"Il faut que la France et l'Italie s'opposent franchement à l'Allemagne"

 |   |  801  mots
François Hollande va-t-il risquer le conflit avec Angela Merkel ?/Reuters
François Hollande va-t-il risquer le conflit avec Angela Merkel ?/Reuters (Crédits : Reuters)
Steve Ohana, professeur de finances à l'ESCP Europe et auteur de l'ouvrage "Désobéir pour sauver l'Europe" donne sa vision des enjeux du conseil européen des 26 et 27 juin.

Comment analysez-vous la situation actuelle de la zone euro ?

La cause des problèmes actuels vient d'une double erreur. La première est celle de la cause de la crise. Cette dernière trouve, selon moi, son origine, dans la hausse de l'endettement privé avant 2007, alimentée par les erreurs des banques. On a cru qu'elle était due à l'endettement public, au coût du travail et à la flexibilité des marchés du travail. On a donc aggravé une crise qui était une crise de la demande en pesant encore plus sur elle. On a ajouté de la pression déflationniste à la pression déflationniste.

Et la seconde erreur ?

C'est l'absence d'institutions adaptées pour gérer la crise. Aux Etats-Unis,  l'Etat fédéral fait les transferts nécessaires de façon naturelle. La zone euro ne dispose pas de cet outil et l'Allemagne a ainsi acquis un droit de veto de fait sur les décisions. C'est pourquoi la zone euro ne parvient pas à prendre les bonnes décisions.

Le risque déflationniste est-il contenu par la BCE ?

La BCE peut éviter le déclenchement d'une spirale déflationniste, notamment en stoppant la hausse de l'euro. Elle atteindra sans doute cet objectif. Mais ce n'est pas suffisant, car les forces « réelles » qui tirent vers la déflation et qui sont alimentées par les politiques d'amélioration de la compétitivité sont trop fortes et continuent de détruire la demande intérieure. Or, une inflation qui reste faible est également très dangereuse, car elle maintient les taux réels à un niveau élevé, renchérit la dette et entretient le chômage. la BCE ne peut pas lutter seule contre ce phénomène.

Que faire, alors, pour sortir de la crise ?

Il faut désormais sortir de la « prison mentale » dans laquelle nous a enfermé Angela Merkel. On a le sentiment  que l'on ne peut plus agir en dehors de la politique de consolidation budgétaire et de réformes structurelles. On a « intériorisé » le fait que l'on a plus de marge de manœuvre. Or, c'est faux. L'économie a besoin d'une relance de la demande. Et un pays comme la France emprunte, malgré sa situation budgétaire, à des taux très bas qui lui permettrait de soutenir la demande

Mais ce serait le conflit ouvert avec l'Allemagne...

Je pense que le « clash » entre l'Allemagne et les pays latins, France et Italie en tête, est inévitable et je pense qu'il serait salutaire et positif. Ce conflit doit avoir lieu pour briser la « prison mentale » et retrouver de la marge de manœuvre. Il ne faut pas en faire une croisade germanophobe, mais plutôt prendre acte que les solutions mises en place depuis 2010 sont un échec et conduisent à un suicide de nos économies que l'on ne doit pas accepter. La France a repoussé par deux fois, avec Nicolas Sarkozy et avec Hollande, ce « clash. » Il ne faut plus le faire à présent.

Mais ce conflit ne pourrait-il pas conduire à la rupture de la zone euro ?

C'est un risque qu'il faut accepter et anticiper. Le refus d'accepter ce risque a sans doute conduit les dirigeants français à accepter la logique actuelle. Si la priorité est d'éviter l'éclatement de la zone euro, alors il faut accepter cette logique. Mais si la priorité est l'emploi des Européens, alors on doit changer de perspective.

Mais beaucoup prédisent le cataclysme en cas d'éclatement de la zone euro...

Cet éclatement n'est pas sûr. Si Angela Merkel doit s'opposer à un front franco-italien, c'est désormais elle qui subira la pression. Elle devra choisir et il n'est pas exclu qu'elle fasse des concessions, car l'Allemagne n'a aucun intérêt à quitter la zone euro. Mais si l'Allemagne décide de quitter la zone euro, ce sera pour moi le scénario le moins cataclysmique. D'abord, ce ne sera pas un parti extrémiste qui gérera cette sortie, ensuite il n'y aura pas de défaut sur la dette française et italienne qui resteront libellés en euros, mais en euros dévalués. La France a beaucoup moins à perdre que l'Allemagne dans ce scénario. Si Berlin refuse de bouger, Paris doit s'asseoir sur les règles budgétaires et faire de la relance.

