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ÉconomieUnion européenne

Sommet européen : Angela Merkel sous pression

Photo de Romaric Godin

Romaric Godin

Publié le 23 juin 2014 à 09:34 - Mis à jour le 23 juin 2014 à 11:25

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Lors du sommet européen des 26 et 27 juin, la chancelière allemande sera sous la triple pression des conservateurs allemands, des Tories britanniques et du centre-gauche européen. Comment tranchera-t-elle ?

Le sommet européen des 26 et 27 juillet sera déterminant pour l'avenir de l'Europe. L'UE va en effet jeudi et vendredi devoir choisir sa voie économique : celle du statu quo sur la stratégie de consolidation budgétaire ou celle du pragmatisme afin de soutenir la reprise. Au cœur de cette décision se trouve la question de l'assouplissement du pacte de stabilité. En offrant, comme le demande l'Italie de Matteo Renzi, plus d'air aux budgets nationaux pour soutenir la reprise, même avec certaines garanties de « réformes », les gouvernants de la zone euro pourraient permettre de donner une impulsion salutaire à leurs économies. Mais si la doctrine qui veut que la consolidation budgétaire est un préalable nécessaire au retour de la croissance l'emporte, la zone euro continuera de compter sur une BCE de plus en plus impuissante pour la sortir de la nasse conjoncturelle où elle s'enfonce.

La pression Renzi

Une seule personne peut trancher ce débat : c'est évidemment Angela Merkel. Or, sa position n'est pas aisée. La chancelière est soumise à trois pressions contradictoires. La première est celle de l'Italie de Matteo Renzi. Le président du Conseil italien sait qu'il doit l'excellent score de son parti aux européennes (40,8 % des voix) à ses promesses d'un changement en Europe et de rupture avec l'austérité. Il a donc besoin de marquer une victoire lors de ce sommet pour « prouver » à son opinion qu'il a agi et pour pouvoir donner quelques gages supplémentaires à sa politique officielle de réformes accompagné d'un assouplissement de la rigueur.

En Europe, Matteo Renzi peut s'appuyer principalement sur François Hollande. Mais c'est un allié assez peu fiable, tant on a vu dans le passé que le gouvernement français n'était guère prêt à entrer en conflit avec l'Allemagne. Si Angela Merkel refuse d'entendre Matteo Renzi, François Hollande osera-t-il se ranger dans le camp italien ? Rien n'est moins sûr.

Pour autant, la chancelière ne peut pas rejeter les demandes italiennes d'un revers de main. D'abord parce que Matteo Renzi, au final, joue le jeu et axe sa politique sur les « réformes », ensuite parce qu'elle doit prendre en compte le désastreux résultat des européennes, enfin parce que Rome va présider l'UE pour les six prochains mois et qu'elle va devoir « neutraliser » cette présidence afin que cette question des déficits ne reviennent sans cesse sur le devant de la scène.

Surtout, Angela Merkel doit trouver un moyen de satisfaire les soutiens que l'Italien a trouvé au sein du gouvernement allemand, notamment auprès de son vice-chancelier et ministre de l'Economie Sigmar Gabriel. Même si on ne doit pas exagérer le poids des Sociaux-démocrates sur la politique européenne allemande, la chancelière va devoir accepter quelques concessions pour « payer de retour » l'abandon par la SPD de sa revendication du poste de vice-président de la commission pour Martin Schulz. Ce n'est pas un détail, car, du coup, le commissaire européen allemand va rester le conservateur Günther Öttinger. Angela Merkel a présenté dimanche soir son maintien comme une victoire. Il lui est impossible de ne pas donner quelques gages à la SPD en retour.

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La pression Cameron

Deuxième pression pour Angela Merkel : David Cameron. Berlin va sans doute tenter d'imposer au premier ministre britannique Jean-Claude Juncker à la tête de la Commission européenne. Pour le leader tory qui s'était beaucoup engagé dans ce combat, ce serait une défaite nette et d'autant plus douloureuse qu'elle ne manquera pas d'être exploitée par les eurosceptiques du UKIP qui, rappelons-le, rognent dangereusement sur l'électorat conservateur. Angela Merkel devra donc trouver un moyen d'apaiser la colère de Londres et, là encore, de lui donner des gages.

D'autant que David Cameron dispose de leviers importants. Outre le soutien de la Suède et de la Hongrie, il peut en effet agiter la menace d'un référendum sur le maintien du Royaume-Uni dans l'UE. Or, la chancelière ne veut pas voir le Royaume-Uni quitter l'UE, car la force relative de la France et de l'Italie en seraient renforcée. Ce serait par ailleurs un précédent dangereux.

Angela Merkel va donc devoir compenser la nomination de Jean-Claude Juncker par un soutien aux revendications de « réformes » promues par David Cameron : plus de subsidiarité, une Commission moins forte et un budget toujours plus réduit. C'est avec ces réformes que le premier ministre britannique espère convaincre ses concitoyens de demeurer dans l'UE lors du référendum qu'il pourrait organiser en 2017. Un sondage paru dimanche dans The Observer montre que les Britanniques sont, dans la situation actuelle, majoritairement favorables à une sortie de l'UE (48 % contre 37 %), mais qu'en cas d'UE « réformée », ils souhaiteront rester (à 42 % contre 36 %). Si de telles réformes ne gênent pas fondamentalement la politique allemande, elles seront néanmoins un recul pour ceux qui prônent une plus forte solidarité et une plus forte intégration économique, notamment les Sociaux-démocrates.

