"Lafarge doit changer son management en profondeur"

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Pour Arnaud Pinatel, analyste en charge du secteur de la construction chez Exane BNP Paribas, Lafarge doit opérer une massive restructuration de son organisation managériale s'il veut relancer son cours de Bourse. Selon le spécialiste, le titre du cimentier reste sous-valorisé et possède un fort potentiel de croissance.

latribune.fr- Le titre Lafarge a profité la semaine dernière d'un relèvement de recommandation de votre part, quel est votre scénario?

Arnaud Pinatel- Nous parions sur l'idée que Lafarge doit se restructurer et générer des économies de coûts pour faire face à l'émergence des pays comme la Chine ou l'Inde. L'industrie cimentière évolue et dispose aujourd'hui de nouvelles capacités de production qui se construisent dans ces pays. L'autre raison est que l'action Lafarge "sous-performe" depuis un an en Bourse. Les investisseurs estiment que le management n'a pas su convaincre et n'a pas réussi à délivrer ses promesses.

Quels changements concrets devraient être opérés?

Selon nous, Lafarge est déjà en train de se restructurer. L'arrivée du nouveau directeur général, Bruno Lafont, a été marquée par une réorganisation à la tête du groupe du mode de prise de décision et de son fonctionnement. Le pilotage par une direction générale a trois est supprimé. Dorénavant, le directeur général prendra ses décisions en s'appuyant sur un comité exécutif aux pouvoirs renforcés et non plus avec un rôle consultatif comme c'était le cas jusqu'à présent.

Mais cette évolution est une première étape. Nous attendons clairement un changement plus profond du management. Les investisseurs dénonçaient une certaine inertie de la structure organisationnelle chez Lafarge en raison de certaines strates inutiles ou peu efficaces. Il s'agit d'opérer un véritable changement culturel du groupe.

Lafarge peut-il aussi profiter d'une conjoncture favorable du secteur en 2006?

Aujourd'hui, l'industrie du ciment se porte bien. La demande demeure forte et ferme avec des volumes importants. Mais les capacités de production sont saturées, ce qui provoque un déséquilibre de marché. Ceci va encore peser sur les prix qui devraient progresser d'environ 4% à 5%. L'année 2006 s'annonce donc dans un contexte plutôt favorable, notamment avec une progression attendue des résultats.

Que pensez-vous de la montée récente du financier Albert Frère dans le capital de Lafarge?

Nous observons ce mouvement et estimons qu'il sera positif pour Lafarge. Aujourd'hui, Albert Frère est le premier actionnaire de Lafarge avec 6,5% de son capital. Sa présence atteste qu'il y a du potentiel pour créer de la valeur supplémentaire chez Lafarge. Cette situation donne au titre un aspect un peu plus spéculatif. Sa réputation d'actionnaire exigeant devrait presser et encourager Lafarge à restructurer son organisation managériale.

Quel est le potentiel de croissance du titre Lafarge en Bourse?

A ce jour, Lafarge sous-performe encore son secteur de 17% malgré son récent rebond. Nous espérons que le groupe va communiquer sur une restructuration de son organisation et des économies de coûts. De plus, il serait bon d'opérer une meilleure allocation du capital employé dans certains métiers (toitures) ou des rachats de minoritaires. Pour toutes ces raisons, le titre a un fort potentiel de croissance. Nous visons un objectif de cours à 97 euros alors qu'il est autour de 85 euros aujourd'hui.

La sous-valorisation actuelle peut-elle attirer des prédateurs comme les fonds d'investissements?

En théorie c'est possible. Le capital de Lafarge est éclaté et flottant à plus de 80%. Toutefois, s'il y a eu des rumeurs d'OPA sur Saint-Gobain, il n'y en a pas eu sur Lafarge. Le spectre d'une telle spéculation, actuellement très à la mode en Bourse, devrait encore constituer une raison supplémentaire pour Lafarge de réagir rapidement.

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