Matteo Renzi, un modèle pour Manuel Valls ?

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Matteo Renzi séduit de plus en plus les politiques français. Un modèle ?
Matteo Renzi séduit de plus en plus les politiques français. Un modèle ? (Crédits : reuters.com)
Le président du conseil italien est à la mode en France. Mais si Manuel Valls veut s’en inspirer, il ne devra pas s’en tenir à sa seule communication, il devra aussi s’inspirer de sa méthode économique équilibrée qui a le mérite de l’audace dans une zone euro obsédée par les grands équilibres.

C'est la nouvelle coqueluche des politiques français, avides, on le sait, de solutions miracles et de « modèles » en tout genre. Le président du conseil italien, Matteo Renzi, du haut de ses quarante ans, fait rêver les socialistes français et même un peu la droite. Cette fascination pourrait ne pas être étrangère à la nomination de Manuel Valls à Matignon. Avec sa quarantaine rugissante et son goût de la communication, l'ancien maire d'Evry a, il est vrai, des faux airs de l'ancien maire de Florence. Comme Matteo Renzi, Manuel Valls représente la droite du parti de centre-gauche.

Mais la comparaison s'arrête là : le locataire du Palais Chigi a certes refusé de convoquer une nouvelle élection lors de sa nomination, mais il peut se prévaloir d'une large victoire lors de la primaire du parti démocrate en décembre. Manuel Valls n'avait recueilli que 6 % des voix lors des primaires socialistes de 2011. Matteo Renzi est un enjôleur, un séducteur. Il s'efforce de garder son calme et de parler comme l'italien de la rue. Aux antipodes du style gendarmesque et froid de Manuel Valls. Du reste, ce dernier devra, s'il veut ressembler à son modèle, ouvrir un compte twitter. Matteo Renzi, qui utilise volontiers le gazouillis franc et simple pour commenter son action, compte aujourd'hui déjà plus d'un million de « suiveurs. »

Une ambition institutionnelle

L'essentiel est sans doute ailleurs. Matteo Renzi a bousculé la politique italienne en avançant des projets ambitieux pour son pays. D'abord sur le plan institutionnel. Il entend supprimer les provinces, l'équivalent des départements français, que Mario Monti n'avait osé que vaguement réformer. Il a fait adopter une loi électorale ambitieuse, mêlant le souci de représentativité et celui de dégager une majorité, alors que, depuis près de dix ans, tout le monde avait reculé devant une réforme jugé nécessaire. En ce moment, il tente de mettre fin au bicamérisme, en neutralisant le sénat et en le transformant en une simple chambre consultative. On voit que si Manuel Valls veut s'inspirer de Matteo Renzi, un travail difficile l'attend. Derrière le rideau de la communication, le président du conseil italien a tiré un bilan sans concession de la structure administrative et politique de son pays. Aucun signe ne laisse entendre qu'il en sera ainsi de ce côté des Alpes. Pourtant, le scrutin municipal a montré le besoin de réorganiser la démocratie française.

Un soutien aux salariés les plus fragiles…

Mais c'est surtout en matière économique que Matteo Renzi peut servir de modèle au nouvel hôte de Matignon. A la gauche du PS, on est fasciné par l'annonce du plan de réduction d'impôt sur les revenus de moins de 25.000 euros annuels de 10 milliards d'euros en partie financer par une hausse de l'impôt sur les mouvements de capitaux. Il est sans doute faux de penser que l'ancien maire de Florence entend ainsi réaliser un « plan de relance. » Mais c'est un gage donné aux ménages les plus fragiles et les plus touchés par la crise. Comme le note aussi une étude parue voici deux semaines de la Royal Bank of Scotland, c'est sans doute également une façon de faire accepter de nouvelles « réformes structurelles », notamment dans le domaine du marché du travail. Mais après tout, pourquoi pas ?

… pour amortir le choc

L'austérité a durement frappé les Italiens ces trois dernières années. Matteo Renzi a compris que les mesures douloureuses avaient besoin de compensation. L'effet récessif de l'austérité aura désormais une compensation pour les salariés les plus pauvres. Ce n'est pas de la relance à proprement parlé, mais c'est une façon intelligente de faire de la consolidation budgétaire, en en adoucissant les conséquences. On est là aux antipodes de la méthode de consolidation unilatérale des deux derniers gouvernements français qui ont eu des effets négatifs sur la confiance et l'activité.