La pression intérieure

Dernière donnée du problème, sans doute la plus importante pour Angela Merkel : la situation politique intérieure allemande. Depuis les européennes et le succès du parti eurosceptique AfD aux européennes (7 % et 7 élus), la partie la plus conservatrice du parti de la chancelière s'interroge sur la politique européenne de l'Allemagne. Certains réclament même une alliance avec AfD. Sans aller jusque là, il est évident que les cadres de la CDU ne peuvent accepter un assouplissement des règles européennes concernant les déficits. Ce serait pour eux abandonner la politique menée depuis 2010 par Berlin et qui vise à généraliser dans la zone euro la fameuse « culture de stabilité » allemande.

Ce serait donner à AfD un argument dont le parti eurosceptique pourrait d'autant plus profiter que son alliance au parlement européen avec les Tories britanniques le classe désormais parmi les partis conservateurs respectables. Il est désormais plus difficile pour la CDU de présenter AfD comme un parti d'extrême-droite, ce qui, outre-Rhin, équivaut à une mort politique. En revanche, une partie de l'électorat conservateur déçue par Angela Merkel pourrait être tentée par le vote AfD. On oublie trop souvent que la « grande coalition » n'est pas une formule très simple pour les Chrétiens-démocrates allemands. Beaucoup de leurs électeurs rejettent en effet les compromis conclus avec la SPD.

En 2009, après quatre ans de grande coalition, la CDU et la CSU avait perdu deux millions de voix et une partie de son électorat s'était reportée vers les Libéraux qui, heureusement pour Angela Merkel, étaient ses alliés. Cette fois, la situation politique allemande est différente. La SPD n'est guère vaillante, mais elle ne s'effondrera plus comme en 2009 (elle avait obtenu 23 % des voix). Surtout, les Libéraux ont disparu du paysage politique ou presque (ils ont obtenu 3,4 % aux européennes), car une grande partie de leur électorat a rejoint AfD. Les conservateurs allemands sont donc plus que jamais seuls. Si AfD rogne sur leurs partisans, ils devront abandonner tout espoir de majorité absolue. Et dans les Länder, ce serait accepter plusieurs défaites au profit de la gauche. Et l'on vote en août et septembre pour renouveler trois parlements de Länder de l'est (Thuringe, Saxe et Brandebourg).

Angela Merkel doit donc prendre en compte la grogne déjà forte de son électorat conservateur sur les concessions faites à la SPD : salaire minimum et retraite à 63 ans pour certains. Deux mesures qui semblent aller à l'encontre de la « culture de stabilité. » Si Berlin acceptait de changer les règles européennes, il y aurait une fronde des dirigeants de la CDU et une poussée d'AfD. Voilà pourquoi depuis une semaine, la chancelière envoie des messages de fermeté. Dimanche soir encore, elle a martelé devant des responsables régionaux de la CDU qu'il n'y aurait aucun assouplissement du pacte de stabilité.

Satisfaire chacun, sans perdre la main

La chancelière est donc soumise à la quadrature du cercle. Elle doit satisfaire les conservateurs allemands, le centre-gauche européen et la droite britannique. Le sommet de jeudi et vendredi prochains sera pour elle un numéro d'équilibriste. Mais elle a déjà fait ses preuves dans ce domaine. Et l'on peut déjà dessiner les contours du compromis qu'elle saura imposer.

Un pacte de stabilité inchangé, mais avec une application souple

Sur le pacte de stabilité, il n'y aura aucune modification formelle. En revanche, Matteo Renzi devrait revenir à Rome avec beaucoup d'assurances concernant la compréhension dont la commission et le conseil ne manqueront pas de faire part à l'encontre des pays réalisant les « réformes structurelles. » Angela Merkel peut rassurer la SPD avec ce discours. Mais la volonté du premier ministre italien d'ôter du calcul du déficit les investissements ne sera pas retenu. Du reste, Sigmar Gabriel n'en a pas parlé la semaine dernière. Il n'a évoqué que des délais. Angela Merkel maintiendra donc le statu quo puisque, quoiqu'il arrive, Bruxelles devra accorder de nouveaux délais à une France qui n'atteindra pas ses objectifs en 2015. Il n'y aura donc pas de changement de logique : priorité sera toujours donnée aux réformes et aux déficits. Certes, l'application de la règle sera souple, mais elle est l'est déjà pour des pays comme la France. Et il n'y aura pas d'assouplissement suffisant pour financer une vraie politique d'investissement public comme le souhaitait Matteo Renzi. Ce dernier devra sans doute se contenter d'une victoire à la Pyrrhus qui ne sera pas alors sans rappeler celle de François Hollande en juin 2012 avec son fantomatique « pacte de croissance. »

Calmer sociaux-démocrates et Tories

Parallèlement, Angela Merkel devrait imposer Jean-Claude Juncker à la tête de la Commission et Martin Schulz à la présidence du parlement. Assez paradoxalement, elle pourra présenter ces deux nominations comme une concession faite aux Sociaux-démocrates face aux Tories britanniques. Les chefs d'Etat socialistes européens ont, n'oublions pas, exiger la nomination du Luxembourgeois ce samedi à l'Elysée. Ils seront satisfaits et devront donc accepter le maintien du pacte de stabilité. Mais, pour apaiser la colère de David Cameron, ils devront aussi accepter un agenda de réformes anti-fédéralistes de l'UE.

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Au final, Angela Merkel devrait sortir encore vainqueur de ce sommet européen. D'autant que Jean-Claude Juncker sera son homme à la présidence de la Commission. C'est à elle qu'il devra sa nomination. Bien plus qu'à une quelconque « volonté générale européenne » qui n'a jamais existé. Le Luxembourgeois, nommé candidat à la demande de la chancelière n'a finalement été accepter que par la grâce de la chancelière. Il devra évidemment s'en souvenir le moment venu. La chancelière, plus que jamais, sait sortir gagnante des situations impossibles.

Romaric Godin

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