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Reprise de la Ligue 1 de football : derrière le sport, d'énormes enjeux financiers

La Tribune

Publié le 02 août 2007 à 22:21 - Mis à jour le 23 octobre 2008 à 17:09

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C'est la reprise en Ligue 1. Le championnat de France de Football démarre ce week-end. Une saison importante, après un précédent exercice bien modeste en terme de qualité et de spectacle, alors que l'appel d'offre pour les droits de retransmissions débutera le 1er novembre prochain.

Six fois champion de France consécutivement, l'Olympique Lyonnais entame ce week-end la défense de son titre dans une Ligue 1 toujours décriée pour sa qualité, son spectacle et son inlassable fuite des talents vers les grands championnats étrangers (Espagne, Italie, Angleterre et Allemagne). La saison dernière n'a pas échappé à cet habituel flot de critiques.

Tout d'abord parce que, derrière l'écrasante domination lyonnaise, aucune autre équipe n'a su se montrer à la hauteur. Marseille, deuxième au final, a par exemple alterné le très bon et le catastrophique. Quant aux Lensois, dauphins des Lyonnais après 27 journées, ils n'ont gagné qu'une seule rencontre lors des douze derniers matchs de la saison. Ensuite, parce que le spectacle a souvent fui les pelouses françaises, le fond étant touché lors de la 32ème journée avec 8 buts inscrits en dix rencontres, dont six se sont terminées sur un score vierge, deux tristes records.

Le spectacle préféré des Français

Enfin parce que l'intersaison a encore été marquée par le départ vers l'étranger de quelques gros noms du championnat de France, les internationaux français Franck Ribéry, Florent Malouda et Eric Abidal en tête. Plus d'une vingtaine de joueurs importants ont ainsi quitté l'Hexagone, cédant aux sirènes financières et sportives des grands championnats étrangers. Des départs loin d'être compensés par les seules arrivées du champion du monde italien Fabio Grosso et de l'expérimenté hollandais Bondewijn Zenden.

Et pourtant ! La Ligue 1 reste le spectacle préféré des Français, fait-on valoir à la Ligue de football professionnel (LFP). Selon une enquête de l'institut TNS Sport, publiée en juin dernier, 37% des sondés se disent "beaucoup ou assez intéressés" par cette compétition, soit autant que pour la Coupe du monde et plus que pour le Ligue des Champions. A titre de comparaison, le Top 14 de rugby n'intéresse que 19,6% des Français et reste derrière la Ligue 2 de football. Un argument de poids alors que l'appel d'offre pour les droits de retransmissions du championnat débutera le 1er novembre pour s'achever le 1er janvier prochain.

Et la guerre fait déjà rage. Pour la LFP, pas question d'accepter une offre inférieure aux 600 millions d'euros annuels dépensés par le groupe Canal. "Partout en Europe, les droit augmentent et nous n'avons aucune raison d'accepter l'idée même d'une récession" a ainsi déclaré Frédéric Thiriez, président la ligue, dont l'objectif serait d'atteindre les 750 millions d'euros. "Nous ne nous laissons pas impressionner par le discours récurrent sur la baisse programmée des droits. (...) Ce discours on nous l'a servi avant chaque appel d'offres. C'était le cas en 2002, où l'on nous annonçait une baisse de 30%, c'était le cas en 2004 et à chaque fois le football a fait la preuve de sa force".

Canal + seul prétendant aux droits de la Ligue 1 ?

Côté Canal +, on espère tirer profit de la fusion avec TPS, pour revoir à la baisse le coût du championnat de France. "Le produit Ligue 1 est important pour Canal +", reconnaît Alexandre Bompard, directeur des sports du groupe. "La question qui fixe son prix intrinsèque c'est: a-t-il progressé depuis trois ans ? Pour répondre, il existe des critères objectifs: les clubs français sont-ils régulièrement qualifiés pour les demi-finales ou la finale des coupes européennes ? Les meilleurs joueurs évoluent-ils chez nous ? L'affluence moyenne en France est-elle importante ? La France progresse-t-elle à l'indice UEFA ?"

Si la chaîne cryptée se garde bien de trop dévaloriser la Ligue 1, qu'elle doit ensuite vendre et promouvoir auprès de ses abonnés, elle sait en revanche que la structure actuelle du marché des potentiels diffuseurs la place en position de force. Personne ne semble en effet en mesure de pouvoir ou de vouloir s'aligner sur l'offre du groupe Canal.

