L'action Arcelor bondit sur l'annonce de la fusion avec Mittal

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Les réactions se sont multipliées, aujourd'hui, tant en France qu'à l'étranger, au lendemain de l'annonce de l'accord trouvé entre Mittal et Arcelor pour former ensemble le numéro un mondial de la sidérurgie. Une opération plutôt bien accueillie par les milieux politiques et les marchés, mais qui suscite l'inquiétude chez les syndicats.

C'est à l'issue de neuf heures de délibération, dimanche, que le conseil d'administration d'Arcelor a accepté à l'unanimité les nouvelles propositions de Mittal, mettant ainsi en principe un point final à une âpre bataille de cinq mois. Une décision plutôt bien accueillie dans les milieux financiers. Les marchés ont ainsi salué l'opération. Suspendue depuis mercredi dernier, la cotation de l'action Arcelor a repris aujourd'hui à 13h, au lendemain de l'année de l'accord trouvé avec Mittal Steel. L'action a bondi de quasiment 10%, à 38,52 euros. Et en fin d'après-midi, elle s'échange à 37,80 euros, en hausse de 7,94%.

Les actionnaires du groupe sidérurgique ont en effet de quoi s'estimer contents. Ainsi, Bruno de Kerviler, président de l'Association Actionnaires Arcelor (AAA), s'est déclaré satisfait de la valorisation proposée par Mittal dans le cadre de sa nouvelle offre sur Arcelor et des concessions faites par le numéro un mondial de l'acier en matière de gouvernance.

Le conseil d'administration d'Arcelor a accepté dimanche une offre de 25,6 milliards d'euros de Mittal, soit 40,40 euros par action d'après le cours de clôture de son titre sur le NYSE le 23 juin pour créer Arcelor-Mittal, un géant de l'acier trois fois plus puissant que son plus proche concurrent. "À 40,40 euros, on est sur une bonne valorisation concernant l'opération avec Mittal", a estimé Bruno de Kerviler sur la radio BFM. "Ils abandonnent le fait que les administrateurs de classe A - M. Mittal et ses deux enfants - ont la possibilité d'engager l'entreprise sans l'avis du conseil d'administration. Ils abandonnent au fond leur modèle d'entreprise familiale. Ils deviennent actionnaires importants, les plus importants, mais d'un groupe qui va avoir une philosophie managériale (...). Au fond c'est ça qui est très important", a-t-il ajouté, soulignant cependant que l'AAA attendait d'avoir plus d'éléments pour arrêter définitivement sa position.

S'ils se montrent très positifs vis-à-vis de l'action Arcelor, les marchés sont cependant plus dubitatifs en ce qui concerne Mittal. Après avoir ouvert en hausse de près de 3% à la Bourse d'Amsterdam lundi matin, le titre chute de 3,71%, à 24,38 euros, à la clôture.

Chez les politiques, les réactions sont plus variées. Au sein du gouvernement français, qui avait clairement manifesté son hostilité à l'OPA de Mittal, à ses débuts, on affiche aujourd'hui un ralliement au projet. Tandis que Bercy fait valoir que l'offre est devenue amicale, le ministre de l'Emploi Jean-Louis Borloo a affirmé à l'AFP "se réjouir plutôt de l'accord Arcelor-Mittal" tout en soulignant "ne pas être en direct sur la partie industrielle du dossier".

Même satisfaction prudente à l'UMP, où l'on salue le "mariage de raison" des deux groupes. Et pour le président de la commission des Affaires économiques de l'Assemblée nationale Patrick Ollier, "la fusion est quelque chose d'utile. Elle crée le premier groupe mondial" de sidérurgie, "il est européen et c'est une bonne chose", a-t-il déclaré ce matin sur RTL.

Dans l'opposition, on ne l'entend pas ainsi. Pour le Parti socialiste, cette affaire est une défaite grave du gouvernement français. "Le gouvernement avait fait de cette bataille industrielle un exemple de son patriotisme économique. Force est de constater que le patriotisme économique n'a même pas duré le temps d'une saison, puisqu'en fait, c'est une capitulation en rase campagne sur le projet industriel", a affirmé ce matin le porte-parole du PS Julien Dray, pour qui le PS veut "connaître la réalité du projet de restructuration qui est en cours, le coût que cela va représenter pour les salariés, les menaces sur l'emploi que nous suspectons".

