Artur Mas persiste : la feuille de route de Barcelone vers l'indépendance

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Le président de la Generalitat de Catalogne, Artur Mas.
Le président de la Generalitat de Catalogne, Artur Mas. (Crédits : reuters.com)
Le président du gouvernement catalan a dessiné ses projets pour mener la région à l'indépendance. Des élections "plébiscitaires" pourraient être organisées.

Il n'en démord pas. Artur Mas, le président de la Generalitat, la région autonome de Catalogne, a annoncé mardi 25 novembre au soir sa « feuille de route personnelle » pour conduire sa région à l'indépendance. Pour lui, cette route passe désormais par des « élections plébiscitaires. » De quoi s'agit-il ? Artur Mas propose de dissoudre l'actuel parlement catalan et de convoquer de nouvelles élections régionales. Mais ces élections ne devront en réalité n'avoir qu'un seul enjeu : celui de l'indépendance de la région.

 Le plan d'Artur Mas

 Pour s'assurer que ce processus ne soit pas « pollué » par d'autres considérations, notamment partisanes, Artur Mas propose de créer une liste de rassemblement « indépendantiste », regroupant pour moitié des représentants des partis souverainistes et pour moitié des représentants de la société civile, notamment des associations qui avaient milité pour l'organisation du référendum du 9 novembre. Cette liste devra avoir la capacité d'emporter la majorité absolue. Il s'agit donc de concentrer l'élection autour d'un seul but : celui de l'indépendance. Et pour cela, il faut « dépolitiser » la liste indépendantiste le plus possible. Dès lors, en cas de majorité absolue de cette liste, le gouvernement qui en sera issu n'aura que pour seul mandat d'organiser le divorce avec Madrid. Artur Mas estime que ce divorce devra être mené en 18 mois, ce qui fait explicitement référence à la période de négociation que le gouvernement écossais avait définie en cas de succès du « oui » au référendum du 18 septembre dernier. A l'issue de cette année et demie, les citoyens du nouvel Etat éliront une assemblée constituante, en revenant cette fois aux cadres politiques classiques.

Un plan différent de celui des autres indépendantistes

Cette feuille de route n'est pas sans poser de problèmes. Le premier et le principal sera d'amener les autres partis indépendantistes à constituer cette liste de rassemblement. Les partis indépendantistes sont loin d'être unis et d'accord entre eux sur la stratégie à adopter. Pour constituer sa liste unique, Artur Mas pourra s'allier avec les républicains sociaux-démocrates d'Esquerra Republicana (ERC), mais aussi avec l'extrême-gauche de la Candidature d'Unité Populaire (CUP) et avec certains dissidents du parti socialiste. Or, ERC a une autre stratégie : une élection plébiscitaire, mais avec une alliance politique formelle des partis indépendantistes. Selon ERC, ceci permettrait de faire de cette assemblée élue également une assemblée constituante. Les Républicains poussent là leur avantage : ils sont devant la coalition de centre-droit d'Artur Mas Convergencia i Unió dans les sondages et espèrent ainsi avoir un ascendant sur le futur Etat catalan. S'ils en passent par une liste de rassemblement dont il faudra déterminer la répartition, leur influence risque d'être fort diluée. Il n'est donc pas certain qu'ERC accepte la proposition d'Artur Mas. Or, ce dernier a prévenu : sans liste unique indépendantiste, pas d'élections plébiscitaires. Sauf que l'actuel gouvernement dépend du soutien d'ERC...

 Une coalition fragile

 Artur Mas devra faire face à un autre problème : sa propre coalition est très divisée. CiU est en effet constituée de deux partis, la Convergence démocratique (CDC) d'Artur Mas, désormais franchement indépendantiste, et l'Union démocratique (UDC), de tradition chrétienne-démocrate et plus autonomiste. Mardi, Artur Mas a présenté sa feuille de route sans son compère de l'UDC. Il n'est pas certain que ce parti accepte de figurer sur la liste unique d'Artur Mas. Or, en cas de scission de CiU, l'actuel président de la Generalitat serait encore plus affaibli, ainsi que la liste indépendantiste qui perdrait des points précieux.

 Une victoire possible ?

Une telle liste aurait-elle une chance de l'emporter ? En 2012, lors des dernières élections régionales, 3.657.450 électeurs s'étaient exprimés. Or, le 9 novembre, dans une consultation « symbolique » et interdite par Madrid, 1.861.753 électeurs ont voté explicitement en faveur de l'indépendance. On peut donc imaginer que si les plans d'Artur Mas se réalisent, ces derniers électeurs confirment leur vote. Si la participation se maintient par rapport à 2012, a liste pour l'indépendance obtiendrait 50,9 % des voix. Evidemment, la réalité est plus complexe et la participation à de telles élections pourraient être plus importante. C'est néanmoins un réservoir de voix importante pour cette liste potentielle.

Les derniers sondages, réalisés part l'institut Gesop, indiquait une courte majorité absolue des trois grands partis indépendantistes, mais avec seulement 40 % d'intentions de vote fermes et 17 % d'indécis. Bref, le jeu est ouvert. D'autant, on s'en souvient, que CiU pourrait se scinder et qu'il n'est pas sûr qu'une liste apolitique fasse mieux que l'ensemble des partis... Une chose est sûre : toutes les voix compteront, notamment celles de la gauche ex-communiste (ICV, IU au niveau national) qui pèse environ 5 % de l'électorat et qui est très divisée sur la question de l'indépendance.

 Quelle réaction de Madrid ?

