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Pinault convoite le pôle environnement de Suez

La Tribune

Publié le 12 octobre 2006 à 11:21 - Mis à jour le 22 octobre 2008 à 17:28

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L'homme d'affaires français serait prêt à reprendre les actifs de Suez dans l'eau et la gestion de déchets pour un montant de 18 milliards d'euros, révèle ce matin Les Echos. La Commission européenne annonce qu'elle reporte au 24 novembre sa décision sur le rapprochement de Suez et Gaz de France.

Au tour du milliardaire François Pinault de s'inviter à la préparation des noces de GDF-Suez. Selon le quotidien Les Echos de ce matin, l'homme d'affaires breton, dont la famille contrôle notamment le groupe PPR, serait prêt à débourser 18 milliards d'euros pour mettre la main sur le pôle environnement de Suez.

"Les modalités sont définies, le financement assuré. L'homme d'affaires n'attend plus que le lancement par Enel, son allié dans cette opération, de l'OPA hostile sur Suez à laquelle l'Italien travaille depuis des mois", affirme le quotidien qui ne précise pas ses sources. Les actifs convoités par François Pinault sont le pôle Environnement qui pèse 11,1 milliards d'euros de chiffre d'affaires et le pôle Energie Services qui génère près de 10,3 milliards. A l'issue de l'opération, si elle réussit, le Français entend récupérer les actifs dans l'eau et la gestion de déchets. La "branche énergétique irait à Enel".

Le groupe transalpin n'a toutefois pas souhaité commenter des "rumeurs de presse", précisant ce matin à toutes fins utiles que cet "accord avec François Pinault n'est plus d'actualité".

"Le pôle environnement n'est pas à vendre", a fermement répondu pour sa part un porte-parole de Suez contacté par l'AFP, ajoutant qu'il avait "toute sa place dans le nouvel ensemble Suez-GDF". De son côté, Gaz de France ne fait pas de commentaires et rappelle que, en effet, le pôle environnement de Suez est intégré dans le projet de fusion des deux groupes.

Passant outre les réticences, l'homme d'affaires a imaginé un montage complexe pour financer son projet. Selon les informations publiées par Les Echos, François Pinault "créerait une nouvelle société, distincte de son holding Artémis et de sa maison Financière Pinault. Cette société ad hoc serait dotée de 1,3 milliard de capital souscrit par Artémis, justement, ou par des investisseurs alliés. Les deux partenaires ont prévu dans leur schéma initial, qu'Enel consente au Français 2,7 milliards de crédit vendeur". La structure ad hoc, baptisée Bidco, devant emprunter le solde.

La valorisation arrêtée par François Pinault et Enel pour le pôle environnement de Suez s'élevant à 18 milliards d'euros, la différence équivaut donc à 14 milliards, "que le montant des dettes reprises ramènerait à 11 milliards. Cette dette bancaire serait sécurisée sur la valeur des actifs rachetés", estime le journal. Quatre banques, dont Deutsche Bank, Credit Suisse et Dresdner Bank, auraient accepté de se porter garantes de l'opération.

Cette offre "ne semble pas d'actualité" aux yeux des analystes d'Oddo Securities, "Enel ne semblant pas encore à ce stade prêt à franchir le Rubicon". Mais en cas de désistement de l'énergéticien italien, qui hésite encore, l'homme d'affaires français serait déterminé à se trouver un autre partenaire, tels que l'Allemand E.ON ou l'Espagnol Endesa. Une hypothèse balayée par les analystes, arguant dans leur note qu'E.ON "semble suffisamment occupé comme cela par son offre sur Endesa". Ce dernier "manquerait de capitaux", "RWE pourrait difficilement le faire compte tenu de sa taille actuelle sur le marché électrique continental", quant aux autres groupes, "ils sont probablement trop petits". Bref, la fusion Suez-Gaz de France resterait donc "le scénario dominant".

L'initiative a toutefois de quoi faire grincer des dents le gouvernement qui ferraille depuis plusieurs mois déjà sur les fronts politique et économique pour faire avaliser son projet de mariage entre Gaz de France et Suez. Selon Les Echos, la réalisation de ce projet mettrait en effet en péril le projet de fusion Suez-GDF, alors que le projet de loi sur la privatisation de GDF est actuellement en discussion au Sénat.

L'opération est "à hauts risques", car elle implique le démantèlement du groupe dirigé par Gérard Mestrallet, c'est à dire tout le contraire de la volonté exprimée jusqu'ici par le Premier ministre Dominique de Villepin. Chantre du "patriotisme économique", ce dernier avait précisément donné sa bénédiction à la fusion avec Gaz de France pour contrer les ambitions d'Enel et de Veolia en début d'année.

Pour l'heure, Suez est engagé dans un processus de fusion avec Gaz de France mais ce projet est suspendu à l'accord de la Commission européenne. Hier, Bruxelles avait émis de sérieuses réserves sur le projet, demandant de nouvelles concessions à Suez et Gaz de France pour valider leur rapprochement, en plus des solutions déjà proposées par les deux groupes en réponse aux problèmes de concurrence soulevés par leur union. Dans ce contexte, la Commission a annoncé ce matin qu'elle reportait sa décision au 24 novembre, alors que l'échéance officielle était jusque là fixée au 17 novembre.

Quoiqu'il en soit, les manoeuvres de François Pinault mettent un coup de projecteur sur la valeur potentielle du pôle environnement de Suez, qui attiserait bien des convoitises si il devait être cédé. En fin de séance, l'action du groupe réagit positivement et gagne 1,82% à 35,24 euros.

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