La disponibilité en eau par habitant en Egypte atteint 570 m³ par an, bien en dessous du seuil de pauvreté hydrique fixé par l’ONU à 1 000 m³ par an.
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L’Egypte est un des pays africains les plus exposé au stress hydrique. Face à la raréfaction de l’eau, le dessalement s’impose comme alternative stratégique pour répondre aux besoins croissants des popualtions.
ACWA Power prévoit de construire en Egypte, une usine de fabrication de membranes d’osmose inverse, composants clés des usines de dessalement d’eau de mer. Le projet a été officialisé lors d’une rencontre au Caire le lundi 8 juin, entre le Premier ministre égyptien Mostafa Madbouly et une délégation conduite par Mohammad Abunayyan, président du Conseil d’administration de la société saoudienne.
Effet accélération
L’usine sera développée en partenariat avec l’un des plus grands fabricants mondiaux de membranes d’osmose inverse, ce qui doit permettre au pays nord-africain de réduire sa dépendance aux importations pour cette technologie critique, tout en créant une base industrielle locale dédiée au dessalement. Au-delà de l’outil industriel, ACWA Power prévoit aussi la mise en place d’un centre de formation local en fabrication de membranes et en exploitation d'usines de dessalement. L’entreprise a par ailleurs soumis des offres pour plusieurs projets de dessalement lancés par le ministère égyptien du Logement.
S’il n’est pas encore chiffré, cet investissement est déjà perçu comme un nouveau boost pour améliorer la capacité du pays des pharaons à faire face au défi de la rareté de l’eau. Selon des données de la direction générale du Trésor français publiées en août 2025, la disponibilité en eau par habitant y atteint 570 m³ par an, bien en dessous du seuil de pauvreté hydrique fixé par l’ONU à 1 000 m³ par an.
Obligation de diversification
Cette raréfaction pèse de plus en plus sur l’agriculture, l’industrie, le tourisme et l’approvisionnement en eau potable des zones urbaines et côtières. Le pays dépend à près de 98% du Nil pour ses ressources en eau douce, ce qui le rend extrêmement vulnérable aux variations de débit du fleuve, aux usages en amont et aux effets du changement climatique.
Dans ce contexte, diversifier les sources d’approvisionnement, notamment via le dessalement, est devenu une priorité stratégique dans la politique de l’eau. Le gouvernement ambitionne de faire passer les capacités nationales de dessalement d’eau de mer de 1,8 million de m³ aujourd’hui à 10 millions de m³ d’ici cinq à six ans.
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A l’horizon 2050, il veut avoir porté la capacité de production d’eau potable à 64 millions de m³ par jour, contre 0,8 million actuellement, à la faveur d’un investissement global de 134,2 milliards de livres égyptiennes (environ 2,24 milliards d'euros).
Un contexte régional favorable
L’investissement d’ACWA Power s’inscrit dans un mouvement plus large où plusieurs pays de la région Moyen-Orient & Afrique du Nord (MENA) renforcent leurs capacités de dessalement ou soutiennent des projets privés en la matière.
Selon le rapport « Fresh Perspectives: Emerging Issues and Opportunities for Desalination in the Middle East and North Africa » publié par la Banque mondiale en décembre 2025, le dessalement est désormais plus accessible, que ce soit à grande échelle dans les pôles urbains ou dans des systèmes plus petits et décentralisés, y compris dans les zones isolées ou en conflit. Il s’impose aussi comme une solution rentable pour un nombre croissant d’usages municipaux, industriels et agricoles à forte valeur ajoutée.
D’après l’institution bancaire, les investissements massifs portés par les pays à revenu élevé du Golfe ont permis de faire passer les coûts de dessalement de 2,5 à 5 $ par m³ dans les années 1980, à moins de 1 $ par m³ en moyenne aujourd’hui, certains projets récents descendant même à 0,4 à 0,5 $ par m³.
La zone concentrait en 2025, 46% de la capacité mondiale installée, contre 23% pour l’Asie de l’Est et du Pacifique et 11% pour l’Amérique du Nord. Par ailleurs, la Banque mondiale souligne que l’osmose inverse s’est imposée comme méthode privilégiée, grâce à une meilleure efficacité énergétique et à des coûts globaux plus faibles que les anciennes technologies thermiques. Dans un tel contexte, la fabrication de membranes annoncée en Egypte pourrait permettre de réduire l'actuelle dépendance aux chaînes d’approvisionnement internationales pour les équipements critiques, et de positionner le pays comme fournisseur potentiel de la région, alors que la demande pour ces technologies devrait continuer à croître.