Ces menaces, c'est bien ce que redoutent les syndicats. Ainsi, le président de la CFE-CGC, Bernard Van Craeynest, s'est inquiété aujourd'hui des "conséquences sur l'emploi et sur l'organisation des sites industriels à travers le monde" de l'annonce de la fusion Arcelor-Mittal Steel. Des craintes exprimées également par la CGT et la CFDT, qui redoutent les "restructurations et fermetures de sites" qui pourraient résulter de l'opération.

A l'étranger, en tout cas, les différents gouvernements européens concernés par les activités d'Arcelor se rallient au projet de fusion. Le ministre allemand de l'Economie Michael Glos, par exemple, s'affirme "convaincu que la nouvelle entité Arcelor-Mittal va nettement améliorer les perspectives des filiales allemandes du groupe".

En Inde, on salue la victoire du groupe Mittal. Le ministre indien des Finances Palaniappan Chidambaram s'est ainsi déclaré "fier" de voir un homme d'affaires né en Inde, Lakshmi Mittal, devenir "le plus grand fabricant de métal du monde". Le ministre indien du Commerce Kamal Nath s'était également félicité dimanche de l'accord. "C'est une démonstration des capacités intellectuelles et entrepreneuriales de l'Inde et des personnes d'origine indienne", avait déclaré Kamal Nath à la chaîne de télévision indienne Times Now. "Les pays qui ont tenté de bloquer ce projet de fusion réalisent à présent que la mondialisation signifie des investissements transfrontaliers des deux côtés", a poursuivi le ministre indien.

L'annonce de l'OPA de Mittal en janvier avait en effet entraîné de vives réactions, parfois taxées de racistes en Inde, d'hommes politiques en France et au Luxembourg opposés à cette OPA. En février, Kamal Nath avait d'ailleurs accusé les gouvernements européens défavorables à cette OPA de discrimination, déclarant que les prises de contrôle et acquisitions devaient être décidées par les actionnaires sur la base de considérations commerciales et "non d'après la couleur du passeport ou la couleur d'une personne".

En Russie, à l'inverse, alors que l'opération laisse à l'écart le sidérurgiste Severstal, un temps pressenti par Arcelor pour contrer Mittal, on ne prend pas bien la chose... Pour le président de la Douma (Chambre basse russe), Boris Gryzlov, "la campagne de propagande sans précédent contre la fusion entre les compagnies Severstal et Arcelor témoigne du fait qu'on ne veut tout simplement pas nous laisser entrer sur les marchés mondiaux". Les autorités russes manifestent ainsi leur déplaisir envers une décision jugée anti-russe. Même s'il n'est pas impossible que Severstal monte une contre-offensive (voir ci-dessous).


Severstal pourrait surenchérir
Une inconnue de taille demeure encore: le russe Severstal va-t-il renoncer à son mariage avec Arcelor ou au contraire va-t-il surenchérir sur Mittal? Selon le quotidien russe Vedomosti, citant un proche de l'homme d'affaires, Roman Abramovitch serait "prêt à financer une hausse de la proposition de Mordachov", et, en cas d'échec de la fusion Severstal-Arcelor, à "entrer dans le capital de Severstal". "Severstal et les actionnaires d'Evraz, y compris Roman Abramovitch, peuvent organiser une alliance et faire à Arcelor une nouvelle proposition", ajoute le quotidien russe, coutumier des "fuites" confirmées peu après. Roman Abramovitch vient d'acheter 41% d'Evraz, un des premiers sidérurgistes russes. Les analystes y ont vu un premier pas vers la création d'un nouveau géant de l'acier qui pourrait jouer au même niveau qu'Arcelor ou Mittal sur le marché mondial. Severstal s'est en effet déclaré dimanche soir "très surpris" d'avoir été éconduit et n'a pas exclu de modifier une nouvelle fois sa proposition de mariage avec Arcelor.

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