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« M-Pesa fait transiter près d'un tiers du PIB de la République démocratique du Congo » (Khalil Al Americani, Vodacom Congo)

Marie-France Réveillard

Publié le 18 juillet 2023 à 12:08 - Mis à jour le 01 octobre 2025 à 03:36

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Vodacom

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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Vodacom poursuit son accélération en République démocratique du Congo (RDC) où le taux de pénétration Internet est passé à 17,6 % en 2022. Entre innovation, inclusivité financière et empreinte carbone, Khalil Al Americani, directeur général de Vodacom Congo et président du conseil d'administration de Voda-Cash (M-Pesa local) décrypte la stratégie nationale du géant sud-africain dans le plus grand pays francophone au monde.

Quelles ont été les principales étapes de votre parcours jusqu'à votre nomination à la tête de la direction générale de Vodacom Congo (RDC) ?

Khalil Al Americani : Je suis ingénieur en génie civil de formation (Université Paul Sabatier de Toulouse, NDLR) et titulaire d'un diplôme d'études approfondies en génie civil à l'Université de La Rochelle. J'ai commencé ma carrière comme responsable puis directeur de projets pour construire des réseaux. J'ai migré vers la planification de réseaux, puis vers la transformation d'entreprises, avant de m'orienter vers des fonctions commerciales.

J'ai occupé plusieurs postes au sein de Celtel puis Zain. J'ai travaillé entre autres, en Guyane française dans le génie civil puis dans les télécoms en Guinée, au Niger, au Burkina Faso, au Gabon, en République démocratique du Congo (RDC), au Nigéria, à Bahreïn, en Arabie Saoudite puis de nouveau en RDC, mais cette fois-ci pour Vodacom. J'étais directeur commercial chez Vodacom Congo de 2015 jusqu'en août 2021, date à laquelle j'ai été nommé directeur général de Vodacom Congo et Président du conseil d'administration de Voda-Cash, le système M-Pesa local.

En chiffres-clés, que représente Vodacom Congo aujourd'hui ?

Vodacom est installé en République démocratique du Congo depuis bientôt 21 ans. C'est le leader national sur le marché des télécommunications. Nous avons une base qui comprend 21 millions d'abonnés, dont 6 millions en m-payment via la plateforme M-Pesa que nous opérons depuis une dizaine d'années. Nous employons directement 1.100 collaborateurs dans les 26 provinces du pays et nous générons 500.000 emplois indirects. Nous avons aujourd'hui 35 % de parts de marché sur la partie GSM. Nous cherchons à renforcer nos piliers stratégiques, en particulier en matière d'inclusion numérique.

Comment renforcer la connectivité d'un « État-continent » comme la RDC qui s'étend sur 2.345.410 km², dont une large partie en forêt primaire ?

Notre couverture répond aux besoins d'environ 60 % de la population en 2G, 39 % en 3G et environ 34 % en 4G. Notre objectif est d'améliorer notre maillage, mais effectivement, la RDC est un pays immense qui représente près de 7 fois la superficie de l'Allemagne. Nous travaillons sur différents projets d'extension de réseaux en utilisant des technologies photovoltaïques notamment, tandis que d'autres zones sont alimentées par satellites. Nous investissons dans plusieurs centaines de sites chaque année pour réduire la fracture numérique. À terme, nous voulons couvrir les besoins de l'ensemble de la population, mais cela prendra du temps.

Comment conciliez-vous votre stratégie de développement de réseaux avec la protection de l'environnement national, la forêt du bassin du Congo étant le deuxième poumon vert de la planète ?

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Nous accélérons notre roadmap en matière d'énergies vertes. Pour transformer la vie des communautés rurales, Vodacom RDC a lancé en 2013, de nouveaux sites, appelés « Rural Coverage Site », qui permettent aux habitants d'accéder à Internet, avec une faible empreinte carbone. Il existe aujourd'hui plus de 800 RCS alimentés par des panneaux photovoltaïques et des batteries. Entièrement autonomes, ces sites permettent de pallier le manque d'infrastructures.

Nous avons également mis en place des batteries de hautes capacités qui nous permettent de recourir de moins en moins aux groupes électrogènes. Nous avons digitalisé un certain nombre de nos procédures, ce qui nous a permis d'optimiser notre logistique tout en réduisant notre impact environnemental. Nous développons par ailleurs, des projets qui nous permettront demain, de migrer vers des solutions électriques. Nous voulons atteindre le niveau « 0 carbone » d'ici 2030 et nous travaillons sur notre certification ISO 50.001, pour atteindre cet objectif.

En 2018, Vodacom lançait la 4G dans ce pays où un quart des habitants seulement, a un accès à Internet. À qui s'adresse cette offre ?

La 4G est encore en cours d'expansion et d'implémentation. Elle s'adresse particulièrement aux utilisateurs de smartphones dont le taux de pénétration se situe à 34 %. Actuellement, nous comptons environ 6 millions d'utilisateurs de la 4G en RDC. Nous travaillons sur l'amélioration du taux de pénétration de ces téléphones, car notre ambition est de développer la 4G partout où les connectivités en fibre et en réseau micro-ondes le permettront. Fournir la 4G sur des liaisons satellites reste un défi assez complexe qui pose des questions de capacités et de coût opérationnel. La 4G est un élément structurel de la digitalisation de nos services et de l'écosystème numérique. Le passage à la 4G nous fera entrer de plain-pied dans la révolution numérique.

