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ÉconomieUnion européenne

La défaite européenne de la stratégie de dédiabolisation du FN

Photo de Romaric Godin

Romaric Godin

Publié le 24 juin 2014 à 12:40 - Mis à jour le 24 juin 2014 à 13:05

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Le FN n'a pas réussi à former un groupe politique au parlement européen. Une défaite financière et politique. mais aura-t-elle un impact en politique intérieure ?

Un mois après son succès aux élections européennes, le Front National a dû essuyer une vraie défaite dans les couloirs du parlement européen. Marine Le Pen n'a pas réussi à créer un groupe politique. Elle a échoué sur l'écueil du nombre requis de représentants d'un quart des Etats membres (ici sept membres).

Défaite financière

C'est une double défaite pour le FN. D'abord, financière. Le groupe EFD (Europe de la liberté et de la démocratie) qui a finalement été formé grâce à la dissidence d'un élu frontiste devrait disposer d'un budget de 14 millions d'euros. Une manne qui sera donc refusé au FN qui continuera de siéger sur les bancs des « non inscrits. »

Une voix peu audible

Mais la défaite la plus lourde est sans doute politique. D'abord, parce que ne pas faire partie d'un groupe offre moins de place à la parole d'un élu. La voix des partisans de Marine Le Pen aura bien de la peine à se faire entendre au milieu des quelques 54 députés sans affiliation qui devront tous se partager un temps de parole limité. Le FN devra également se battre pour participer aux commissions où se déroule l'essentiel du travail parlementaire. Pas simple dans ces conditions de « bloquer l'avancée de l'UE » comme Marine Le Pen l'avait promis.

Refus de l'alliance avec les néo-nazis

Mais il y a encore pire. Le FN a été victime de son positionnement et de son passé. La « dédiabolisation » réalisée par Marine Le Pen n'a pas convaincu partout en Europe et elle a interdit au parti français quelques alliés infréquentables. Pour convaincre que le FN n'est « pas un parti d'extrême-droite », il semblait en effet difficile de s'allier avec la partie la plus extrême des nationalistes européens, ceux qui ne cachent pas leur caractère néo-nazis : les Grecs d'Aube Dorée, les Hongrois du Jobbik ou les Allemands de la NPD. Pour autant, rejeter ces alliances n'aura pas été suffisant.

Trop sulfureux

Pour la plupart des partis eurosceptiques de droite en Europe, le FN reste un parti trop sulfureux. La seule recrue engagée par le FN dans ce grand mercato des groupes politiques au parlement aura ainsi été la Ligue du Nord qui était précisément désireuse de montrer sa radicalisation et de rompre avec son passé d'allié supplétif de Silvio Berlusconi pour prendre la tête de l'opposition xénophobe à l'euro en Italie. Quant aux partis soucieux de maintenir une respectabilité dans leur propre paysage politique, ils ont fui l'alliance du FN comme une infamie.

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Infâmant

Beaucoup d'alliés potentiels de Marine Le Pen, y compris ceux qui lui avaient donné un accord préalable, se sont défilés et ont préféré s'allier soit avec les Tories et son groupe l'ECR, soit avec l'UKIP et EFD. Les Démocrates suédois, si soucieux de faire oublier leur passé néonazi, ont ainsi préféré rejoindre la deuxième option. Même chose pour les Lituaniens d'Ordre et Justice. De façon générale, on a remarqué une fuite des partis eurosceptiques vers la respectabilité. C'est ce qui explique le grand succès du groupe ECR des eurosceptiques « modérés » qui a attiré les partis finlandais, danois, allemand et même la N-VA flamande. Au sein de l'ECR, on ne peut être qualifié de parti d'extrême-droite puisque les Tories en font partie. Mais on peut y critiquer à son aise l'UE.

Incompatibilité avec les partis d'Europe centrale et orientale

Le FN a donc raté le coche. Nul en Europe ne croit à sa modération et comme il ne peut s'allier avec les néo-nazis, la constitution d'un groupe était chose très difficile. Les propos de Jean-Marie Le Pen sur Patrick Bruel, en rappelant que le FN n'en avait pas fini avec ses vieux démons, auront encore compliqué l'exercice. Mais il faut aussi souligner combien « l'ADN » du FN, ce mélange de vieux PCF et de nationalisme « à la française » est difficilement compatible avec d'autres partis en Europe.

En Europe de l'Est, les eurosceptiques sont souvent ultra-libéraux et anti-russes, quand le FN est interventionniste et pro-russe. Si la critique de l'immigration peut faire mouche en Europe de l'ouest, elle est perçue comme une attaque à l'est où l'on émigre. Or, sans alliés à l'est, il est impossible de constituer un groupe politique dans l'Europe des 28.

Un coup dur pour le FN en France ?

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Enfin, le FN, comme les autres partis eurosceptiques de droite sont obsédés par leur position en politique intérieure. L'Europe n'est qu'un marchepied et un moyen de récolter de l'argent et de la visibilité médiatique. Leur but est de progresser lors des élections nationales. L'Europe est le cadet de leurs soucis, sauf s'il peut leur nuire sur le plan national. Ils ne veulent donc rien construire au niveau européen. D'où cette incapacité à s'entendre. Mais, du coup, cette défaite européenne du FN n'est peut-être pas une défaite majeure pour le FN en France. Il lui sera possible d'y voir une preuve supplémentaire du mépris de la France par l'UE qui refuse au premier parti de France le bénéfice d'un groupe. Il peut faire de son isolement un atout comme une preuve supplémentaire de son « refus » de participer à l'UE.

Romaric Godin

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