Un temps pressenti, Orange, déjà parrain de la Ligue 1, a finalement décidé de ne pas surenchérir. "Orange aura un million d'abonnés à la télévision ADSL fin 2007. La grande majorité consomme des chaînes sans payer de supplément et seuls 10% d'entre eux seraient prêts à souscrire à une offre payante pour le football", explique Patricia Langrand, directrice des contenus d'Orange. "Pour moi, seul Canal + a les moyens de s'offrir la Ligue 1".

Un constat d'autant plus d'actualité que la Ligue de football professionnel a perdu la semaine dernière une bataille importante devant le Conseil de la concurrence. La LFP espérait pouvoir allonger à cinq ans, contre trois actuellement, la durée des droits de retransmission du championnat de France. Objectif annoncé: inciter les diffuseurs n'ayant pas encore un parc d'abonnés suffisants à enchérir en leur offrant une période plus longue pour rentabliser cet investissement.

De l'aveu même du Conseil, "seul Canal +, avec une base de 10 millions d'abonnés, peut amortir" ces frais. Il a cependant décidé de laisser les choses en état, devant le peu d'intérêt affiché à la fois par France Télécom et par Free, estimant "qu'une durée de trois ans et satisfaisante et ne ferme pas le marché sur une trop longue période tout en laissant à l'acheteur suffisamment de temps pour amortir son investissement".

France 2 se paie son "Téléfoot"
"L'idée selon laquelle les droits vont baisser est une ineptie. Regardez ce qui vient d'arriver à TF1 qui a tenu le même raisonnement: elle a perdu 'Téléfoot' au profit de France 2", prévient pour sa part Jean-Michel Aulas, président de l'Olympique lyonnais. "Il n'y a de nouveaux entrants qui sont prêts à s'accaparer des lots au détriment de Canal. A ma connaissance, la Ligue pourrait d'ailleurs mettre sur le marché 7 ou 8 lots et ne se contenterait plus que de 3 lots", poursuit-il, dans un entretien accordé à Paris Match, avant de conclure: "Si j'étais dirigeants de Canal, je me battrais pour arracher, une nouvelle fois, l'exclusivité, car le foot permet d'augmenter le nombre d'abonnés".

Longtemps concentrée dans les mains de deux acteurs (TF1 et Canal +), la diffusion des matchs de football s'étend à de nouveaux acteurs. L'an passé, M6 a frappé un grand coup en diffusant 31 des 64 rencontres de la Coupe du Monde alors que sa filiale W9 a retransmis cette saison plusieurs rencontres de la coupe UEFA ainsi que la Copa America. Direct 8 diffusera cette année une cinquantaine de matchs internationaux. Même le service public s'y met: après la Coupe de la Ligue puis la Coupe de France, France Télévisions a en effet acquis fin mars les droits sur le magazine du dimanche , que possédaient TF1 depuis 30 ans.

Chaque dimanche, "France 2 Foot" aura ainsi l'exclusivité des résumés des matchs de ligue 1 de la veille pour 24,5 millions d'euros. Pour l'occasion, la chaîne a débauché Denis Balbir, l'un des commentateurs vedettes de Canal +, et table sur une part d'audience de 25%. "Nous avons fait le choix de laisser de côté l'Euro et la Coupe du Monde pour se concentrer sur le football français de club", explique Daniel Bilalian, directeur des sports du groupe. "Nous possédons aujourd'hui dans notre catalogue l'ensemble des compétitions françaises".

France Télévision consacre au football environ un tiers de son budget consacré aux droits sportifs. "Il s'agit d'un calcul stratégique", justifie-t-il. "Le football est le sport le plus populaire en France et a donc vocation à être diffusé sur le service public. C'est aussi un exceptionnel produit d'appel qui assure la pérennité des autres sports". L'investissement de 24 millions d'euros est certes important, "exorbitant" même selon Charles Villeneuve, patron des sports de TF1, mais "en terme de droits sportifs on ne rentre jamais dans ses frais", estime Daniel Bilalian. "C'est en revanche nécessaire pour assurer le standing de la chaîne et pour renforcer son attractivité auprès des annonceurs".

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