Retraites : polémique sur la réforme des régimes spéciaux

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Le projet de l'UMP pour les échéances électorales de 2007 incluront la réforme des régimes spéciaux de retraite dont bénéficient les salariés d'entreprises comme la SNCF et la RATP: cette affirmation de François Fillon, le conseiller de Nicolas Sarkozy, suscite une levée de boucliers.

Les régimes spéciaux de retraite dont bénéficient les salariés d'entreprises publiques comme la SNCF ou la RATP sont-ils condamnés à disparaître aussitôt après une élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République? Avancée ce matin par François Fillon, conseiller politique de Nicolas Sarkozy, cette hypothèse déchaîne les passions.

"Les régimes spéciaux devront être réformés au début de la prochaine législative": en lançant cette affirmation dans une interview publiée ce matin par Le Parisien, François Fillon a mis le feu aux poudres. Car ses propos ont du poids: François Fillon fut le ministre en charge de la réforme du régime général des retraites en 2003. Et il s'occupe actuellement, aux côtés de Nicolas Sarkozy, de la définition du programme de l'UMP pour 2007.

Reste qu'en abordant ce thème, François Fillon agite un chiffon rouge. La dernière tentative d'un homme politique dans ce domaine est restée dans toutes les mémoires: le projet de réforme des régimes spéciaux - qui concernent aussi bien la SNCF, la RATP et Gaz de France que les militaires - lancé par le Premier ministre Alain Juppé à l'automne 1995 avait suscité une grève qui avait paralysé la France et obligé le gouvernement à renoncer à son projet.

Mais selon François Fillon, cela vaut la peine de prendre le risque de relancer cette question. "Enormément de Français attendent un langage de vérité et espèrent un changement des moeurs politiques!", affirme-t-il dans son interview.

Sans surprise, les syndicats sont immédiatement montés au créneau. Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT, a évoqué les "batailles importantes" que son syndicat livrerait dans une telle hypothèse. Et son homologue de FO, Jean-Claude Mailly, a estimé que "si M. Fillon commence (le débat de la campagne électorale) en disant qu'on va encore en prendre un coup derrière les oreilles, eh bien il démarre bien le débat"... Jean-Christophe Le Duigou, secrétaire confédéral de la CGT, a affirmé de son côté que les propos de François Fillon relevaient de la "posture politique" et de la "provocation".

Dans l'opposition, on s'est de même élevé contre les propos du conseiller de Nicolas Sarkozy, dénoncés par exemple comme "choquants" par la secrétaire nationale du PCF Marie-George Buffet.

Mais des voix se sont élevées également dans la majorité pour dénoncer ce projet. Jean-Pierre Grand, député UMP proche de Dominique de Villepin, a affirmé que la déclaration de François Fillon était "insupportable" et "totalement inopportune". Intervenant le jour où les syndicats protestaient contre la privatisation de Gaz de France, cette déclaration constitue "un chiffon rouge qu'il agite devant les syndicats et les parlementaires de gauche alors que nous sommes dans un débat difficile à l'Assemblée" sur GDF. Et le député UMP d'appeler "le président de l'UMP à le désavouer sans aucune ambiguïté."

Il s'est bien sûr trouvé d'autres membres de la majorité pour soutenir François Fillon. Patrick Devedjian, par exemple, député proche de Nicolas Sarkozy, a affirmé que "François Fillon a donné une vision prospective. On ne peut pas reprocher à un homme politique de réfléchir". Ce qui ne l'a pas empêché de prendre quelques précautions, en soulignant que "le sujet n'est pas d'actualité", même si "c'est une vraie question".

Dans ces conditions, Jean-François Copé, porte-parole du gouvernement, s'est montré prudent, se bornant à assurer que "s'il est besoin de continuer le travail sur les régimes spéciaux, et c'est le cas, il faudra certainement continuer d'y réfléchir avec la méthode adaptée, c'est-à-dire la concertation"...

Au siège de l'UMP, enfin, on a fait preuve de la même circonspection. Valérie Pécresse, la porte-parole, a affirmé que les déclarations de François Fillon n'engageaient ni Nicolas Sarkozy ni l'UMP, s'agissant d'une simple "position personnelle"...

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