La polémique politique bat son plein autour de l'affaire Bettencourt-Woerth

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L'Elysée et le gouvernement ont accusé ce dimanche l'opposition de gauche d'ouvrir la porte au populisme et à l'extrémisme en exploitant de manière politicienne les "affaires" qui ont éclaté ces derniers temps, notamment celle qui, à partir du différend familial chez les Bettencourt, a atteint le ministre Eric Woerth.

Alors que des informations nourrissent jour après jour l'affaire Bettencourt-Woerth, le PS et les autres partis de gauche ont sorti l'artillerie lourde pour critiquer l'actuel ministre du Travail soupçonné d'avoir fermé les yeux sur une présumée fraude fiscale de l'héritière de L'Oréal. "Notre démocratie est abîmée", a ainsi déclaré ce samedi le premier secrétaire du Parti socialiste, Martine Aubry, lors d'une convention sur la rénovation de son parti. Elle a déploré "un rapprochement permanent entre le monde politique et le monde de l'argent", pointant du doigt les ministres "qui ont oublié les exigences et le devoir d'exemplarité qui vont avec leur charge".

L'ancienne candidate du PS à l'élection présidentielle de 2007, Ségolène Royal, avait quant à elle évoqué mardi dernier un "système Sarkozy corrompu", provoquant la fureur de l'UMP. L'opposition fait son miel non seulement de l'affaire Woerth , mais aussi des révélations sur l'utilisation qui est faite par certains ministres de leurs logement de fonction, de la location de jets privés par d'autres ou encore de l'achat de cigares aux frais du contribuable par lesecrétaire d'Etat, Christian Blanc.

La ministre de la Justice, Michèle Alliot-Marie, a mis en garde la gauche contre une stratégie à ses yeux dangereuse, l'exploitation politicienne des "affaires". "Cela n'a servi qu'à une chose, c'est à faire monter les extrêmes", a-t-elle déclaré ce dimanche sur Europe 1. Elle a notamment jugé qu'Eric Woerth n'avait rien à se reprocher puisque le ministre du Budget qu'il était jusqu'en mars 2009 n'avait pas à se mêler des contrôles fiscaux déclenchés par son administration ou du remboursement de 30 millions d'euros accordé à Liliane Bettencourt au titre du bouclier fiscal qui limite les impôts à 50% des revenus. "On fait des amalgames, on viole la présomption d'innocence", a-t-elle ajouté.

Le conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, Henri Guaino, estime lui aussi qu'il n'y a pas d'affaire Woerth. "Y aurait-il quelque chose de pourri dans notre république ? Oui : l'ambiance délétère, le climat de suspicion qu'installent, au coeur de notre république, la calomnie, le mensonge, l'amalgame", a-t-il déclaré.
"Ceux qui les pratiquent prennent une très lourde responsabilité morale parce qu'ils prennent le risque de détruire des vies et une très lourde responsabilité politique parce qu'ils ouvrent la porte à la démagogie, au populisme, au poujadisme", ajoute-t-il dans un entretien publié par Le Parisien ce dimanche. "Rappelons-nous où mène historiquement l'abject slogan "Tous pourris" lancé dans les sociétés en crise." Henri Guaino souligne toutefois que les écarts de comportement doivent être punis.

Nicolas Sarkozy a promis que les ministres coupables d'écarts de comportement seraient sanctionnés lors du remaniement gouvernemental prévu à l'automne et annoncé toute une série de mesures de réduction du train de vie de l'Etat.

Ce weel-end, le Journal du Dimanche (JDD) a révélé que le parquet de Nanterre devrait très prochainement lancer des investigations sur la situation fiscale de Liliane Bettencourt et de ses proches. Le parquet de Nanterre, dirigé par Philippe Courroye, a soumis "une analyse juridique" au procureur général de Versailles, Philippe Ingall-Montagnier, et, "par ricochet, à la Chancellerie", a précisé le JDD. "Nous attendons une confirmation technique de la police, sur la validité des enregistrements (réalisés chez Liliane Bettencourt, NDLR) et envisageons effectivement une enquête pour blanchiment et une saisine du fisc", a précisé au JDD Philippe Ingall-Montagnier.

Liliane Bettencourt, 87 ans, et son gestionnaire de fortune, Patrice de Maistre, pourraient alors être entendus dans le cadre de cette enquête préliminaire et s'expliquer sur les soupçons de fraude fiscale, notamment en Suisse, qu'ont fait naître les enregistrements.

Par ailleurs, La Tribune de Genève a révélé que l'épouse du ministre du Travail Eric Woerth avait ses habitudes à Genève, où elle gérait les comptes bancaires de l'héritière de L'Oréal. Florence Woerth, qui travaillait chez Clymène, gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt, a récemment démissionné après la publication des enregistrements clandestins laissant penser que Liliane Bettencourt pratiquait l'évasion fiscale. Cité dans le quotidien suisse, un financier anonyme reproche au ministre français d'avoir fustigé les banquiers suisses alors que, selon lui, son épouse, Florence, se rendait à Genève pour le compte de Liliane Bettencourt. "Eric Woerth, durant ces deux dernières années, ne pouvait pas ignorer que sa femme se trouvait très régulièrement à Genève. Et que ce n'était certainement pas pour voir son jet d'eau". 

Florence Woerth a dénoncé ce samedi les "calomnies" dont son mari est, selon elle, la victime dans cette affaire. "C'est de l'injustice, des mensonges, des calomnies. Cela ne l'atteindra pas", a-t-elle insisté sur BFM TV. "Il est plus qu'intègre, on ne pourra rien lui reprocher. C'est plus que de la calomnie", a-t-elle ajouté en mettant en garde contre "la folie collective". Florence Woerth, qui travaillait depuis 2007 pour la société gérant la fortune personnelle de Liliane Bettencourt alors que son mari était ministre du Budget, a récemment admis avoir "sous-estimé ce conflit d'intérêts".

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