Selon l'Union internationale des télécommunications (UIT), un habitant en République démocratique du Congo dépense 32,73 % de son revenu pour la téléphonie mobile, contre une moyenne mondiale de 6,6 %. Comment expliquez-vous que le prix de la data en Afrique reste très si élevé ?

Le coût de la data est un sujet critique et fondamental. Nous avons observé une amélioration ces dernières années, avec des prix qui ont été réduits par quatre. Cela étant, il existe plusieurs défis liés aux réseaux data. Nous avons un coût opérationnel relativement élevé pour connecter les différentes zones du pays, en fibre optique nationale, ou en sortie vers le sud et vers l'est, pour se relier aux câbles sous-marins, mais aussi pour assurer une résilience face aux coupures intempestives. Nous développons des connectivités simultanées qui se traduisent par un coût opérationnel élevé, en plus du coût de l'énergie liée à l'utilisation de groupes électrogènes pour pallier aux coupures d'électricité et aux défis logistiques.

Quel budget consacrez-vous au développement des infrastructures nationales ?

Nous avons prévu cette année de consacrer un peu plus de 100 millions de dollars aux infrastructures dans notre réseau. Cela concerne des infrastructures radio, mais aussi la transmission ou encore le cœur de réseau.

L'innovation est au cœur de la stratégie du groupe. Vous avez récemment lancé Umoja, une solution destinée aux acteurs miniers. Que recouvre-t-elle ?

Cette plateforme développée pour le Groupe Glencore (Kamoto Cooper, Mutanda Mining, ndlr), en partenariat avec la Standard Bank, permet aux clients miniers de pouvoir se connecter à leurs équipes à travers une application qui procure des informations en matière de ressources humaines, mais aussi en termes de sécurité. Les collaborateurs sont joignables à l'intérieur des mines et ont la possibilité d'interagir en temps réel. À ce jour, ils sont déjà 6.000 connectés. Nous développons actuellement un nouveau projet pour un autre acteur minier qui emploie 3.000 collaborateurs. Notre ambition est de continuer à digitaliser tous les écosystèmes de nos clients. Nous travaillons notamment sur l'inclusion de l'intelligence artificielle (IA) pour avoir de meilleures prévisions au niveau de nos réseaux, mais aussi au niveau de nos abonnés, afin de leur offrir les meilleurs services possible.

Vodacom a développé Vodaeduc, une solution destinée à l'éducation. À qui s'adresse-t-elle ?

Vodaeduc fait partie du programme de la Fondation Vodafone Instant Schools for Africa. C'est une solution gratuite qui permet à des millions de Congolais d'accéder à des contenus éducatifs de qualité. Cette plateforme lancée en 2017 s'adresse aux étudiants, aux parents et aux professeurs. Elle est alimentée par le ministère de l'Enseignement pour la préparation aux examens d'État et s'enrichit régulièrement de nouveaux contenus. Nous avons aussi passé un partenariat avec la KADEA Academy (ex-Kinshasa Digital, ndlr) il y a trois ans, pour former des jeunes diplômés aux métiers des STEM. Les 300 premiers élèves ont reçu leur certificat en début d'année et une nouvelle promotion vient d'être recrutée. Par ailleurs, nous disposons d'autres programmes numériques, comme « Code like a Girl » qui s'adresse spécifiquement aux lycéennes pour développer leurs compétences en codage et les encourager à s'orienter vers les carrières dans les TIC et les STEM.

Quelle est la part de marché de Voda-Cash (M-Pesa local) sur le segment des transferts monétaires par mobile money ?

Nous avons plus de 6 millions d'abonnés, soit environ 55 % de parts de marché, avec une croissance supérieure à 30 % par an. Ce domaine est en plein développement. M-Pesa fait transiter près d'un tiers du PIB de la République démocratique du Congo. C'est l'une des clés de l'inclusion économique et financière nationale, car le taux de bancarisation reste faible. M-Pesa s'est imposé comme la solution par excellence, pour mettre la population en contact avec les plateformes financières et pour développer des solutions segmentées.

De quelle façon évolue le cadre règlementaire en République démocratique du Congo ?

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La RDC s'est dotée d'une nouvelle loi relative aux télécommunications qui est en cours d'implémentation. Il reste des challenges, mais nous travaillons de concert avec le régulateur pour améliorer le cadre réglementaire qui permettra de renforcer l'écosystème dans sa globalité. Le premier objectif repose sur l'augmentation du taux de pénétration à Internet. Nous voulons aussi augmenter le nombre de smartphones et nous menons des discussions autour des allocations de fréquences. Enfin, nous travaillons sur les futurs types de licences qui seront mises en place pour continuer à faire évoluer notre industrie.

Marie-France Réveillard

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