Redonner de l'air aux entreprises

Ce que Matteo Renzi propose pour les salariés, il le propose également pour les entreprises en promettant un remboursement des quelques 68 milliards d'euros d'arriérés que doit l'Etat aux entreprises. Ces quelques 4,4 % de PIB d'aide aux PME n'est pas non plus un réel plan de relance puisque les dépenses publiques seront par ailleurs resserrées et qu'il s'agit de sommes déjà dues. Mais dans une atmosphère de réduction du crédit bancaire et de désinflation, donc de pression sur les prix, il s'agira d'un bol d'air bienvenu. La politique de Renzi ne consiste donc pas à opposer entreprise et consommateur comme le font les politiques d'austérité menées un peu partout depuis 2010. C'est là une tentative originale, peut-être une des plus originales au sein de la zone euro depuis quatre ans.

Pas de solution miracle, mais la volonté de trouver un équilibre

Disons cependant d'emblée que rien n'est gagné pour Matteo Renzi : un tel plan devra obtenir le feu vert de Bruxelles, car il suppose un processus de consolidation budgétaire plus lent que prévu. Le mécanisme de financement de la baisse d'impôt de 10 milliards d'euros n'est pas encore très clair. L'austérité est loin d'être entièrement abandonnée, l'Italie doit encore baisser fortement son coût du travail et, c'est là où l'équation est difficile, les politiques menées depuis 2011, ont affaibli le tissu industriel de la péninsule.

Rien ne sera donc simple, mais le président du conseil italien est parvenu à créer ce qui semble impossible en France : une alternative à l'austérité pure et simple. La réforme, oui, mais en l'adaptant aux réalités du terrain et en cherchant des moyens d'en amortir le choc. Une vraie politique sociale-démocrate, en fait. En opposition avec le modèle schrödérien que Berlin tente d'imposer au reste de la zone euro. Evidemment, la France n'est pas l'Italie. Moins industrialisée, elle est aussi confrontée à un problème budgétaire plus grave. Mais le nouvel hôte de Matignon doit pouvoir s'inspirer de cette politique équilibrée. Ce serait donner au PS une nouvelle identité économique qui lui permettrait de se distinguer. Désormais, le nouveau premier ministre sera confronté à ce choix simple : Matteo Renzi ou Gerhard Schröder.

Renzi ou Schröder ?

S'il choisit le premier, France et Italie pourront peser en Europe ensemble pour rééquilibrer les choix et faire contrepoids à la domination intellectuelle et politique de Berlin. Certes, là encore, compte tenu du cadre institutionnel, ce sera difficile. Mais Berlin pourra-t-elle alors ignorer la volonté déterminée de la deuxième et de la troisième économie de la zone euro ? Alors, la zone euro pourra sortir de l'ornière, la confiance pourra lentement renaître et la reprise sera plus réelle. Mais si Manuel Valls préfère s'en tenir à la politique de Gerhard Schröder, autrement dit, s'il se contente d'appliquer la feuille de route européenne, alors le PS n'aura plus de raisons économiques d'exister. A l'étouffement économique causé par une telle politique succédera le sentiment d'étouffement politique. Le scrutin municipal a montré où peut mener cette politique. Le pire serait de ne garder de Matteo Renzi que la forme, les tweets, la quarantaine rieuse, pour faire en réalité du Schröder. Le sentiment de tromperie serait alors terrible. Il faut désormais à la France non plus seulement de la communication, mais aussi des actes. Matteo Renzi a su lier les deux. A Manuel Valls d'en faire autant…

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Commentaires
a écrit le 01/04/2014 à 18:56 :
On peut couper les oreilles en pointe à la plus belle des bourriques on en fera jamais un avion de chasse!!!!
a écrit le 01/04/2014 à 14:56 :
heu..... attendons quelques mois... il y a les discours et la réalité...... l'emballement latin pour renzi, c'est l'audace de faire un pied de nez à Bruxelles qui le justifie..... pour le reste, histoire à suivre.......

ceci étant, pour le mille feuille, il y a un proposition qui traine dans les cartons d'un certain Fromentin, maire de Neuilly...... qui consisterait à aligner les régions sur les flux d'échange économique et de ne faire que 8 régions....... ça parait assez pragmatique mais pour celà, c'est clair, il ne faut demander l'avir s de personne et gouvrner par ordonnance.......

le ménage commence toujours par se faire par le haut de l'escalier........ il faut mettre les élus locaux devant leurs responsabilités....... dans 2 ans, 8 régions..... et donc, reporter les régionales à 2016........

