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Africa Tech - La Tribune Afrique

GITEX Africa ou le soft power 2.0 des Émiratis en Afrique

Marie-France Réveillard, envoyée spéciale à Marrakech

Publié le 08 juin 2023 à 08:05 - Mis à jour le 08 juin 2023 à 08:13

gitex africa

Photo d'illustration

DR.

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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Du 31 mai au 2 juin, Marrakech accueillait la première édition du GITEX Africa Morocco organisée par le Dubaï World Trade Center (DWTC), sous l'égide du ministère de la Transition numérique et de la réforme de l'administration (MTNRA) du Maroc, en partenariat avec l'Agence de développement du digital (ADD). Quel bilan pour cette opération séduction des Émiratis en terre chérifienne ?

« GITEX Africa Morocco sera l'occasion de montrer toutes les possibilités du continent africain dans le domaine de la technologie et de l'innovation », annonçait le chef de gouvernement du Maroc, Aziz Akhannouch, le 31 mai dernier, en ouverture du salon, non sans rappeler que le continent ne devait pas se cantonner à la seule consommation de technologies, mais qu'il devait aussi s'imposer comme l'un de ses producteurs majeurs. Pour Ghita Mezzour, ministre marocaine de la Transition numérique et de la réforme de l'administration, l'événement est surtout l'occasion « d'échanger des best practices, au bénéfice de tous ».

Sidi Mohammed Drissi Melyani, directeur général de l'Agence de développement du digital (ADD), à la manœuvre dans l'organisation de cet événement, a souligné pour sa part, que « ce n'est pas un hasard si cet événement se tient au Maroc car cela relève de la volonté du roi Mohammed VI de faire du royaume un hub numérique en Afrique ».

Alors que le royaume chérifien aurait passé un accord de dix ans avec les Émirats pour décliner le grand rendez-vous de la tech émiratie en Afrique, de nouvelles franchises devraient, à terme, voir le jour. Dans la course à la représentativité mondiale 2.0, le Nigeria, fortement représenté à Marrakech (le pays concentrait un quart des fonds de capital-risque investis dans les startups africaines en 2022 selon Partech Africa), pourrait s'imposer comme l'une des futures destinations du GITEX Africa. Pour l'heure, Trixie LohMirmand, présidente exécutive du Dubaï World Trade Centre (DWTC) et CEO de Kaoun International, a déclaré que « la relation entre les Émirats arabes unis et le Royaume étaient vitales pour transformer l'économie du continent, dans son ensemble ».

Le Maroc, porte d'entrée vers l'Afrique subsaharienne

Pendant trois jours, près de 900 entreprises de 80 pays étaient représentées à quelques encablures de la pittoresque Place Jemaa el-Fna. Une trentaine de délégations ministérielles et 250 speakers se sont retrouvés sous les grands chapiteaux blancs qui ont abrité plus de 140 conférences.

Pourquoi avoir fait le choix d'organiser à Marrakech l'édition africaine du grand rendez-vous de la tech émiratie, né à Dubaï il y a 43 ans ? « Le Maroc est une place stratégique qui possède des infrastructures de qualité et qui est géographiquement accessible pour les pays du Moyen-Orient. Ce pays méditerranéen représente non seulement une porte d'entrée vers l'Europe, mais aussi vers l'Afrique subsaharienne », analyse Ray Johnson, directeur général du Technology Innovation Institute (TII) d'Abu Dhabi.

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Avec le Maroc, Dubaï a bel et bien trouvé un partenaire de choix pour pénétrer de nouveaux marchés en Afrique subsaharienne. En effet, depuis plus d'une décennie, le Maroc déploie avec succès une stratégie de développement tous azimuts sur le continent, à grand renfort d'investissements appuyés par le groupe Attijariwafa Bank, qui emploie près de 20.590 collaborateurs et compte 10,8 millions de clients répartis dans 26 pays, dont 14 en Afrique.

Grâce à leur frappe financière et à la promesse de transferts technologiques, les Émirats semblent plus que bienvenus en terres africaines, où ils pourront trouver de nouveaux débouchés sur les segments de l'agriculture, de l'énergie et de la cybersécurité, en particulier. « Le renforcement des capacités qui représente une expertise proposée par les Émirats arabes unis est une priorité en Afrique », ajoute Lacina Koné, directeur général de l'Alliance Smart Africa, une organisation qui réunit à ce jour 38 pays africains.

« Les startups africaines ont l'habitude de se rendre au Mobile World Congress de Barcelone ou au GITEX de Dubaï. Aujourd'hui, GITEX arrive au Maroc et c'est une très belle occasion pour l'Afrique de présenter ses innovations. Le ministre de l'IA des Émirats a d'ailleurs été surpris de s'apercevoir que 60 % des startups enregistrées à Marrakech ne s'étaient jamais rendues à Dubaï », poursuit-il. « La valeur doit rester en Afrique », prévient-il néanmoins, eu égard au nombre de startups africaines (et européennes) dont les sièges se trouvent pour des raisons évidentes de facilités réglementaires et d'avantages fiscaux, au Delaware ou à... Dubaï.

« Ne nous y trompons pas, les Émirats ne sont pas ici pour la beauté de l'Afrique, mais pour investir. Il nous revient de définir des partenariats gagnant-gagnant dans le cadre du GITEX. Nos fonds de capital-risque africains réalisent qu'il faut retenir nos Afro-champions. Il est temps que nous investissions dans nos startups ! », conclut-il.

Les ambitions numériques des Émirats au Sénégal

Le Sénégal était particulièrement représenté lors du GITEX Africa Morocco. Avec le Maroc et l'Égypte, ce pays est l'un des partenaires privilégiés des EAU en Afrique. Disposant d'une convention de non-imposition et de lutte contre la fraude fiscale depuis 2015, les EAU et le Sénégal, ont également noué des partenariats stratégiques en matière de logistique (investissements émiratis dans le projet de port en eau profonde de Ndayane piloté par l'opérateur Dubaï Port World), d'entrepreneuriat et d'économie numérique.

