L'idée d'une Opep du gaz a du plomb dans l'aile

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Le président russe jugeait la semaine dernière"intéressante" l'idée de créer une Opep du gaz. Mais le Qatar, qui ambitionne de devenir le premier exportateur de gaz naturel liquefié (GNL) au monde s'y oppose.

L'idée caressée par Vladimir Poutine de créer une "Opep du gaz" a du plomb dans l'aile. Le ministre qatariote de l'Energie, Abdallah Ben Hamad Al-Attiyah, dont le pays ambitionne de devenir le premier exportateur de gaz naturel liquéfié (GNL) en l'an 2010, en a rejeté l'idée.

"Il n'y a pas lieu de créer une telle organisation car le gaz est différent du pétrole, a déclaré le ministre qatariote de l'Energie. "Nous disposons d'un Forum rassemblant les pays exportateurs de gaz qui se réunira en avril à Doha et que nous devons développer", a expliqué le ministre Qatari lors d'un forum économique dans les Emirats Arabes Unis.

Le président russe, dont le pays est le premier producteur mondial de gaz, a jugé la semaine dernière "intéressante" l'idée d'une "Opep du gaz" ajoutant toutefois que la Russie ne voulait pas "créer un cartel" mais qu'il serait "bien de coordonner nos activités" pour "assurer un approvisionnement fiable" aux consommateurs. L'idée a suscité un certain émoi en Europe. L'Union européenne est très dépendante de la Russie pour ses approvisionnements en gaz.

L'agence internationale de l'énergie (AIE), qui défend les intérêts des pays consommateurs, est montée au crénau dès vendredi pour dénoncer le projet russe. Selon l'AIE, une Opep du gaz serait "contre-productive pour les pays producteurs" car elle se traduirait par une réduction de la consommation et une substitution par d'autres énergies. Contrairement au pétrole, matière première stratégique évoluant sur un marché mondial, le gaz est commercialisé dans le cadre de trois grands marchés régionaux, américain, européen et japonais.

Le transport du gaz se faisant pour l'essentiel par gazoduc, les prix se négocient dans le cadre de contrats bilatéraux client/fournisseur à long terme. Il est donc difficile de réduire ou d'augmenter l'offre pour contrôler les prix. La Russie, par exemple, exporte la très grande mlajorité de son gaz vers l'Europe à travers un vaste réseau de gazoducs. La Russie et l'Europe sont donc dans un rapport de dépendance, l'une pour ses revenus, l'autre pour son approvisionnement.

Le développement du gaz naturel liquefié (GNL) pourrait progressivement changer la donne. Mais le GNL n'en est encore qu'à ses débuts même s'il connaît un essor rapide dans le Golfe et en Afrique de l'Ouest, notamment au Nigeria. Mais il n'y a actuellement pas d'infrastructures de liquéfaction de gaz en Russie qui dispose pourtant d'un tiers des réserves de gaz dans le monde. Le projet Sakhaline-2, dont le géant russe Gazprom est devenu le principal actionnaire en décembre, doit toutefois permettre d'exporter par bateau du gaz naturel liquéfié (GNL) à partir de l'été 2008, notamment vers le Japon.

Pour Jean Pierre-Favennec, économiste à l'Institut français du pétrole (IFP) les déclarations de Vladimir poutine sont avant tout de "la réthorique politique destinées à peser sur les rapports de force". Il faut être deux pour danser le tango et un peu plus encore pour espérer constituer un cartel. Or, le rapprochement avec l'Algérie n'en est pour l'heure qu'au stade des mots. L'Iran, qui dispose des deuxiémes réserves de gaz au monde, ne peut pas espérer devenir un exportateur avant des années. Le pays est obligé d'importer la moitié de son essence. La Norvège ne fera jamais partie d'un tel cartel. Et, le Qatar vient de fermer la porte.

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