Quelle serait la relance idéale ?

Je ne crois pas qu'il faille faire de la relance par une hausse des dépenses de fonctionnement de l'Etat. Il faut des investissements publics qui soient productifs et utiles et qui soutiennent le secteur privé. Les investissements dans la transition énergétique ou les infrastructures sont inévitables, il faudra les faire. Autant les faire dès maintenant pour soutenir l'économie. Je crois que de tels investissements sont capables de faire consensus.

 

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 04/07/2014 à 12:41 :
Oui il faut s'opposer aux pays étrangers, et seul le nationalisme et le protectionisme pourront nous sauver. Il faut fermer les frontières, interdire toute importation et retourner au franc ! Vive la france. Et chacun chez soi.
a écrit le 27/06/2014 à 18:01 :
S'opposer a l'Allemagne pourquoi ?
Comment veut-on faire une relance autrement que par plus de dettes qui donneront un peu de souffle a tres court terme et hypotheront l'avenir a long terme ?!
Ajouter la dette a la dette est irresponsable, vous vous disqualifier.
a écrit le 27/06/2014 à 11:04 :
Je lis vos débats de spécialistes avec attention. Je n'y connais pas grand chose.
Je constate que c'est de l'ordre de discours réfléchi...de la réflexion naît l'action.
Laquelle? Constat:
Pour les actes? Il n'y a que les parlementaires.
1) ils délèguent leurs analyses aux (euros)-technocratiques
2) ils votent sur avis d'un porte-parle.
Corollaire:
Comment la parole du peuple se fera-t-elle (réellement) entendre?
Comment appelle-t-on un pays où la vox populi n'est pas entendue?
a écrit le 27/06/2014 à 10:28 :
Mais qui croit au père Noel ?? Relancer une economie en faisant encore plus de dette est une chimère. Et ce n´est pas en trafiquant les chiffres de déficit en divisant entre bonnes dettes et mauvaises dettes pour en faire ecore plus que la conjoncture repartira.
Pour ca il faut repartir d´une base saine et remettre a plomb les structures en particulier les dépenses. On appelle ca compétitivité. Les entreprises ne peuvent créer des emplois que si elles ont des commandes et pour ca il faut vendre !! Il n y pas de mystère.
Les dépenses de l´Etat sont surdimensionnées par rapport à ses revenus. Les charges sont en partie la cause du problème. Tout le monde est d´accord la dessus mais personne ne veut en subir les conséquences.

