Trains transiliens : Alstom s'entend avec Bombardier et retire son recours

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Le groupe français de transport et d'énergie obtiendra finalement en sous-traitance un tiers du contrat remporté par le canadien Bombardier pour les futurs trains de l'Ile-de-France. Du coup, Alstom retire le recours qu'il avait intenté pour contester le résultat de ce marché.

Le bras de fer a fini par payer pour Alstom. Le groupe français de constructeur ferroviaire et d'énergie a obtenu samedi après des négociations serrées de récupérer en sous-traitance environ un tiers du contrat de 2,7 milliards d'euros du marché des trains de la banlieue parisienne, attribué au constructeur canadien Bombardier.

En conséquence, Alstom a décidé de retirer le recours déposé auprès du tribunal administratif de Paris contre son rival. Il soupçonnait Bombardier d'avoir fait du dumping sur ce contrat en renonçant à ses marges afin de l'emporter. Le groupe français s'interrogeait aussi sur la transparence attachée au contrat et à ses critères d'attribution.

L'accord conclu samedi entre Bombardier et Alstom précise que ce dernier réalisera des prestations d'ingénierie (ce qui permet de donner du travail à ses équipes de recherche et développement), sur l'assemblage d'une "partie significative" des voitures et sur la fourniture d'une partie des bogies. Le groupe souhaite notamment "conforter le plan de charge de ses usines françaises du Creusot (Saône-et-Loire, centre) et de Reichshoffen (Bas-Rhin, est)".

"La part exécutée par Alstom sera mise en oeuvre dans des conditions de marge raisonnable" précise le groupe français. Une pierre dans le jardin de Bombardier mais aussi une façon de rassurer les investisseurs: Alstom depuis sa sortie de sa période à haut risque (la faillite avait été évitée grâce à l'intervention de l'Etat qui avait pris 21% du capital), a fortiori depuis que Bouygues a remplacé l'Etat dans le capital, s'attache à s'assurer une croissance rentable.

Les reproches de concurrence déloyale adressés par Alstom à Bombardier portait aussi sur le fait que son rival profitait de contrats emportés sans appel d'offres dans son pays au Canada, notamment pour les métros de Montréal et de Toronto. Le groupe canadien était du coup soupçonné de profiter des marges sur ces contrats obtenus quasiment sans concurrence pour casser les prix sur les marchés étrangers.

Grâce à l'accord entre Bombardier et Alstom, la SNCF a pu annoncer dans la foulée que le contrat, dont la signature était suspendue en raison de la procédure engagée, sera signé mardi avec Bombardier Transport France. Les premières livraisons devraient intervenir en 2009 et s'étaler jusqu'en 2015.

Le risque que ce bras de fer ne se traduise par un retard des livraisons de ces trains, très attendus par la région Ile-de-France, la SNCF et les transiliens, lassés de devoir voyager dans des wagons vieillissants (notamment les fameux "petits gris" de banlieue) a d'ailleurs pesé dans la décision de conclure cet armistice. Alstom souligne ainsi avoir "choisi de privilégier une solution de compromis de préférence à la procédure en cours par le souci de ne pas retarder le renouvellement des trains attendus par les Franciliens".

Jean-Paul Huchon, président (PS) de l'Ile-de-France et de l'autorité de transports Stif, Syndicat des transports de l'Ile-de-France, s'est réjoui samedi du retrait par Alstom de son recours contre Bombardier pour le marché du futur train de banlieue. "La signature de ce marché dans les prochains jours permettra en effet de respecter le calendrier prévu et ainsi, dès la fin 2009, les Franciliens pourront bénéficier du confort et de la modernité des premières rames qui circuleront sur le réseau francilien", a commenté Jean-Paul Huchon dans un communiqué.

Ce dernier avait fait naître la polémique en déclarant après l'annonce du contrat que tous les trains de banlieue parisienne seraient fabriqués en France. Le syndicat CFE-CGC d'Alstom Transport avait qualifié ces propos de "mensongers", affirmant que la stratégie de Bombardier consistait à ne faire qu'importer en France les éléments à valeur ajoutée produits ailleurs, notamment dans l'ex Europe de l'Est où le groupe canadien possède des implantations et que ceux-ci n'étaient ensuite qu'assemblés dans l'usine qu'il possède à Crespin (Nord), tout près de Valenciennes, la ville du ministre de l'emploi Jean-Louis Borloo, un point qui a peut-être également pesé dans la balance.

Ce vaste chantier de modernisation du Transilien coûtera au total près de 4 milliards d'euros à la SNCF et au Stif, dont 2,7 milliards pour l'achat du matériel roulant à Bombardier. Les nouvelles rames seront affectées aux lignes "les plus populaires", à savoir les réseaux de Paris-Nord, Paris Saint-Lazare et Paris-Est, selon Jean-Paul Huchon.
La SNCF a aussi passé commande de 24 automotrices de grande capacité (AGC) à Bombardier pour 136 millions d'euros, qui viendront équiper le réseau en Seine-et-Marne, à l'est de Paris.

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