faire des agglomération le siège des département et supprimer les départements...... qui de ce fait, se confondrait avec les agglos...... bref, c'est simple, mais il faut le courage de l'imposer.........
a écrit le 01/04/2014 à 14:27 :
Pourquoi faire des comparaisons avec les italiens,les allemands,les pygmées d'Afrique Centrale etc...etc..Il faut simplement faire une politique qui satisfasse les français .Un point,c'est tout.Au boulot et arrêtez de rêver!!!!
a écrit le 01/04/2014 à 11:17 :
la situation en itale dérape depuis quelques mois , le chômage reprend sa hausse et le désespoir commence a faire peur , alors il fallait une personnalité comme le magicien sort le lapin du chapeau , hop .. comme les français regardent toujours ce qui a echoué ailleurs ( tony blair , schröeder ) ou leurs partis se sont retrouvés dans les limbes électorales , cela risque d'être drôle en étant pathétique surtout pour ceux les plus démunis qui verront toujours leur avenir plus gris
a écrit le 01/04/2014 à 4:59 :
Renzi arrive pour recadrer une austerite deja mise en place, et il lance une reforme de l'Etat Italien, ouvrant l'espoir a plus d'efficacite et a des economies. C'est tres different de la situation francaise ou on ne reforme pas l'Etat et ou l'austerite n'a pas ete mis en place : seul les impots ont ete augmentes en visant d'abord les electeurs de droite. Pourquoi a-t-on moins de courage en France que nos amis Italiens et Espagnols ?
a écrit le 31/03/2014 à 21:51 :
Il faut que les politiques aiment la France et non leurs pré-carrés.
Quitte à être impopulaire autant qu'ils réforment la France en profondeur. Au moins ils resteront dans l'histoire. Dans le cas contraire, ils n'auront fait que passer ...
Beaucoup s'y sont déjà essayé.
Réponse de le 31/03/2014 à 22:04 :
Vous vous rêves déjà bonne nuit lol !!
Réponse de le 01/04/2014 à 0:51 :
Je ne suis pas vraiment sûr qu'il serait si impopulaire, car nombre de Français demandent des réformes en profondeur, et non pas simplement nous assommer d'impôts et taxes, et ne rien faire d'autre. Tout le monde espère que quelqu'un s'attaque au "mille-feuille", au nombre de fonctionnaires (qui est surréaliste il faut bien l'avouer), car on le voit bien, même en augmentant les prélèvements, ils n'arrivent pas à respecter leur budget. Il faut déjà assainir, et stopper toutes ces dépenses (et c'est aussi valable pour les communes, qui sont toutes très endettées en général, et pour lesquelles on paie énormément aussi, tout ça tjs à cause de la mauvaise gestion).

C'est facile de mal gérer lorsque c'est nous qui devons en subir les conséquences, j'aurai personnellement beaucoup plus de clémence pour celui qui s'investira vraiment, même s'il faut se serrer la ceinture un moment, plutôt que les politiques qui sont menées depuis des dizaines d'années et qui ne font qu'empirer notre situation. Ras le bol de la petite cosmétique sur les chiffres, du je donne d'une main pour reprendre de l'autre l'année suivante et compagnie !!!
Réponse de le 01/04/2014 à 4:34 :
Oui pour amputer mon pouvoir d'achat à condition que le politique cesse de faire du discours à contrario de la réalité économique, cela commence par mettre à plat le système maffieu politique et revoir ce qu'est la fonction publique et l'entité territoriale autant ces dernières sont indispensables autant elles sont dévoreuses de moyens lorsqu'elles sont clientélistes, créent par le politique pour le politique bulletin de vote, à défaut d'être efficace.
Réponse de le 01/04/2014 à 8:41 :
J'espere que vous avez donné cette idée à votre patron pour votre salaire, il doit être revu à la baisse ou vous faites comme les politiques vous dites n'importe quoi, je privilégie la seconde option.
Réponse de le 01/04/2014 à 8:43 :
Votre chaîne de télé préférée doit être Disney Chanel.
a écrit le 31/03/2014 à 21:38 :
Bon article en général, peut être rédigé trop rapidement : des fautes d'orthographes sont présentes.
a écrit le 31/03/2014 à 21:13 :
Rêvons au moins jusqu a l annonce du gouvernent. Si on retrouve la bravitude et de vieux éléphants on saura que c est foutu qu il feront de la com
a écrit le 31/03/2014 à 20:51 :
Les alternatives à l'austérité pure et simple de Renzi ou de Valls ne permettront pas à la France et à l'Italie de respecter le pacte budgétaire européen. La démonstration en sera faite d'ici un an ou deux.

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