Même les excédents allemands (prognostiques de croissance encore remontés à 2 % et plus pour 2014 et 2015) ne pourront pas rééquiliber les déficits de la France et de l Italie. Ca il faut bien le comprendre. De plus cette chimère de mutualisation des dettes d´une facon ou d´une autre entre les pays de la zone Euro est absoluement tabou. Aucun gouvernement allemand ( entre autres) ne fléchira sur ce point même ce monsieur Signar Gabriel (socialiste, ministre de l economie) a tenu des propos inconsiderés dans ce sens récemment . Il a été vite rapellé à l ordre !
Si la zone devait éclater un jour -ce que je n´espère pas car ca serait une catastrophe - 80 millions d´allemands pousseront un grand Ouff de soulagement car en 2002 la grande majorité d´entre eux était contre l´abandon de leur bon et robuste D-Mark !!
a écrit le 26/06/2014 à 15:08 :
Crise de l'endettement privé ..en France !!! C'est vraiment n'importe quoi !Aux US oui mais en europe et singulièrement en France c'et l'endettement public!
Réponse de le 26/06/2014 à 18:59 :
Le mur de la dette, c'est en France peut-être? Vous préconisez quoi pour l'endettement public en France? Subventionner l'immobilier? Vous aidez à mettre en état vos propriétés en déguisant le tout en écologie (fenêtre, volet, chaudière, etc.)? Vous aidez à embaucher une femme de ménage? Donner plus d'argent aux retraités qu'il n'en rentre dans les caisses pour qu'ils consomment?
a écrit le 26/06/2014 à 13:47 :
Une très bonne analyse et heureusement que ce professeur travaille à l'ESCP (une des meilleures école de management du monde), car s'il avait été fonctionnaire il se serait fait insulter!
a écrit le 26/06/2014 à 12:53 :
TRES BONNE ANNALYSSE ???
a écrit le 26/06/2014 à 9:13 :
Il faut que la France et l'Italie s'opposent à l'Allemagne (sur l'économie), que la France l'Italie et l'Allemagne s'opposent à la Grande Bretagne (sur la nomination du président de la commission européenne) et que la la France l'Italie, l'Allemagne et la Grande Bretagne s'opposent aux USA (sur les amendes infligées aux banques). Tout est simple et va pour le mieux.
a écrit le 26/06/2014 à 9:08 :
Pour faire économiste, il faut critiquer l'Allemagne et la chancelière l'intelligente Madame Angela Merkel; mais voilà, c'est grâce à la gestion de cette dernière que l'Euro est toujours là.
Si la France et l'Italie ne sont pas contents, ils peuvent toujours créer une monnaie commune; ce sera un vrai désastre!
a écrit le 26/06/2014 à 7:50 :
Encourager la France l'Italie, les deux plus gros cancres de la classe à se rebeller contre l'Allemagne parce qu'elle a de meilleures notes... J'imagine que dans sa classe ce prof d'economie ( vraiment ????) utilise la meme methode....Catastrophique et pitoyable...,Et Nul
a écrit le 26/06/2014 à 7:35 :
Il ne connaît que la conspiration, il est nul mais dans ce domaine c'est un expert.
a écrit le 26/06/2014 à 7:19 :
Retirer le pouvoir aux technocrates improductifs et surpayés sur le dos des vrais actifs. Oui il fait une révolution...
a écrit le 26/06/2014 à 4:07 :
On peut faire confiance aux cancres de l'Europe, la France et l'Italie les deux meilleurs élèves de l'Europe, on connaissait déjà la France par les économistes attérés aboyant on connaissait les Picketti et compagnie voilà encore un, plus ces gens se mettent à parler, pire la situation du pays devient !
Réponse de le 26/06/2014 à 13:40 :
Et vous n'avez pas lu les nombreux prix Nobel qui pensent aussi comme ce monsieur, décidément les économistes, vous ne les comprendrez jamais!
a écrit le 25/06/2014 à 23:15 :
Des investissements publics qui soient productifs et utiles... Ha ha ha ha ha que vaut encore l'ESCP?,investir dans ALS et Peugeot? Ha ha ha ha ha..
a écrit le 25/06/2014 à 22:45 :
La France a une économie de faible valeur ajoutée, associée à une monnaie forte, donc un découplage doublé par le niveau des salaires au niveau des allemands, le double, comme la VAIndus ans le PIB... nous avons un quart de robots, une productivité nulle... on se suicide en monnaie forte, faute d'appareil productif. C'est la question nord sud sur le chômage. Nos bacheliers planchent sur la croissance, à l'horizontale ou à a verticale ou bien en danceuse en tutu dans les cols?
Réponse de le 25/06/2014 à 23:00 :
Que les intermittents du travail se liguent pour faire payer les permanents de l'effort !
a écrit le 25/06/2014 à 22:02 :
L’euro dans sa gestion actuel ne profite à strictement personne, dans sa zone mais aussi à l’extérieur de sa zone, sinon, mais pour l’instant seulement, qu’à l’Allemagne. C’est un non sens économique, une chimère et très certainement le prélude à la plus grande des catastrophes économiques depuis les premiers échanges des chasseurs-cueilleurs.
C’est déjà dans les résultats, et quoi que l’on en pense, la plus gigantesque des arnaques. Il suffit pour cela que de constater les excédents commerciaux 2013 en Allemagne pour qui, l’euro n’est qu’une forte dévaluation du mark : 194 milliards (10% du PIB Français !).
Il est plus que temps siffler un penalty pour de se poser et faire savoir à Merkel que nous ne voulons pas de cette espèce de nouveau Reich qu’elle veut imposer en Europe, celui-ci fondé sur la misère et l’exploitation des populations.
a écrit le 25/06/2014 à 21:38 :
Soyons optimistes : c'est le Parlement qui va aller au clash.
a écrit le 25/06/2014 à 21:16 :
Pour faire baisser l euro une solution parmi beaucoup d autres . Imprimer 1000 mds d euro et les distribuer aux états au prorata de leur population .
a écrit le 25/06/2014 à 19:27 :
Le Pacte budgétaire européen a été imposé par L’Allemagne et accepté par la France et l’Italie et tous les autres pays de la zone y compris la Grèce. Les pays qui ont une dette qui dépasse 60 % du PIB feront l'objet d'une PDE (procédure de déficit excessif) s'ils ne réduisent pas d'un vingtième par an (sur une moyenne de trois ans) l'écart entre leur taux d'endettement et la valeur de référence de 60 %. Ça été accepté et voté par tout le Monde. Notez que l’Allemagne aussi a l’obligation de ramener son endettement à 60% du PIB. N’oubliez pas que des politiques de relance à l’échelle de la zone euro ou de l’union européenne doivent être financées. Qui va les financer ? La France est déjà contributeur nette de l’union européenne de 7 milliards d’euros par an environ. Toute politique de relance à l’échelle de l’union européenne ne serait pas financée que par l’Allemagne, il faudrait aussi que la contribution nette de la France à l’union européenne augmente et elle aurait toujours le problème que contrairement à l’Allemagne l’euro serait surévalué pour son économie ! Pour un État de la zone euro, être contributeur nette de l’union européenne n’a d’utilité que s'il peut profiter d’une monnaie moins forte que celle qu’il aurait s'il n’était pas dans l’union européenne. Il n’y a que l’Allemagne quasiment qui se trouve dans ce cas. Pour la France non seulement elle est contributeur net et est appelée à le rester mais de surcroit elle se … une monnaie surévaluée pour son économie.
Réponse de le 26/06/2014 à 13:44 :
Financement par la planche à billets :-p
a écrit le 25/06/2014 à 18:29 :
L'Allemagne n'acceptera jamais et préfèrera sortir de l'Euro plutôt que d'aller vers une fédéralisation, car c'est bien de cela dont il est question avec les transferts budgétaires que propose ce monsieur. Sapir et d'autres ont chiffré pour l'Allemagne l'enveloppe nécessaire à de tels transferts : 11 à 13% du PIB pendant plusieurs années. Autant dire que ça n'arrivera jamais. Encore un doux rêveur qui fait fi des réalités.
Réponse de le 25/06/2014 à 23:34 :
Faux,
l'Allemagne est fédérale et est favorable à ce modèle pour l'UE.
Les Gaullistes et les britanniques y sont opposés et veulent rester à l'Europe des nations. C'est la raison du refus de J.C. Junker par M. Cameron.

