La BCE opte à nouveau pour le statu quo

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Tout comme le relèvement du taux directeur de la Fed était clairement attendu hier soir - le taux de refinancement de la Réserve fédérale a été relevé de 25 points de base à 2,5% (voir ci-contre) - le statu quo de la Banque centrale européenne était clairement anticipé par les investisseurs. C'est donc sans surprise que les marchés ont pris connaissance de la décision de l'institution européenne de laisser inchangé son taux directeur à 2%. Le statu quo monétaire observé par la Banque centrale européenne dure désormais depuis vingt mois.Au cours de la conférence de presse qui a suivi, le président de la BCE, Jean-Claude Trichet, a écarté le risque de tensions inflationnistes dans la zone euro, l'indice des prix ne pouvant être perturbé que par la volatilité des cours du pétrole. "Par conséquent, nous avons laissé les principaux taux d'intérêts de la BCE inchangés à leurs niveaux historiquement bas", a-t-il indiqué, rappelant de ce fait que la lutte contre l'inflation restait la priorité de l'institution monétaire."L'inflation, qui s'est élevée à 2,3% en taux annuel en décembre dernier, n'est pas un réel souci pour la BCE, au moins à court terme car la progression des salaires est quasi nulle et la croissance économique reste molle", précise Florence Béranger chez Ixis CIB. Outre la crainte de l'inflation, cet attentisme peut s'expliquer par la faiblesse de la reprise économique des pays de la zone euro. L'Euroland devrait enregistrer un taux de croissance du PIB de 1,8% en 2004. La BCE semble estimer qu'un relèvement, même progressif, des taux d'intérêts pourrait nuire à une croissance économique déjà peu dynamique. Surtout si on la compare aux 4,4% enregistrés par les Etats-Unis l'année dernière. Ceci dit, le statu quo monétaire peut-il soutenir l'investissement des entreprises et donc la croissance ? La réponse n'est pas forcément évidente si l'on observe les comportements des entreprises européennes. "Clairement, elles ne sont pas contraintes par le coût du crédit, qui leur est très favorable actuellement. En revanche, les entreprises du Vieux Continent sont plutôt freinées par la faiblesse de la demande anticipée, tant sur le plan domestique qu'à l'international, explique Florence Béranger. Et ces conditions difficiles de marché devraient perdurer étant donné que les entreprises, engagées dans une recherche de gains de compétitivité, ne devraient pas augmenter les salaires et qu'un ralentissement du commerce mondial est anticipé cette année. Face à cette relative atonie de la demande, les entreprises sont plus enclines à réaliser des investissements de productivité, pour compenser la hausse des coûts de production liée à l'augmentation de l'énergie, plutôt que d'opter pour des investissements de capacité, poursuit l'économiste. La faiblesse actuelle du taux d'utilisation des capacités de production indique bien que les entreprises sont contraintes du côté de la demande. Le statu quo monétaire est certes une solution pour soutenir l'investissement mais il ne résoudra pas tous les problèmes".En ce qui concerne la croissance, Jean-Claude Trichet a estimé qu'elle restait "modérée", justifiant de ce fait la décision de la BCE. Quant à savoir quelle sera la prochaine orientation de la politique menée par l'institution, les avis restent partagés. Si la majorité des économistes estiment que la BCE devrait emboîter le pas à la Fed et à la Banque d'Angleterre, qui ont toutes deux procédé au resserrement de leur politique monétaire, certains commencent à revoir leur position. "A Davos, Jean-Claude Trichet a précisé que la volatilité des changes actuelle était 'malvenue et indésirable'. Ainsi, si la BCE est cohérente avec elle-même, elle ne devrait pas relever ses taux. Pas avant l'automne prochain en tout cas", analyse Renaud Châteauvieux, économiste chez Natexis Banques Populaires.Pour d'autres, comme Florence Béranger, compte tenu de la faible croissance que la zone euro devrait enregistrer au premier semestre, il ne serait pas étonnant que la BCE abaisse ses taux dans les prochains mois pour soutenir l'activité.

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