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ÉconomieUnion européenne

"Il faut que la France et l'Italie s'opposent franchement à l'Allemagne"

Photo de Romaric Godin

Propos recueillis par Romaric Godin

Publié le 25 juin 2014 à 13:04 - Mis à jour le 25 juin 2014 à 15:42

Le Quotidien Numérique

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Steve Ohana, professeur de finances à l'ESCP Europe et auteur de l'ouvrage "Désobéir pour sauver l'Europe" donne sa vision des enjeux du conseil européen des 26 et 27 juin.

Comment analysez-vous la situation actuelle de la zone euro ?

La cause des problèmes actuels vient d'une double erreur. La première est celle de la cause de la crise. Cette dernière trouve, selon moi, son origine, dans la hausse de l'endettement privé avant 2007, alimentée par les erreurs des banques. On a cru qu'elle était due à l'endettement public, au coût du travail et à la flexibilité des marchés du travail. On a donc aggravé une crise qui était une crise de la demande en pesant encore plus sur elle. On a ajouté de la pression déflationniste à la pression déflationniste.

Et la seconde erreur ?

C'est l'absence d'institutions adaptées pour gérer la crise. Aux Etats-Unis,  l'Etat fédéral fait les transferts nécessaires de façon naturelle. La zone euro ne dispose pas de cet outil et l'Allemagne a ainsi acquis un droit de veto de fait sur les décisions. C'est pourquoi la zone euro ne parvient pas à prendre les bonnes décisions.

Le risque déflationniste est-il contenu par la BCE ?

La BCE peut éviter le déclenchement d'une spirale déflationniste, notamment en stoppant la hausse de l'euro. Elle atteindra sans doute cet objectif. Mais ce n'est pas suffisant, car les forces « réelles » qui tirent vers la déflation et qui sont alimentées par les politiques d'amélioration de la compétitivité sont trop fortes et continuent de détruire la demande intérieure. Or, une inflation qui reste faible est également très dangereuse, car elle maintient les taux réels à un niveau élevé, renchérit la dette et entretient le chômage. la BCE ne peut pas lutter seule contre ce phénomène.

Que faire, alors, pour sortir de la crise ?

Il faut désormais sortir de la « prison mentale » dans laquelle nous a enfermé Angela Merkel. On a le sentiment  que l'on ne peut plus agir en dehors de la politique de consolidation budgétaire et de réformes structurelles. On a « intériorisé » le fait que l'on a plus de marge de manœuvre. Or, c'est faux. L'économie a besoin d'une relance de la demande. Et un pays comme la France emprunte, malgré sa situation budgétaire, à des taux très bas qui lui permettrait de soutenir la demande

Mais ce serait le conflit ouvert avec l'Allemagne...

Je pense que le « clash » entre l'Allemagne et les pays latins, France et Italie en tête, est inévitable et je pense qu'il serait salutaire et positif. Ce conflit doit avoir lieu pour briser la « prison mentale » et retrouver de la marge de manœuvre. Il ne faut pas en faire une croisade germanophobe, mais plutôt prendre acte que les solutions mises en place depuis 2010 sont un échec et conduisent à un suicide de nos économies que l'on ne doit pas accepter. La France a repoussé par deux fois, avec Nicolas Sarkozy et avec Hollande, ce « clash. » Il ne faut plus le faire à présent.

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Mais ce conflit ne pourrait-il pas conduire à la rupture de la zone euro ?

C'est un risque qu'il faut accepter et anticiper. Le refus d'accepter ce risque a sans doute conduit les dirigeants français à accepter la logique actuelle. Si la priorité est d'éviter l'éclatement de la zone euro, alors il faut accepter cette logique. Mais si la priorité est l'emploi des Européens, alors on doit changer de perspective.

Mais beaucoup prédisent le cataclysme en cas d'éclatement de la zone euro...

Cet éclatement n'est pas sûr. Si Angela Merkel doit s'opposer à un front franco-italien, c'est désormais elle qui subira la pression. Elle devra choisir et il n'est pas exclu qu'elle fasse des concessions, car l'Allemagne n'a aucun intérêt à quitter la zone euro. Mais si l'Allemagne décide de quitter la zone euro, ce sera pour moi le scénario le moins cataclysmique. D'abord, ce ne sera pas un parti extrémiste qui gérera cette sortie, ensuite il n'y aura pas de défaut sur la dette française et italienne qui resteront libellés en euros, mais en euros dévalués. La France a beaucoup moins à perdre que l'Allemagne dans ce scénario. Si Berlin refuse de bouger, Paris doit s'asseoir sur les règles budgétaires et faire de la relance.

Quelle serait la relance idéale ?

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Je ne crois pas qu'il faille faire de la relance par une hausse des dépenses de fonctionnement de l'Etat. Il faut des investissements publics qui soient productifs et utiles et qui soutiennent le secteur privé. Les investissements dans la transition énergétique ou les infrastructures sont inévitables, il faudra les faire. Autant les faire dès maintenant pour soutenir l'économie. Je crois que de tels investissements sont capables de faire consensus.

Propos recueillis par Romaric Godin

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