En juillet 2019, le président du conseil d'administration du Fonds Khalifa et le ministre sénégalais de l'Économie signaient un accord de financement de 20 millions de dollars pour la création du Centre Mohammed Bin Zayed dédié à l'innovation et à l'entrepreneuriat, à Dakar. « Il s'agit d'un grand centre d'incubation sur 35 000m2, centré sur l'entrepreneuriat et la technologie et qui proposera l'équivalent de 120 000 heures de formation par an », explique Aby Seye, ministre sénégalaise déléguée générale à l'Entrepreneuriat rapide des femmes et des jeunes (DER/FJ). Le bâtiment devrait ouvrir ses portes en 2024, selon la ministre, qui était récemment aux EAU pour travailler sur le benchmark de cette opération.

Les partenariats numériques entre les deux pays devraient encore s'accélérer, suite à la signature le 15 février dernier à Dubaï de l'avenant au mémorandum d'entente entre les deux pays (datant du 6 février 2020), portant sur la modernisation de l'administration sénégalaise, qui permettra de renforcer la coopération bilatérale dans sept secteurs-clé (incluant un « programme public en innovation » et « la programmation informatique »). Ce n'est donc pas seulement la « Teranga » sénégalaise qui attire les Émiratis, ni les prospectives gazières ou pétrolières du pays, mais c'est aussi son horizon 2.0 en pleine expansion.

Pour Lacina Koné, « le développement de la finance islamique sur la dernière décennie » aurait également participé à faciliter les échanges entre les pays du Golfe persique et le continent africain. Dakar accueillera d'ailleurs le 8e Forum international sur la finance islamique les 12 et 13 juin prochains.

Les EAU veulent former 500 000 Africains aux métiers du numérique d'ici trois ans

Pendant trois jours, Omar Sultan Al Obama, ministre d'Etat de l'IA, de l'économie numérique et des applications de télétravail des Émirats, a circulé dans les allées du GITEX Africa plantées de stands émiratis dédiés à la cybersécurité, à l'IA ou à l'e-Gov, répondant patiemment aux multiples sollicitations qui s'enchaînaient sur son passage.
« Les Émirats ont investi des milliards de dollars en Afrique, que ce soit dans les énergies renouvelables ou dans les nouvelles technologies. Nous avons beaucoup investi dans l'IA au Maroc ou en Égypte notamment, car nous croyons fermement que le continent africain sera un acteur majeur de l'innovation dans le futur. Nous devons travailler main dans la main avec l'Afrique, en lui apportant notre expertise, pour accélérer son leapfrog technologique », a-t-il déclaré. Pour atteindre cet objectif, les EAU misent également sur la formation.

« Je suis en charge de mener à bien un projet d'école numérique qui a été défini pendant le Covid-19. Notre objectif est de former un million d'étudiants étrangers aux métiers du numérique à travers le monde. Au moins 25 000 étudiants africains sont déjà inscrits dans ce programme. Nous pensons toucher 100 000 étudiants africains l'année prochaine et 500 000 d'ici trois ans », a précisé Omar Sultan Al Obama.

Par ailleurs, les EAU se proposent d'accompagner les pays africains dans le renforcement de leurs mécanismes de cyberdéfense. L'Afrique est le continent le plus touché par le cybercrime, avec 1.848 cyberattaques par semaine, contre une moyenne mondiale de 1.664, selon Check Point Research. « Les gouvernements africains ont ouvert les yeux sur l'ampleur du cybercrime et nous sommes disposés à les accompagner pour qu'ils bénéficient de notre expertise en cybersécurité », a souligné le ministre émirati.

Vers un renforcement des investissements dans la tech africaine

Si l'intégralité des deals conclus à Marrakech n'a pas encore été rendue publique, la première édition du GITEX Africa Morocco semble avoir été fructueuse. Le 31 mai, en marge de l'événement, quatre conventions de partenariats entre le Royaume du Maroc et les EAU, portant sur le renforcement de la coopération numérique, ont été signées (accompagnement en matière de transition numérique ; collaboration dans le domaine de la recherche scientifique et de l'innovation et soutien aux startups marocaines ; handicap 2.0 ; protection des données à caractère personnel ; transformation et modernisation de l'agence Bayt Mal Al Qods Acharif). Le Maroc a également signé un mémorandum d'entente de 65 milliards de dirhams avec le groupe sino-européen Gotion-Hitech concernant un projet de GigaFactory.

Pour le directeur du Technology Institute of Innovation (TII) d'Abu Dhabi qui cherche de nouveaux relais de croissance sur le continent, le GITEX Africa représente une opportunité unique. « Nous avons développé 67 proof of concept qui peuvent intéresser les pays africains à relever leurs défis (...) Nous sommes présents à Marrakech, pour identifier de potentiels partenaires, mais aussi pour détecter des talents », a déclaré le CEO du TII.

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Les Émirats arabes unis, dans leur rapidité d'exécution pour débloquer des fonds, peuvent devenir des partenaires de premier plan pour l'Afrique. Entre renforcement des capacités et développement des infrastructures numériques, les besoins en financement de l'écosystème tech africain ne manquent pas... Encore faut-il que les EAU y trouvent des projets bancables. Le Maroc, doté d'un environnement des affaires particulièrement attractif, pourrait bien tirer son épingle du jeu numérique et s'imposer durablement sur la carte mondiale 2.0, grâce à l'organisation des prochaines éditions africaines du GITEX Africa.

Marie-France Réveillard, envoyée spéciale à Marrakech

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