel Valls : un style iconoclaste, un esprit de décision, une proximité sur la politique économique qui lie la baisse des charges pour les entreprises, la flexibilisation du marché du travail et la relance de la croissance et, enfin, une compréhension du caractère décisif de la communication.

Et les différences ?

Manuel Valls ne domine pas le parti socialiste, sa vision économique n'est pas celle de la gauche française et il doit compter avec un président qui garde son autorité et, à tout moment, peut le destituer. Matteo Renzi est dans une situation différente. Son parti, le parti démocrate (PD) est un parti plus centriste que le PS et sa politique économique ne lui pose pas de problème. Du reste, Matteo Renzi a désormais presque et en dépit des résistances d'une minorité, la mainmise totale sur  le PD, dont il a chassé la vieille garde des postes de direction, sur sa majorité, qui craint de nouvelles élections où Matteo Renzi, très populaire, l'emporterait et sur le gouvernement. Il a en effet concentré les pouvoirs gouvernementaux, au détriment même de ses ministres. C'est une petite équipe serrée de quatre à cinq florentin qui déterminent de la politique du pays. Matteo Renzi est un vrai et un redoutable politique.

N'y a-t-il pas un fantasme sur ce qu'a fait Matteo Renzi ?

Pour le moment, on en est surtout aux effets d'annonces. Il n'y a que deux principales réalisations concrètes. D'abord, l'accord sur la loi électorale, obtenu avec Silvio Berlusconi pour la Chambre des députés. Mais cette réforme est inachevée puisqu'il faut encore changer le rôle du Sénat, ce qui sera long et difficile, car il faut modifier la constitution. Deuxième réforme : les 80 euros qui seront ôtés du prélèvement à la source mensuel de l'impôt sur le revenu à partir de mai pour les salariés touchant moins de 1.500 euros par mois.

Et le reste ?

Ce sont surtout des intentions et des projets : sur la baisse des taxes, comme sur le remboursement des dettes de l'Etat aux entreprises, sur l'assouplissement du marché du travail, comme sur les fonds pour soutenir l'école.

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Cela fait beaucoup de dépenses. Comment les financer ?

Il y a un problème de couverture de ces dépenses. Matteo Renzi espère le financer par plusieurs canaux. Le premier, c'est la baisse du « coût de la politique », la réduction des structures politiques déjà engagées sur les provinces qui ont été vidées de leurs substance politique (mais c'était une loi d'Enrico Letta). La taxe sur les revenus financiers, la baisse de la rémunération des dirigeants d'entreprises publiques, la diminution des dépenses publiques et la vente des biens de l'Etat. Mon point de vue, cependant, c'est que cela ne sera pas suffisant. Mais le problème majeur pourrait être ailleurs.

Où cela ?

La question centrale est de savoir comment Matteo Renzi fera pour imposer ses réformes dans l'administration. L'inertie de l'administration italienne est immense et je sais que plusieurs hauts fonctionnaires se préparent déjà à « résister » à ce jeune premier ministre. En Italie, tout se complique lorsque l'on entre dans le concret, lorsque l'on doit passer aux décrets d'application. Pour la vaincre, le combat est souvent très long et difficile. C'est ce qui a expliqué les difficultés de Silvio Berlusconi et Mario Monti en leurs temps.

Peut-il aller plus loin que Mario Monti sur la réforme du marché du travail où il est très attendu ?

Il a commencé a évoqué le sujet en prônant plus de flexibilité avec plus de garanties pour les plus fragiles. Je pense qu'il a les moyens d'imposer une telle réforme : il est porté par une dynamique et  jouit d'une grande popularité. Les résistances seront nombreuses, mais il n'a pas le choix. Il a fait le pari des réformes et c'est sur ce point qu'on l'attendra.

On a un peu de mal à comprendre quelle est la politique européenne de Matteo Renzi…

Il est prudent. Le scrutin européen du 25 mai est son premier test électoral. Il sera décisif pour lui et il existe en Italie une grande vague d'euroscepticisme portée notamment par le Mouvement 5 Etoiles de Beppe Grillo. D'où une certaine oscillation. D'un côté, il tente de surfer sur cette vague en s'interrogeant sur la limite de 3 % du PIB pour les déficits, par exemple. Mais aussitôt, il affirme que le pays respectera ses engagements européens et notamment celui d'engager la baisse de la dette publique qui atteint 135 % du PIB. Je pense qu'après le 25 mai, on y verra plus clair et que l'Italie reviendra à une politique plus traditionnelle et pro-européenne.

Il n'y aura donc pas d'axe Paris-Rome pour contrer Berlin ?

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Je ne pense pas. Matteo Renzi a été très clair sur ce point. Cette idée de l'axe franco-italien est une stratégie habituelle des Français lorsqu'ils sont en difficulté avec l'Allemagne. Mais Matteo Renzi n'est ni Mario Monti, ni Enrico Letta. Il est à l'image de la nouvelle génération d'Italiens : il n'est n'est guère francophone, ni francophile. Il préfère l'anglais au français. Il ne comprend pas davantage François Hollande que le parti socialiste. Et il en va de même de son entourage direct. Il sent bien, du reste, que la France est affaiblie politiquement et économiquement et s'il doit chercher un soutien, il semble qu'il ira plus volontiers le chercher du côté de David Cameron et plus encore d'Angela Merkel avec laquelle il entretient un bon rapport. Matteo Renzi ne me parait pas avoir envie de cette alliance.

Romaric Godin

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