Deutsche Finanz über alles !

L'OPA amicale d'Allianz sur la Dresdner Bank créée un ensemble dont la capitalisation boursière dépassera confortablement les 100 milliards d'euros, le plaçant juste derrière le britannique HSBC. L'opération, qui vient ponctuer spectaculairement des mois de rumeurs sur les rapprochements entre banques allemandes, illustre la capacité de la place financière de Francfort à se mettre en ordre de bataille, dusse la chose s'enfanter dans la douleur. La constitution de la Deutsche Boerse en entreprise quasi unique, centralisant les marchés d'actions dans un pays pourtant de tradition fédéraliste, fournit une autre illustration de cet esprit de place qui prévaut Outre Rhin.Un autre exemple, particulièrement sensible pour des Français qui se sont longtemps targués de leur succès en matière de marché à terme sur les taux d'intérêt, en est donné par l'ancrage à Francfort du marché à terme des dérivés sur produits de taux en euros. Il est vrai que la Deutsche Bank et les autres banques allemandes ont fait le nécessaire, demandant explicitement à leurs opérateurs d'intervenir sur les contrats bunds d'Eurex plutôt que sur ceux du Liffe ou sur les contrats proposés par Matif. Et pour que les consignes soient bien appliquées, elles n'ont pas hésité à assujettir à leur respect le montant des primes et bonus dont ces mêmes opérateurs sont si friands...La solidarité de place à la française apparaît en comparaison bien défaillante. Les banques françaises n'ont pas su maintenir à flot le Matif. Elles ont donné à leurs homologues étrangères une bien curieuse illustration de leur conception de la solidarité lorsque deux d'entre elles, qui allaient se déchirer peu après dans une bataille boursière homérique, sont allées contester le plan de sauvetage du Crédit Lyonnais devant des autorités européennes... qui n'en demandaient pas tant ! L'esprit de place à la britannique procède quant à lui d'un large consensus pour ne pas remettre en cause un des seules, pour ne pas dire la seule, success story de l'économie britannique de l'après guerre. Mais ce réel consensus des sujets de Sa Majesté en faveur de la City a un prix. La cartellisation du marché britannique se traduit par une piètre qualité des services financiers offerts tant aux particuliers qu'aux entreprises, le tout à des conditions exorbitantes comme l'a encore dénoncé un récent rapport. La rente de situation dont bénéficient les banques britanniques, sans équivalent dans le reste de l'Europe, se traduit d'ailleurs par des niveaux de rentabilité inégalés - qui leur ont de fait interdit de se lancer à l'assaut du Continent. Certes, HSBC fait exception, mais la banque, d'origine écossaise, était plus hong-kongaise que britannique... Pour les banques anglaises, l'européanisation équivaut à distraire des fonds propres pour dégrader leur rentabilité. La solidarité de place de la City est ainsi le fruit d'une sorte de hold up permanent sur les clients. Pour être solide, elle n'en est pas moins défensive...Face à une City frileuse et à une place de Paris par trop gauloise, la finance allemande apparaît d'autant plus offensive qu'elle a les moyens de ses ambitions. La possibilité pour les groupes allemands d'externaliser leurs plus values en franchise d'impôts à compter du 1er janvier prochain leur donnera une force de frappe face à laquelle la capitalisation d'une Société générale, d'une BNP Paribas ou d'un Crédit Agricole, coté demain, ne pèseront pas lourd... L'avenir de l'Europe financière passe plus que jamais par Francfort.

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