Suez, GDF et Enel vont jouer gros devant la Commission européenne

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La semaine prochaine s'annonce cruciale pour GDF, Suez et Enel. Les trois groupes énergétiques doivent en effet rencontrer la commissaire européenne à la Concurrence au sujet du mariage controversé de Suez et GDF. La décision d'Enel de lancer ou non une OPA sur Suez pourrait en dépendre.

Les deux groupes français, qui ont annoncé leur projet de fusion fin février, vont devoir se justifier lundi, lors de leur entrevue avec Neelie Kroes, commissaire européenne à la Concurrence. Enjeu: montrer que ce mariage ne faussera pas la concurrence. Suez est, à ce jour, le cinquième producteur européen d'électricité et le deuxième en France derrière EDF. Dans le secteur du gaz, il est actuellement au sixième rang mondial, alors que GDF occupe la troisième position. Leur union permettra donc de créer le numéro un mondial du secteur et de renforcer la place de Suez dans le gaz naturel liquéfié.

Le nouveau groupe, dont le nom n'a pas encore été dévoilé, pèsera 52 milliards d'euros de chiffre d'affaires dans le gaz et l'électricité, auxquels il faudra ajouter 12 milliards dans l'eau, les ordures ménagères et l'environnement. La part directe de l'Etat n'excèdera pas 34 à 35% soit en dessous de la minorité de blocage et moins de 40% avec certaines participations indirectes.

Cette opération devrait permettre à l'horizon 2009 de dégager 500 millions d'euros de synergies par an avant impôts, essentiellement dans le domaine de l'approvisionnement. A plus long terme, le groupe disposera d'un potentiel de synergies complémentaires dont l'optimisation du programme d'investissements et le développement de synergies de revenus.

Il existe cependant une question épineuse: le cas de la Belgique. En effet, les deux groupes contrôlent à eux seuls 90% du marché belge de l'électricité et du gaz. Ensemble, ils détiendraient Electrabel, filiale à 100% de Suez, et la SPE, second électricien du pays contrôlé à 51% par GDF. Sur le marché gazier, Distrigaz, filiale à 57% de Suez, ne concurrencerait plus GDF. Une fois fusionné, ils seraient donc en situation de quasi monopole. Gérard Mestrallet, le patron de Suez, a déclaré que des négociations sont actuellement en cours avec le gouvernement belge à ce sujet. Le Premier ministre belge, Guy Verhofstadt, a déclaré vendredi vouloir des solutions immédiates et ne pas attendre la fin de la procédure devant l'exécutif européen pour obtenir des concessions de Suez.

L'italien Enel qui lorgnait depuis quelque temps sur Suez, a été pris de cours. Il décidera suite à son entrevue de mardi prochain avec Neelie Kroes, s'il lance une OPA hostile contre Suez, pour un montant de près de 50 milliards d'euros. Il souhaite aussi s'assurer que le gouvernement français ne fera pas obstruction. Paris est en effet soupçonné par les Italiens d'avoir au minimum précipité ce projet de fusion pour contrer l'offensive d'Enel. Le gouvernement français a dû s'expliquer sur ce point le 10 mars devant la commission européenne. Des déclarations qui ont été jugées comme peu satisfaisantes par la Commission, selon le Herald Tribune.

Si Enel réussissait à mettre la main sur Electrabel, il deviendrait le troisième opérateur européen sur le marché de l'électricité. L'activité traitement des eaux et déchets, qui ne l'intéresse pas, serait alors revendue. Les repreneurs potentiels pourraient être la banque australienne Macquarie et le fonds Terra Firma, pour un montant estimé entre 15 et 20 milliards de dollars, a déclaré jeudi hier une source proche du dossier citée par le Herald Tribune.

A ce jour, aucune discussion n'a encore été engagée par Enel avec Suez. Après plusieurs semaines de tension entre les deux camps, l'heure semble à l'apaisement du côté français. Jean-François Cirelli, patron de GDF, a en effet déclaré dans La Tribune de ce vendredi (voir ci-contre)être prêt à écouter l'Italien, si ce dernier "veut apporter un plus à notre projet".

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