Avignon à un train d'enfer

Les réservations du 62ème Festival d'Avignon sont ouvertes. Les trompettes d'ouverture des festivités résonneront à partir du 4 juillet au soir avec "Le Partage de midi" de Claudel donné hors les murs de la cité papale, dans la carrière Boulbon. L'ensemble du programme promet des confrontations d'idées et de jeux passionnantes. Détails.

Le choc des mots, le poids des images. Il n'est pas question ici, de parodier un célèbre slogan. Mais la fabrication de cette 62ème édition du festival d'Avignon qui se profile est marquée par la présence de deux grands artistes, la comédienne/tragédienne Valérie Dréville et le créateur/concepteur de spectacles Romeo Castellucci, tous les deux associés cette année à l'équipe dirigeante du festival, Hortense Archambault et Vincent Baudriller

A ce propos, cette "bande" éphémères des quatre donne sa vision de l'art théâtral, de sa relation avec le public d'Avignon, de la politique et de la culture le tout baigné dans l'histoire du festival, dans un petit livre passionnant "Conversation. Pour le Festival d'Avignon 2008" édité chez P.O.L. Il s'agit d'une retranscription d'un débat public qu'ils ont eu entre eux il y a quelques mois lors de la préparation de la manifestation. Passionnants dialogues.

Pour l'Italien Castellucci: "[A Avignon], il y a toujours une confrontation absolument essentielle du travail théâtral avec le public. [...] Ici, on fait partie d'une micro-dramaturgie: le Festival, ses spectacles, les artistes, l'équipe. [...] C'est incroyable, on ne retrouve cela nulle part ailleurs, avec cette intensité".

Pour la Française Valérie Dréville: "Le festival 1987 reste mon an un: c'est un choc qui va avoir des répercussions pour des années et des années. Ce combustible brûle toujours, vingt ans pus tard [...]. C'est pourquoi je reviens toujours à Avignon, parce que je n'en suis jamais vraiment partie...".

Et s'ils parlent de beaucoup d'autres choses encore, il y a ce qui les rapproche, ces spectacles qu'ils vont présenter, respectivement "La Divine Comédie" de Dante pour l'un et "Partage de midi" de Claudel l'autre. Dante, "c'est un texte autobiographique, et en même temps, cela le dépasse. Le texte outrepasse la vie vécue, c'est un acte poétique", explique Castellucci dont on connaît la fulgurance des images qu'il sait produire dans ses spectacles. "On retrouve la même chose chez Claudel, dans "Partage de midi", poursuit Valérie Dréville qui ajoute "Il s'agit du récit d'une crise personnelle, mais la parole dépasse évidemment cela, et la représentation doit rendre compte de cet écart, sinon l'anecdote menacerait le spectacle". Et c'est cet usage particulier des mots que l'on attend de la comédienne et des ses compagnons de route puisque ce Claudel sera le résultat d'un travail de groupe avec une mise en scène signée, outre Valérie Dréville, de Gaël Baron, Nicolas Bouchaud, Jean-François Sivadier et Charlotte Clamens, la seule qui ne sera pas aussi sur le plateau de scène.

Des détails sur le programme

Les trois parties du long poème de Dante, "La Divine Comédie", mises en scène par Romeo Castellucci/Societas Raffaello Sanzio, sont proposées dans trois endroits différents, avec dates et heures décalées (*). "Inferno" (L'Enfer) dans la Cour d'honneur du Palais des Papes ("C'est apparu comme une évidence", explique Castelluci qui ajoute "la façade du Palais est un visage de méchant, comme un personnage de l'Enfer. C'est une présence maléfique comme si le Palais était le lieu même du Jugement dernier"). "Purgatorio" sera au Parc des Expositions/Chateaublanc favorable là à un "théâtre où les objets ont "un grand rôle". Enfin "Paradisio" dans l'église des Célestins, une installation où le son et la lumière doivent entraîner le spectateur vers une fin qu'il "décidera lui-même".

On retrouvera aussi dans la Cour d'honneur un habitué du Festival, l'Allemand Thomas Ostermeier, patron de la Schaubühne à Berlin, avec sa version de "Hamlet" (Shakespeare) traduite par Marius von Mayenburg. Une adaptation qui, avec Ostermeier, devrait pointer nos violences contemporaines.

Dans cette même Cour, plus tard, en fin de festival, place à un couple étonnant qui a déjà excité beaucoup de monde: la chorégraphe Mathilde Monnier et le chanteur compositeur Philippe Katerine. Avec "2008 Vallée" et le titre à la pop déjantée ("Louxor, j'adore"), les Papes ne s'en remettront pas et ne voudront pas "couper le son"! Ailleurs, on suivra la version 1 (que certains ont pu déjà voir) et 2 de "Je tremble" de Joël Pomerat (à l'Opéra-Théâtre). Le metteur en scène belge Guy Cassiers revient à Avignon - lui aussi à l'Opéra-Théâtre - après son "Mefisto for ever" présenté l'an dernier avec deux propositions: le très musical "Wolfskers" et "Atropa. La vengeance de la paix". Des spectacles qui forment une sorte de trilogie autour des rapports entre "l'art, les artistes et le pouvoir". Un autre Belge, Ivo Van Hove, présente trois Shakespeare dans la foulée (6h, pauses comprises): "Coriolan"/ "Jules César"/ "Antoine et Cléopâtre". Stanislas Nordey poursuit son travail radical, politique, avec l'auteur Falk Richter en présentant "Das System". De la parole forte donc comme pour Arthur Nauzyciel qui retrouve la pièce du Scandinave Kaj Munk "Ordet" dont Carl Dreyer fit déjà un film.

Il faut citer aussi les propositions des metteurs en scène Claire Lasne Darcueil ("La Mouette", Tchekhov); Daniel Jeanneteau & Marie-Christine Soma ("Feux", August Stramm); Jan Fabre et son solo "Another sleepy dusty delta day" inspiré de la chanson "Ode to Billie Joe". Un autre solo de Wajdi Mouawad ("Seuls").

L'Argentin énigmatique Ricardo Bartis revient avec "La Pesca". Lola Arias & Stefan Kaegi s'installent dans la "culture monde" avec des garnements dans "Airport Kids". Philippe Quesne propose avec sa bande qui pioche dans tous les arts et sciences "L'effet de Serge" et "La Mélancolie des dragons". Notons l'étonnant François Tanguy ("Ricercar"), Johann Le Guillerm-Cirque ici ("Secret"), Heiner Goebbels ("Stifters Dinge")...

Il y aura des expositions comme celle des Frères Quay, celle de la Maison Jean Vilar sur Béjart en Avignon ou celle de la Collection Lambert (Douglas Gordon). Et encore de la danse (Emio Greco/Pieter C. Scholten, Olivier Dubois, Sidi Larbi Cherkaoui...), des 'Sujets à vif', des rencontres, etc.

Du 4 au 26 juillet. Informations sur le Festival: 04 90 14 14 60. Location: 04 90 14 14 14. Programme détaillé sur www.festival-avignon.com
Le Festival Off commencera plus tard, le 10 juillet jusqu'au 2 août.

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