La Pologne préfère le F-16 américain au Mirage français

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Le gouvernement polonais a choisi le F-16 américain pour renouveler sa flotte d'avions de combat. En juillet dernier, la Pologne avait lancé un appel d'offres pour 48 appareils, pour un montant de 3,8 milliards d'euros. Trois concurrents s'étaient lancés dans la course : le suédois Saab et le britannique BAE Systems, avec l'avion Jas-39 Gripen ; Dassault Aviation avec le Mirage 2000-5, et Lockeed Martin qui a finalement remporté l'appel d'offres.Selon le ministre polonais de la Défense, Jerzy Szmajdzinski, l'offre américaine est la plus profitable et la plus sophistiquée. "L'offre comprend aussi un grand nombre d'armements, de systèmes électroniques de guidage, de navigation, de préparatifs de missions, des équipements au sol avec entraînements à la clé pour assurer les missions indispensables de défense de l'espace aérien polonais et dans le cadre de l'Alliance atlantique", a indiqué le ministre. Le coût total de l'opération s'élève à 4,7 milliards de dollars, a précisé la commission polonaise chargée d'examiner les appels d'offres. Membre de l'Otan depuis 1999, la Pologne doit moderniser son aviation, jusqu'ici composée de vieux Mig-21 d'origine russe. S'il volent toujours, les Mig ne sont guère compatibles avec les systèmes de l'Alliance atlantique; ainsi, techniquement, ils ne peuvent être ravitaillés en carburant sur une base de l'Otan.Le président de Dassault Aviation, Charles Edelstenne, a qualifié de politique le choix de Varsovie. "Les Polonais sont très tentés par l'Otan, peut-être un peu plus que par l'Europe. Je sentais déjà depuis bien longtemps qu'ils étaient très en faveur d'un rapprochement avec les Américains", a-t-il déclaré sur les ondes de France-Info. Répondant indirectement au PDG de Dassault, le ministre polonais de la Défense a rétorqué : "Tout en Pologne est politique. Effectivement, cette décision renforce nos liens stratégiques avec les Etats-Unis mais cela aurait pu être différent".L'avionneur suédois Saab, qui développe le chasseur Jas-39 Gripen avec le britannique BAE Systems (65/35%), s'est déclaré "plus surpris que déçu" d'avoir été écarté par la Pologne au profit des F-16 de l'américain Lockheed Martin. "Nous avions offert les avions de chasse les plus modernes. Nous savons que nous proposions les prix les plus bas, le meilleur financement et les coûts de fonctionnement les plus bas", a déclaré Owe Wagermark, porte-parole de Gripen International. "Il y a eu un engagement massif du côté américain. Des ministres, des secrétaires d'Etat, des officiers et des industriels ont visité la Pologne sans arrêt. Les Américains ont dit: ce contrat, on va le gagner", a encore affirmé M. Wagermark. Varsovie n'a jamais caché que sa décision serait prise, non pas uniquement en fonction du coût et de la performance technique des appareils, mais du système de crédits et du programme d'investissements sur place proposés par les candidats. Ces investissements devaient être au moins équivalents au montant du contrat. La Pologne, qui affiche l'un des taux de chômage les plus élevés en Europe centrale (près de 18 % ), cherche désespérément à attirer les investissements créateurs d'emplois.Les Américains ont offert aux Polonais de payer sur treize ans, avec un crédit à taux nul. Et ils ont proposé d'investir 9,8 milliards de dollars, une somme supérieure à l'offre de Saab (8 milliards d'euros). Mais après vérification par la commission polonaise, ce montant a été ramené à plus de 6,23 milliards de dollars. "Nous allons discuter avec les Américains pour atteindre réellement les 9,8 milliards de dollars", a indiqué le président de la commission.Cependant, soucieuse de montrer son attachement à l'Union européenne à laquelle elle adhèrera en mai 2004, la Pologne a annoncé en début de semaine que le finlandais AMV Patria (groupe Patria Vehicles Oy) avait remporté un contrat pour équiper son armée de terre de transporteurs blindés, d'un montant de 1,2 milliard d'euros sur dix ans. Selon un expert de l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), Jean-Pierre Maulny, "tout le monde savait que la société américaine Lockeed Martin était mieux placée". "C'est cependant, a-t-il dit, la confirmation d'une mauvaise nouvelle" pour Dassault, car "les marchés à l'exportation sont très rares. Dans les années à venir, Dassault va reposer dans le domaine militaire sur les seuls achats de Rafale par le gouvernement français", note ce directeur-adjoint de l'IRIS. Malgré tout, la déconvenue polonaise "n'est pas de nature à ébranler l'empire Dassault", assure un autre expert, proche des services du ministère de la Défense. En octobre, le constructeur aéronautique français a annoncé avoir augmenté ses bénéfices au premier semestre, malgré la crise de l'aéronautique. Son bénéfice net affiche ainsi une croissance de 15 % par rapport au premier semestre de 2001.

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