Le point sur ... la stratégie d’investissement

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Les marchés s'interrogent aujourd'hui sur la forme du ralentissement de l'économie américaine. Quel est votre avis sur la question, et qu'en déduisez vous en termes de stratégie d'investissement ?« Nous sommes effectivement dans une phase d'incertitude sur l'évolution de la conjoncture économique américaine, ce qui se traduit par une volatilité accrue sur les marchés financiers (actions, taux, changes). Les statistiques donnent, jour après jour, une image extrêmement contrastée de la tendance économique, ce qui est traditionnellement caractéristique des phases de retournement de l'activité. « Schématiquement, trois scénarios sont évoqués par les analystes. Dans le premier, aucun ralentissement durable n'intervient, ce qui pourrait être préjudiciable à la fois pour les marchés actions, car la Fed poursuivrait alors la hausse de ses taux d'intérêt, et pour les marchés obligations, qui pâtiraient d'une progression de l'inflation. Deuxième hypothèse, les Etats-Unis connaissent un ralentissement modéré, l'activité se rapprochant progressivement de son potentiel (3,5 à 4% de croissance par an). Ce scénario conviendrait tant aux marchés actions qu'aux marchés obligations. Dernière possibilité, l'Amérique du Nord entre dans une phase de récession, qui bénéficie alors fortement aux marchés obligataires, grâce à la baisse des tensions inflationnistes, mais provoquerait une correction boursière. « Notre scénario diffère légèrement de ces trois grands modèles. Nous pensons tout d'abord que la croissance américaine va assez sensiblement ralentir dans les prochains mois, sous l'effet notamment d'un investissement des entreprises moins dynamique et d'un marché immobilier freiné par la hausse des taux. Dans ce contexte, les sociétés industrielles vont souffrir d'un pincement de leurs marges, ce qui devrait déprimer les marchés actions. Les marchés de taux devraient mieux se comporter, avec notamment un arrêt prochain du cycle de resserrement monétaire de la Fed. « Sur les marchés des changes, ce scénario devrait permettre un rebond de l'euro à moyen terme. L'appréciation récente du billet vert était clairement liée à un nouvel afflux de capitaux européens sur les marchés actions américains. Or, la confirmation du ralentissement de la croissance américaine et les problèmes de marges des entreprises devraient provoquer une inversion de ces mouvements de liquidités. »Quelle est actuellement votre appréciation des marchés de taux, au regard notamment de vos anticipations en termes d'inflation et de politique monétaire ?« Il est nécessaire, sur cette question, de dissocier les marchés européen et américain. Dans la zone euro, nous restons fermement engagés dans le cycle de resserrement monétaire et l'on devrait assister prochainement à un aplatissement de la courbe des taux. Dans ce contexte, il est intéressant de se positionner sur le milieu de la courbe (1 à 5 ans), qui devrait être la duration la moins touchée par le phénomène. Nous sommes également positifs sur la partie longue, car nous pensons que les tensions inflationnistes vont s'apaiser rapidement dans l'Union économique et monétaire. Les emprunts à long terme pourraient également bénéficier marginalement de l'assainissement des finances publiques dans la zone euro. « Aux Etats-Unis, nous tablons sur une repentification progressive de la courbe des taux, à mesure que se confirmera le ralentissement de la croissance économique. Ce sont donc les maturités courtes qui disposent aujourd'hui du meilleur potentiel de hausse. »Dans votre dernier « point mensuel », vous annonciez une préférence pour les marchés actions de la zone euro, par rapport aux places américaines. Quelles en sont les raisons ?« Comme je vous le disais précédemment, les sociétés américaines devraient subir un phénomène de pincement de leurs marges. Le secteur industriel sera le premier touché, mais les valeurs technologiques ne seront pas pour autant épargnées. Le ralentissement de l'investissement se traduira en effet par des débouchés moindre pour les entreprises de la Nouvelle économie, freinant la croissance de leur chiffre d'affaires. « L'Europe ne restera pas insensible aux difficultés des marchés américains, et les places devraient connaître quelques soubresauts dans les prochains mois. Nous anticipons toutefois un rebond des cours à moyen terme, en raison notamment de l'accélération de la croissance économique. Une reprise de l'euro pourrait également bénéficier aux marchés de l'UEM, en effaçant les plus-values de change tirées par les investisseurs européens de leurs placements aux Etats-Unis. Il faut savoir, à ce titre, que les deux tiers des investissements étrangers réalisés sur les marchés actions américains proviennent aujourd'hui du continent européen. Une inversion des flux de capitaux est envisageable si les signes de ralentissement de la croissance américaine se précisent et si l'euro reprend des couleurs. « Nous sommes enfin assez positifs sur le Japon, même si nous estimons qu'il est encore trop tôt pour revenir massivement sur ce marché. Les entreprises ont réalisé au cours des dernières années d'importants efforts de restructuration et elles devraient commencer à faire profiter leurs salariés de l'amélioration de leur rentabilité. La consommation pourrait donc repartir progressivement, grâce notamment au gonflement des bonus, qui représentent environ un tiers de la masse salariale japonaise. »

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