Si vous voulez des transferts nord-sud alors il faut que 51% des Français approuvent la fédération européenne. Les Allemands y seraient prêts.
Réponse de le 26/06/2014 à 13:46 :
Je ne suis pas sûr que ce soit l'objet de l'article...
a écrit le 25/06/2014 à 18:05 :
ce serait une très bonne initiative! il n'est jamais trop tard !
a écrit le 25/06/2014 à 17:53 :
C'est maintenant ou jamais car il est déjà bien tard
a écrit le 25/06/2014 à 17:48 :
Ainsi la France ne souffrirait pas de son endettement public ? Il suffit de savoir lire: 70 milliards d'Euros en 1975 et 1900 milliards en 2014, soit 27 fois plus !Et ce ne serait pas un problème ! Quant à s'allier à l'Italie comme pour la gestion des déficits, cela devient comique. Pourquoi pas la Grèce ? Ce "professeur" -socialiste- montre le faible niveau de l'enseignement de l'économie en France. C'est peut être aussi de cela que l'on souffre.
Réponse de le 26/06/2014 à 13:47 :
Ce fort taux d'endettement est aussi la conséquence du mauvais usage qui est fait de la planche à billet !
a écrit le 25/06/2014 à 17:29 :
Pour le moment et depuis fort longtemps, l'Allemagne nous traîne économiquement et permet à l'Europe de surnager. L'Italie et la France, les deux malades de l'Europe, voudraient s'allier pour donner des leçons ! Risible.
a écrit le 25/06/2014 à 17:11 :
Il ne sait que faire des manœuvres dans le dos des gens.
a écrit le 25/06/2014 à 16:42 :
Et ça c'est un prof d'économie à l'ESCP. Pauvre France...
Réponse de le 25/06/2014 à 16:52 :
Vous êtes qui pour dénigrer les gens de la sorte ?
Ses propos sont on ne peut plus véridique, cessez de nier et de vous croire supérieur.
Réponse de le 25/06/2014 à 17:09 :
Et vous vous êtes qui pour donner des leçons, vous êtes comme tout le monde, un illustre inconnu mais qui ne le sait pas encore.
a écrit le 25/06/2014 à 16:14 :
c'est certainement la solution mais l'itralie a toujours ete un allie difficile a mobiliser et FH n'est pas un home de conflit. alors Merkel va continuer a couler l'europe.
Réponse de le 25/06/2014 à 23:40 :
Merkel ne vous coule pas, elle vous met devant vos responsabilités; elle vous sauve. Relancer par la dette c'est absurde. Mieux vaut être compétitif avec la Corée du sud. L'économie se développe alors toute seule, comme une grande, sans un Etat qui limite les libertés par d'innombrables réglementations égalitaristes.
Réponse de le 26/06/2014 à 13:53 :
La relance ne se fait pas nécessairement par la dette, la BCE pourrait financer de grands projets à fonds perdu ^^

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :