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Philippe Dulbecco: "La réforme sur l'autonomie des universités ne va pas jusqu'au bout"

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Publié le 26 juillet 2008 à 01:20 - Mis à jour le 24 octobre 2008 à 18:14

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Pour Philippe Dulbecco, Président de l'université d'Auvergne, la réforme est encore trop timorée. Il aurait aimé aller encore plus loin, en instaurant une sélection pour les étudiants et des frais d'inscription plus élevés. Il dénonce la frilosité de cette "révolution" de l'université à la française.

La liste des 20 premières universités françaises amenées à devenir autonomes au 1er janvier 2009 a été dévoilée par Valérie Pécresse, ministre de l'enseignement supérieur, jeudi 24 juillet. Elles seront désormais maîtresses de leurs budgets et libres de recruter leur personnel, notamment des contractuels. Parallèlement, elles s'engagent à lutter contre l'échec en premier cycle, à assurer l'insertion professionnelle et la qualité de la recherche. Il s'agit désormais d'obtenir des résultats. Elles seront aidées par des fonds privés et pourront créer des "Fondations universitaires". Autre changement majeur, les présidents d'universités seront élus pour un mandat renouvelable de quatre ans par un conseil d'administration resserré à 30 membres (au lieu de 60), dont sept à huit personnalités extérieures à l'établissement.

latribune.fr: Pour quelles raisons votre université a-t-elle été sélectionnée par le ministère?

Philippe Dulbecco: Nous sommes la première université à avoir mis en place des réformes, anticipant de peu la loi LRU (libertés et responsabilités des universités), votée en août 2007. Notre conseil d'administration a été réformé dès juillet 2007, soit un mois avant. Nous sommes également les premiers à avoir mis en place une fondation universitaire en avril 2007, avec une vingtaine de partenaires tels que Michelin, Banque Populaire, Sanofi-Aventis, ou les laboratoires chinois Théa. Concrètement l'Etat a vu que nous étions capables de mener la réforme à bien. Désormais l'autonomie va être complète, ce qui signifie, entre autre, que si la gestion est mauvaise, les fonctionnaires ne seront pas payés. Il faut donc savoir gérer la masse salariale et la comptabilité, mais aussi la création d'emplois.

latribune.fr : Quels sont les plus et les moins de cette réforme pour votre établissement ?

Philippe Dulbecco: Nous sommes sûrs que cette réforme va nous permettre d'être plus efficace dès l'année 2009. Nous pourrons enfin mettre en place une politique incitatrice, affecter les fonds dans les secteurs porteurs, faire des choix drastiques pour garder les labos et les filières les plus dynamiques. Nous créerons des emplois là où ça marche. Bien sûr il y a aussi des risques. Le système sera forcément plus concurrentiel. Les équipes de gouvernance seront jugées sur leurs performances et sanctionnées en cas d'échec. A long terme, ne resteront sur le marché que celles qui auront des résultats. Mais cela ne me fait pas peur, je trouve cela très souhaitable pour la santé de nos universités. Ma seule crainte concerne le manque de moyens.

latribune.fr : Mais vous allez obtenir des aides de l'Etat pour mener cela à bien...

Philippe Dulbecco: Nous allons obtenir 250.000 euros jusqu'en janvier 2009, pour accompagner le lancement. Mais ce n'est pas énorme comparé au budget de l'université qui se monte à 85 millions d'euros par an. Nous espérons beaucoup plus du gouvernement. Si on ne donne pas de moyens suffisants aux universités, cette réforme sera un échec cuisant. Je pense que les arbitrages à venir avec Bercy seront saignants.

latribune.fr: Que répondez-vous aux critiques des syndicats d'étudiants et d'enseignants, concernant la mise à sac du service public, l'introduction de l'esprit d'entreprise dans le système universitaire ?

Phillipe Dulbecco: Ce n'est pas une privatisation, contrairement à ce qu'ont dénoncé les étudiants et les syndicats. Nous serons toujours financés par l'Etat. Et nous sommes là pour les étudiants, pour leur réussite. C'est dans leur intérêt si l'université est plus performante. De meilleurs laboratoires, une meilleure professionnalisation, ça donne plus d'emplois à la sortie. Avec les partenariats d'entreprises, on pourra anticiper la demande en amont. Je suis contre ce culte de l'université pour rien. Cinq ans d'études pour finir caissier ou vendeur, je trouve que c'est du gâchis économique et social.

latribune.fr : Y aura-il sélection et/ou hausse des frais d'inscriptions sur le long terme ?

Philippe Dulbecco: Malheureusement non! Mais j'y suis tout à fait favorable. Le gros problème c'est que l'Etat veut plus de performances mais refuse que l'on fasse payer des droits complémentaires ou que l'on sélectionne les étudiants (ces deux points ont été retirés de la loi LRU, suite aux contestations des étudiants, ndlr). C'est démagogique de refuser la sélection. De toute façon, elle se fera après sur le marché du travail. Je suis pour une sélection au niveau du master. Concernant les frais, la France pratique les tarifs les plus bas du système occidental, alors qu'en réalité c'est le système le plus inégalitaire ! Pour avoir des moyens de s'améliorer, il faudrait faire payer des frais plus importants mais proportionnellement aux revenus. Je pense que c'est peine perdue de batailler sur ces sujets. La France, le gouvernement et le corps social ne sont pas prêts à remettre ça en cause. Aujourd'hui, tout le monde opte pour l'attitude "on ne fait pas de vagues", on ne va pas jusqu'au bout. A mon grand regret, cette loi n'est pas complète...

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