Reste enfin à évaluer la réponse de Madrid. Le gouvernement Rajoy a prouvé son intention de « criminaliser » le processus indépendantiste. Après avoir interdit le référendum du 9 novembre, la justice espagnole a engagé des poursuites contre Artur Mas suite à l'organisation de cette consultation. Mais des élections législatives sont également prévues au niveau espagnol en 2015 et il pourrait en sortir une situation confuse avec la poussée du parti issu des « indignés », Podemos, désormais donné en tête des sondages. Si le Parti populaire n'est plus au pouvoir à Madrid, les positions pourraient être moins dures. Mais y aura-t-il une acceptation de l'indépendance pour autant ? Rien n'est moins sûr. La réaction de l'UE sera également importante et Artur Mas a annoncé que le gouvernement issu de la sa liste indépendantiste devra aussi présenter le choix du peuple catalan. Une Union européenne dont la position face à l'indépendance catalane reste entièrement à définir...

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Commentaires
a écrit le 29/01/2015 à 21:11 :
Voici ce que déclarai dans un article à "el paîs" l'écrivain Barcelonais Jordi Soler
Les arguments indépendantistes ne résistent pas à la raison, ils sont basés sur l'illusion et le sentimentalisme, la croyance et la foi. Ce sont ces deux éléments que l'on invoque pour partir en guerre sainte, mais non pas pour fonder un pays. Chaque élément qui nous est présenté comme un argument pour l'indépendance, en commencent  par la pierre angulaire du projet, cette épuisante antienne "l'Espagne nous vole" se révèle à la fin, étrangère à la réalité, et malgré tout on reviens la dessus, on insiste, considérant ce slogan comme une raison solide pour le projet indépendantiste. (…) De mon point de vue ce projet indépendantiste, brumeux, accommodant pour tous, plein de bricolages et de compromis  rêvés. n'est pas digne ni respectueux des catalans ni des espagnols. Les citoyens de ce pays méritons un futur plus descend.

La fiction est la matière avec laquelle nous autres romanciers travaillons, notre métier est d'inventer des histoires; je voudrait mettre à profit les dernières lignes de cette réflexion, pour demander aux politiciens indépendantistes, qu'ils arrêtent d'envahir notre espace de travail, et qu'ils retournent au plus vite et pour le bien de tous à la réalité.
a écrit le 27/11/2014 à 1:46 :
Les néo-franquistes vont recevoir la monnaie de leur pièce , VIVE LA CATALOGNE LIBRE !!!!
a écrit le 26/11/2014 à 23:30 :
EBT, avant d'écrire n'importe quoi, il serait prudent d'étudier le sujet.
Je vis en Catalogne depuis des années et le seul vrai nationalisme fascisant que je connais dans la Péninsule est celui de l'Espagne, qu'elle soit de droite ou de gauche d'ailleurs.
J'ai vécu dans un certain nombre de pays et, pour ma part, je trouve que la démocratie est bien plus respectée dans les petits que dans les grands.
Ne pas connaître quelque chose d'aussi compliqué que l'histoire des rapports entre les territoires sur la Péninsule ibérique rentre dans la normalité, on ne l'apprend pas à l'école; mais c'est grave de vouloir en parler lorsque l'on est dans l'ignorance.
Réponse de le 27/11/2014 à 17:52 :
Vous n'êtes pas crédible car pas objectif
Réponse de le 27/11/2014 à 20:27 :
@ Chich : Vous avez l'air de penser que ETB, lui (ou elle) est objectif... Curieux pour quelqu'un d'"obectif" comme vous, non ?
Réponse de le 26/01/2015 à 12:34 :
Mitaque.
On peut vous retourner le compliment, rapport à l'ignorance, j'ai vécu et travaillé en Catalogne, et je parle catalan, et je suis d'accord avec EBT
a écrit le 26/11/2014 à 22:50 :
Article très instructif. Les commentaires, d'ailleurs, sont la preuve de l'urgence d'une information complète et non orientée sur le sujet, que l'on trouve souvent dans la presse anglo-saxonne mais rarement dans celle francophone, dont le biais jacobin est tout à fait légitime mais nuit parfois à la compréhension de certains mouvements politiques et sociaux au-delà de nos frontières -sauf quand il s'agit de nos "frères" québécois..., là on est tous d'accord ;)
a écrit le 26/11/2014 à 18:47 :
il rêve tout éveillé, le pauvre et en attendant, il amuse la galerie
Réponse de le 18/01/2015 à 20:08 :
@ paquita je ne trouve pas qu il ait spécialement amusé Mr Rajoy jusqu'ici...
a écrit le 26/11/2014 à 17:18 :
Le nationalisme s'exprime fortement dans tous les états européens soumis à la crise. Les régions se considérant plus riches veulent être indépendantes pour ne plus être solidaires avec celles qu'elles considèrent comme des boulets. Est-ce qu'on assiste à la naissances d'une version moderne du fascisme ? En parallèle on assiste à un mouvement populiste, avec les mêmes arguments, mais là, plutôt dirigé contre l'étranger et le pouvoir en place. Les deux partagent un même but : diminuer puis supprimer la démocratie, et remettre le pouvoir au guide suprême. C'est déjà en oeuvre en Amérique du sud, Veut on retourner vers l'obscurantisme ?
a écrit le 26/11/2014 à 17:16 :
Espérons que l'UE fera cesser ce mouvement de délitement des États qui pourrait amener le "9.3" à être la premier état indépendant de France, avec une religion d’état et la culture du cannabis pour en booster l'économie ... !

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