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Société Générale: dépréciations de 7 milliards d'euros liées à une fraude et au "subprime"

La Tribune

Publié le 26 janvier 2008 à 04:20 - Mis à jour le 24 octobre 2008 à 18:34

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Cataclysme dans la banque française: la Société Générale va devoir lever 5,5 milliards d'euros de capitaux après la découverte d'une fraude et de nouvelles dépréciations d'actifs pour son exposition aux "subprimes", pour un montant de 6,9 milliards d'euros. La banque française dirigée par Daniel Bouton, dont la démission a été refusée, indique par ailleurs que son résultat sera positif en 2007, entre 600 et 800 millions d'euros, contre un bénéfice de 5,2 milliards en 2006. La Banque de France ouvre une...

Il s'appelle Jérôme Kerviel. Son nom va être maudit dans le monde de la finance. Le nom de ce jeune homme d'une trentaine d'année est donné comme celui qui serait à l'origine de la fraude monumentale de 4,9 milliards d'euros dont a été victime la Société générale, dans son activité de courtage, et qui a été révélée ce jeudi 24 janvier. Salarié de la banque depuis huit ans, il est payé 100.000 euros par an, primes et bonus confondus, et ne figurait pas parmi les grandes stars de la profession.

L'annonce de la Société Générale constitue un cataclysme pour le secteur bancaire français. Après des mois de messages rassurants sur la solidité de son activité et de sa faible exposition aux "subprimes", la Société Générale affiche 6,9 milliards de dépréciation, les 4,9 milliards de fraude, auxquels s'ajoutent 2 milliards de dépréciations liées à la crise des "subprimes", soit un montant similaire à celui des banques américaines Citigroup ou Merrill Lynch. Daniel Bouton a présenté sa démission au conseil d'administration de la Société Générale qui l'a rejetée et lui a renouvelé toute sa confiance ainsi qu'à l'équipe de direction.

Pour faire face à cette situation, la Société Générale a indiqué qu'elle allait procéder à une augmentation de capital de 5,5 milliards d'euros dans les semaines qui viennent. Les banques américaines JP Morgan et Morgan Stanley ont d'ores et déjà fait savoir qu'elles garantiraient l'augmentation de capital. L'assureur français Groupama a annoncé de son côté dans un communiqué qu'il apportait son soutien à l'augmentation de capital de la Société générale, "en souscrivant à hauteur de sa participation actuelle, soit 3,5% du capital". L'assureur précise qu'il "se réserve la possibilité de l'augmenter".

Dans la foulée, les agences de notation abaissaient la note de la banque. Fitch Ratings a abaissé de "AA" à "AA-" la note à long terme de la banque, estimant que l'ampleur de la fraude "soulève des questions sur l'efficacité des systèmes de la banque et créer un risque de réputation pour le groupe". Standard & Poor's a, pour sa part, annoncé placer sous surveillance avec implication négative la note de contrepartie à long terme AA de la Société Générale. L'agence dans le même temps confirme la note de contrepartie à court terme A-1+. Moody's abaissait sa note à Aa2/B- contre Aa1/B.

La Banque de France ouvre une enquête et tente de rassurer
La Banque de France a annoncé ce matin qu'elle va ouvrir une enquête pour examiner les conditions dans lesquelles la fraude est intervenue. Ce jeudi, Christian Noyer, le gouverneur de la banque centrale, tente de rassurer les marchés. Il indique que "la Société générale était dans une situation dangereuse vendredi", lorsqu'il a été informé de la fraude. Aujourd'hui, ajoute-t-il, "la banque est guérie". Il ajoute: "nous tirerons toutes les conséquences de l'enquête pour que des pare-feu évitent ce genre de situation à l'avenir. La banque centrale prend "acte du renforcement des fonds propres de la Société Générale qui permet de porter le ratio de fonds propres "tier1" de la banque à un niveau de 8%, après prise en compte des pertes liées à cette fraude et des dépréciations décidées pour faire face à la crise financière actuelle". De son côté, Christine Lagarde précise: "j'ai demandé à la Commission bancaire de proposer des contrôles additionnels, et notamment opérationnels destinés, à éviter que ne se reproduise ce type de situation".

