Quel peut-être l'impact du salaire minimum sur la demande intérieure allemande ?

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Une agence pour l'emploi en Allemagne. Le salaire minimum portera-t-il la croissance outre-Rhin ?
Une agence pour l'emploi en Allemagne. Le salaire minimum portera-t-il la croissance outre-Rhin ? (Crédits : reuters.com)
Le salaire minimum de 8,5 euros par heure s'appliquera le 1er janvier prochain outre-Rhin. Une étude tente d'évaluer son effet macro-économique.

Le salaire minimum allemand a été un des grands sujets de la campagne des européennes. Le candidat social-démocrate Martin Schulz en a ainsi fait la pierre angulaire de son « Europe sociale » en voulant le généraliser à toute l'Europe. Les socialistes français en ont également fait le premier pas vers un « rééquilibre de la zone euro » où l'Allemagne se concentrerait à nouveau sur la demande, et favoriserait ainsi la reprise dans le reste de l'Union monétaire.

Un effet positif direct de 0,32 % du PIB sur les salaires

Mais quel impact peut-on réellement attendre sur la conjoncture allemande de ce salaire minimum de 8,50 euros par heure, qui ne sera mis en place partiellement, rappelons-le, que le 1er janvier 2015 et entièrement que le 1er janvier 2017 ? Jusqu'ici, les études s'étaient peu soucier de quantifier l'impact sur la demande intérieure de ce salaire minimum. L'institut RWI, basé à Essen, s'est penché sur le sujet. Et ses conclusions ne sont guère encourageantes.

L'auteur de l'étude, Roland Döhrn, estime que le surcoût pour les entreprises de la mise en place de ce salaire minimum sera de 12 milliards d'euros, mais que l'augmentation des salaires nets ne sera que de 8 milliards d'euros, soit 0,32 % du PIB allemand. La version officielle du gouvernement allemand estime que cette augmentation des salaires va augmenter la demande et provoquer un effet « boule de neige » favorable à la croissance.

Les trois impacts possibles

RWI met en doute ce scénario et perçoit le salaire minimum comme une « nouvelle répartition » d'une partie des profits en faveur du salaire et de l'Etat et au détriment des entreprises. Dès lors, trois scénarios sont possibles.

Dans le premier, les entreprises réduisent leur épargne à hauteur de l'augmentation de la masse salariale. C'est le scénario le plus favorable à la demande intérieure puisque la consommation en profiterait sans que les dépenses immédiates des entreprises ne soient touchées. Mais Roland Döhrn estime « l'épargne plus faible des entreprises réduira l'investissement et la croissance dans l'avenir. »

Deuxième scénario : les entreprises ajustent la hausse des coûts par la baisse de leurs dépenses. Dans ce cas, l'effet sur la demande intérieure sera au mieux nul. Certes, souligne Roland Döhrn, l'épargne de ceux payés au salaire minimum est plus faible que les autres, certes les investissements futurs seront préservés, mais la différence entre la baisse du revenu disponible des entreprises et celui des ménages concernés est de 4 milliards d'euros…

Troisième scénario : les entreprises reportent le coût du salaire minimum sur le prix de vente des produits. RWI estime que ceci conduirait à une hausse de 0,8 point de l'inflation. Dans ce cas, le pouvoir d'achat des ménages non concernés sera impacté négativement, tandis que les gains pour ceux qui auront bénéficié du salaire minimum sera faible : 700 à 800 millions d'euros, selon l'étude, soit 0,05 % du PIB. Autrement dit, là aussi, l'impact sur la demande intérieure sera faible.

Conséquences sur la demande intérieure dures à quantifier

Comme le souligne l'étude, la vérité sera sans doute un mélange des trois scénarios. Elle renonce à estimer l'ampleur des trois impacts, ce qui est fort dommage car c'est sans doute là qu'est la vérité. Il est donc difficile d'estimer les vraies conséquences en termes de demande intérieure de ce salaire minimum. D'autant que le cadre change : si la croissance demeure forte, le surcoût sera plus aisé à encaisser pour la plupart des entreprises. D'autant que les plus concernées sont les entreprises de services, dépendante du marché intérieur qui est assez vigoureux ces temps-ci, comme l'ont montré les chiffres de croissance de l'Allemagne au premier trimestre.

Pas de catastrophe, mais pas davantage d'effet très positif

Le patronat allemand ne cesse de réclamer des aménagements au salaire minimum. Ce mercredi 27 mai encore, la BDA, l'union des employeurs, a utilisé les mauvais chiffres de l'emploi en mai pour en demander. En réalité, le salaire minimum ne sera pas une catastrophe pour les entreprises allemandes : leur taux de profit, leur épargne et la dynamique interne leur permet d'y faire face. De même, les entreprises industrielles sont assez peu concernées et l'impact sur la compétitivité externe devrait être négligeable. En revanche, l'étude de RWI a l'intérêt de mettre en lumière qu'il serait aussi naïf d'attendre un impact positif de grande ampleur sur la demande intérieure. Et encore plus sur la dynamique européenne. Les chiffres du premier trimestre ont, d'ailleurs, montré que « l'effet d'entraînement » de l'économie allemande sur le reste de la zone euro était très faible.

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Commentaires
a écrit le 30/05/2014 à 11:26 :
Tant que cela ne s'appliquera pas à l'industrie allemande, l'impact sera nul pour l'Allemagne qui abuse de la misère européenne... particulièrement à l'Est.
a écrit le 29/05/2014 à 18:28 :
L'institut RWI est un think tank présidé par un certain Daniel Kaufmann, membre du forum de Davos où il est connu que sont invités des gens qui prennent à coeur l'intérêt général et le bien-être social !!!
a écrit le 29/05/2014 à 12:11 :
Gattaz doit rêver du "modèle allemand" et de ses "minijobs" avec son smic faible
a écrit le 29/05/2014 à 12:08 :
On peut surtout prévoir une hausse du chômage. La bonne décision n'était pas l'introduction du SMIC mais plutôt l'introduction du revenu de base...
a écrit le 29/05/2014 à 11:52 :
ma théorie: la génération des dirigeants allemands impliqués dans le nazisme disparait. cette génération qui avait mauvaise conscience, et qui avait peur des mouvements brigades rouges, devait donner des salaires corrects aux employes pour eviter une explosion sociale. l anglo-americanisme et ses tendances esclavagistes reprend le dessus car cette generation et son comportement "mauvaise conscience et peur brigade rouge" disparaissent. C est bien de mettre en place un salaire minimum (controle des salaires) quand la direction des entreprises devient incontrolée. Voulia pourquoi les allemendas n avaient pas de salaire minimum, comme la france, a ce jour.

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