"La crise d'Espirito Santo peut se répercuter sur tout le système bancaire portugais"

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Raoul Ruparel, membre du think-tank britannique Open-Europe qui appelle à une réforme de l'Union Européenne, analyse la crise que traverse BES à travers l'organisation nébuleuse de son actionnariat. (DR)
Raoul Ruparel, membre du think-tank britannique Open-Europe qui appelle à une réforme de l'Union Européenne, analyse la crise que traverse BES à travers l'organisation nébuleuse de son actionnariat. (DR) (Crédits : Reuters)
Le titre de Banco Espirito Santo (BES) continue de chahuter la bourse de Lisbonne. Jeudi l'action perdait 6,6% après avoir chuté de plus de 10% tôt dans la matinée. Pour ne rien arranger, c'est aussi aujourd'hui que Rioforte, l'une des holdings du groupe, voit arriver à échéance une dette de 50 millions d'euros à Portugal Telecom. Dans ce contexte, l'analyste économique Raoul Ruparel fustige la structure complexe et bancale de BES, qui l'a conduite au chaos.

"La structure de Banco Espirito Santo (BES) est une catastrophe". Raoul Ruparel, membre du think-tank britannique Open-Europe qui appelle à une réforme de l'Union Européenne, analyse la crise que traverse BES à travers l'organisation nébuleuse de son actionnariat. Dans le graphique ci-dessous, publié sur sa page Forbes, il donne à voir une illustration de la complexité de l'ossature de la première banque portugaise :

 BES

 

La Tribune : L'une des holdings de BES, Rioforte, a échoué mardi à rembourser une dette de 847 millions d'euros à Portugal Telecom, mettant à mal le projet de fusion de ce dernier avec le brésilien Oi. Sans compter que la bourse de Lisbonne est affectée par la crise de cet établissement... Quels risques fait-elle planer sur le Portugal et l'Europe?

Raoul Ruparel : Bien que la plupart de ces problèmes soient spécifiques à BES, comme sa structure d'actionnariat très complexe avec des liens opaques entre les différentes strates, il existe également des inquiétudes plus larges concernant l'Europe et le Portugal. 

Au sujet du Portugal, cela montre à quel point une crise isolée peut rapidement se propager à d'autres branches de l'économie et comment la situation reste précaire. Les principaux écueils du manque de croissance et l'inconstance du secteur entrepreneurial n'ont pas été résolus. Pour l'Europe, c'est un rappel très clair de l'inefficacité de ses lois bancaires et de son rapport avec les banques. Résoudre ce genre de problème tant que des règles plus nettes ne seront pas fixées et appliquées restera difficile et incertain. 

Quelles seraient les conséquences d'un nouveau défaut de paiement de Rioforte et le système bancaire portugais va-t-il être fragilisé?

Raoul Ruparel : Le secteur bancaire est globalement bien capitalisé. Cela révèle en fait que trop peu d'attention a été accordée aux banques "périphériques" ces dernières années et que nombre d'entre elles ont des constructions obsolètes et entremêlées qui peuvent occasionner des problèmes. 

Le risque de défaut de paiement est par ailleurs important, surtout combiné aux coûts potentiels des poursuites judiciaires encourues suite à la vente des produits financiers d'Espirito Santo. Cela peut coûter très cher à la banque et même anéantir son matelas de fonds propre. Un tel événement pourrait avoir des répercussions importantes sur tout le secteur bancaire portugais.  

La place boursière française a elle aussi ressenti les ondes de la crise de BES cette semaine. Pensez vous qu'une contagion sur les marchés financiers soit plausible?

Raoul Ruparel : Une contagion est tout à fait possible puisque les marchés ont à nouveau convergé et se sont rapprochés. Cependant, le niveau d'intégration et d'interdépendance n'a rien à voir avec 2007, ce qui signifie que les retombées seront tout de même limitées. Le marché s'est également montré trop optimiste depuis ces dernières années et la crise de BES devrait réfréner un peu les ardeurs, comme le fait déjà la Banque centrale européenne. Mais ses mesures de contrôle risquent de n'être que temporaires.

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Commentaires
a écrit le 17/07/2014 à 17:42 :
Il s'agit d'un montage capitalistique classique et pour tout dire assez simple. Toute société doit évoluer dans sa structure et il y a des accords anciens qui obligent à ce type de schéma qu'il faut purger avec le temps, ce que toutes les entreprises font. Le problème est surtout posé par les salaires des dirigeants et l'utilisation opaque qui est faite de l'argent des entreprises. beaucoup ont perdu leur chemise dans des opérations spéculatives. Il faut être conscient que la structure bancaire a un coût considérable qui est payé presque uniquement par la spéculation. Si certains arrivent à gagner, d'autres perdent et le plus souvent tentent en vain de se refaire avec plus de risque et ensuite de camoufler la casse. Crédit Agricole, actionnaire à 14% va régler la problématique de cette opération pour peu qu'on le lui demande rapidement.
a écrit le 17/07/2014 à 14:16 :
Je dirais plutôt sur tout le système bancaire mondial.

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