La Société générale a porté plainte pour "faux en écriture de banque, usage de faux et intrusions informatiques" devant le parquet du tribunal de Nanterre contre le trader. Une enquête préliminaire a été ouverte par le Parquet de Paris et confié à la Brigade financière à la suite d'une plainte d'actionnaires. Une centaine d'actionnaires de la Société Générale, ont d'ailleurs déposé une plainte auprès du procureur de Paris pour "escroquerie, abus de confiance, faux et usage de faux et complicité, et recel".

Comme pour Calyon, la banque d'investissement du Crédit Agricole, la Société Générale a été victime de l'exposition d'un trader courant 2007 et début 2008, en charge d'activités de couverture de futures sur des indices boursiers européens. "Sa connaissance approfondie des procédures de contrôle, acquise lors des précédentes fonctions, lui a permis de dissimuler ses positions grâce à un montage élaboré de transaction fictives", précise le groupe dans son communiqué. Christian Noyer, le patron de la Banque de France, précise que les position frauduleuses "étaient sur des indices boursiers européens". Il ajoute que "les pertes sont très élevées car les conditions de marchés sont très mauvaises". Il précise que la fraude n'a "strictement rien à voir" avec le subprime.

Des déclarations qui laissent perplexes certains observateurs. Comment un seul homme peut-il faire perdre autant d'argent à une banque qui depuis des années à fait du contrôle des risques son cheval de bataille? C'est à se demander, estiment certains, si la Société Générale ne profite pas de cet incident pour cacher et masquer des problèmes bien plus importants sur sa prise de risques sur les subprimes.

Les syndicats de la banque, convoqués par la direction qui leur a annoncé la nouvelle, sont perplexes: "on tombe de notre chaise, c'est du jamais vu, on se demande comment ça a pu être possible, alors que nous sommes contrôlés parfois sur des broutilles", selon un représentant des salariés. Des clients ont été appellé ce jeudi par la banque pour les rassurer.

Malgré cette perte colossale, le bénéfice net de la banque française sera positif en 2007, estimé entre 600 et 800 millions d'euros. Mais la chute est spectaculaire par rapport au résultat net de 5,221 milliards en 2006.Le groupe prévoit de verser un dividende en ligne avec son objectif d'un taux de distribution de 45%.

Pour Daniel Bouton, pas question de changer quoi que ce soit. Le PDG de la Société générale n'entend pas modifier sa stratégie. "Ce terrible accident dont nous sommes victimes, avec cette fraude exceptionnelle, ne modifiera pas notre stratégie. Nous avons l'intention de la poursuivre, dans la mesure où nous nous attendons à avoir le soutien de nos actionnaires", a déclaré Daniel Bouton lors d'une conférence téléphonique. Interrogé sur une éventuelle fusion, il a réaffirmé que la banque avait les moyens de continuer "seule". "Nous ne recherchons pas spécifiquement dans cette direction", a-t-il ajouté

Cette catastrophe a coûté son poste au patron du pôle actions de la banque, Luc François. Ce dernier avait été nommé à la mi-décembre seul responsable du pôle actions et dérivés dont il partageait auparavant la co-responsabilité avec Christophe Mianné, numéro deux de la banque de financement et d'investissement (BFI) de la Société générale, alors promu seul patron des activités de marché. Le patron de la BFI, Jean-Pierre Mustier, a de même proposé de démissionner. Une démission qui a été rejetée par Daniel Bouton. "Je considère que Jean-Pierre Mustier est l'homme qu'il faut pour diriger la banque de financement et d'investissement. La banque de financement et d'investissement de la Société générale est une machine formidable et cet épouvantable accident ne mérite pas que nous détruisions l'outil qu'il a créé", a-t-il indiqué.

La cotation du titre a été suspendue ce matin, avant de reprendre en fin de matinée. A la clôture, l'action perdait 4,14% à 75,81 euros.

De son côté, le Premier ministre, François Fillon, a réagi en marge du Forum de Davos où il est actuellement présent. Le chef du gouvernement affirme suivre avec beaucoup d'attention la situation à la Société Générale. "La Société Générale a dû faire face à une fraude très importante. C'est une affaire sérieuse et, en même temps, c'est une affaire qui n'a rien à voir avec la situation des marchés financiers", a-t-il déclaré. "Je note que la banque malgré cette fraude affiche un bilan qui est un bilan positif", a-t-il tenu à souligner, ajoutant : "je note qu'elle a pris des mesures très importantes pour faire face à cette situation. Je note que la Banque de France a indiqué qu'il n'y avait pas d'inquiétude à avoir pour la solidité de cet établissement bancaire. Je m'en félicite".

La Tribune

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