"Bouygues pourrait revenir sur le dossier Areva"
La Tribune
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latribune.fr- Aviez-vous anticipé le fait que Bouygues et Alstom puissent conclure une alliance stratégique et capitalistique de ce type?
Naomie Hazan- Pas du tout. Cette annonce a été très étonnante, et complètement inattendue. D'autant que le capital d'Alstom était presque verrouillé de par la présence de l'Etat. Nous avions au contraire prévu un retour de papier sur le marché, avec la vente des 21% de l'Etat, puisqu'il était obligé par Bruxelles de céder ses actions détenues dans Alstom avant l'été 2008.
Estimez-vous qu'il s'agit d'une bonne opération pour les deux groupes?
Du point de vue des actionnaires d'Alstom, il s'agit d'une excellente nouvelle, puisque cette entrée de Bouygues dans le capital du groupe enlève tout risque de reflux de papier sur le marché. Bouygues est en effet un actionnaire industriel de long terme, qui s'associe à un projet. En outre, cette opération confirme le redressement total d'Alstom. Le groupe a même confirmé ses prévisions financières d'une hausse des commandes de 5% sur 2005-2006 (exercice clos en mars), de 7% de son chiffre d'affaires et d'une marge opérationnelle de 5%. Il pourrait même relever ses estimations de marge opérationnelle entre 6 et 7% de l'exercice 2007-2008.
Et pour Bouygues?
Pour Bouygues il s'agit d'un tournant stratégique. Le groupe souffre de la baisse des prix dans le secteur de la téléphonie. Cette opération peut soit s'accompagner d'une hausse des investissements de Bouygues Telecom pour accroître ses services. Ou alors, elle peut signifier que Bouygues pourrait à terme céder sa filiale télécoms. Surtout, si Bouygues choisit de se renforcer encore dans le secteur de la construction et dans les projets industriels. Il peut ainsi choisir de se renforcer dans Alstom. Mais aussi revenir sur le dossier Areva.
Martin Bouygues a cependant dit que le dossier Areva était clos...
Oui. A court terme! Aujourd'hui, effectivement le débat est clos. Mais il s'agit d'un dossier hautement politique. Ainsi, après les élections de 2007, nul ne sait si une ouverture de capital d'Areva ne reviendra pas à l'ordre du jour. Par ailleurs, Alstom était lui aussi favorable à un rapprochement avec Areva.
Quoi qu'il en soit, si Bouygues veut racheter Areva, dont la valeur d'entreprise est de 7,9 milliards d'euros, la cession de Bouygues Telecom ne sera pas suffisante. En outre, il faudra aussi que les groupes négocient avec Siemens, actionnaire à 34% de Framatome.
Pensez-vous que le prix payé par Bouygues soit trop élevé?
Non. Le prix versé par Bouygues, de 2 milliards d'euros, n'est pas disproportionné. D'autant qu'Alstom a parachevé son redressement, grâce à un management extraordinaire.
Estimez-vous que Bouygues va continuer son ascension dans le capital d'Alstom?
Il pourrait tout à fait monter jusqu'à 33%. Martin Bouygues a cependant indiqué qu'il n'irait pas au-delà. Et Bouygues pourrait aussi s'appuyer sur une présence plus importante dans Alstom pour pouvoir négocier avec l'Etat un rachat d'Areva...
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