Nickel : dans l’ombre de l’Indonésie, l’Afrique attend son heure

Emiliano Tossou, Agence Ecofin

Vue aérienne du site du projet de nickel de Kabanga, en Tanzanie, appelé à devenir l’un des gisements stratégiques du continent.
DR

Emiliano Tossou, Agence Ecofin

Vue aérienne du site du projet de nickel de Kabanga, en Tanzanie, appelé à devenir l’un des gisements stratégiques du continent.
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Lygend Resources étudie une entrée au capital du projet de nickel Kabanga, en Tanzanie, alors que Tsingshan veut développer un projet polymétallique incluant le nickel à Madagascar. Relayé début juin dans la presse internationale, cet intérêt d’acteurs chinois pour des gisements inexploités du continent rappelle que l’Afrique, acteur marginal d’un marché du nickel verrouillé par l’Indonésie, dispose de réserves qui pourraient compter si la demande liée à la transition énergétique se confirme.
Pour Kabanga, son propriétaire Lifezone Metals a confirmé lundi 8 juin que les négociations en vue d’un investissement stratégique, conduites dans un processus piloté par Standard Chartered, ont attiré plusieurs offres et devraient aboutir prochainement, sans commenter l’identité des candidats. À Madagascar, Tsingshan a soumis au gouvernement une proposition de parc industriel de plusieurs milliards de dollars couvrant une gamme de minéraux dont le nickel, inspirée de ses complexes indonésiens de Morowali et Weda Bay, a indiqué à Reuters le ministre des Mines Karl Andriamparany, qui précise que la proposition reste à l’étude.
Cet intérêt tranche avec le poids marginal du continent sur un marché mondial écrasé par l’Indonésie. Le pays asiatique concentre plus de 60 % de la production minière de nickel en 2025, là où l’Afrique pèse environ 4%, portée par ses deux principaux producteurs, Madagascar et l’Afrique du Sud. Ces deux pays assurent ensemble près de 59 % de la production continentale, devant le Zimbabwe, la Zambie et la Côte d’Ivoire.
La domination de Jakarta ne se limite pas aux volumes, elle fixe aussi les prix. Les capacités construites à bas coût par les groupes chinois en Indonésie ont installé le marché dans un excédent chronique, qui se situe à 283 000 tonnes en 2025 selon l’International Nickel Study Group. Cette pression a fait chuter drastiquement les prix du nickel ces dernières années, et contraint des producteurs à coûts élevés comme Glencore, BHP ou Sumitomo à fermer ou suspendre des actifs, voire à chercher des repreneurs.
Le cas le plus emblématique se trouve justement en Afrique. Le japonais Sumitomo a annoncé en mai la cession de sa participation de 54,17% dans le complexe Ambatovy, à Madagascar. La transaction est si défavorable que Sumitomo ne touchera rien, après avoir investi dans le projet depuis 2005, et accumulé des pertes d’environ 2,5 milliards de dollars.
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L’année 2026 apporte toutefois un répit. L’Indonésie a abaissé ses quotas d’extraction à entre 260 et 270 millions de tonnes humides, contre 379 millions autorisées en 2025, ce qui a propulsé les prix de 17% au premier trimestre selon la Banque mondiale, laquelle anticipe une hausse de 12% sur l’année. BMI a relevé sa prévision 2026 à 16 600 dollars la tonne, tout en attendant encore un excédent d’environ 324 000 tonnes, signe que l’embellie reste fragile et suspendue.
Les dossiers tanzanien et malgache peuvent être lus comme un test de l’attractivité du nickel africain. L’intérêt de Lygend pour la Tanzanie s’inscrit dans une stratégie plus large de diversification des groupes chinois hors d’Indonésie, dont la politique minière s’est durcie depuis l’arrivée au pouvoir du président Prabowo Subianto fin 2024. Kabanga concentre à lui seul une bonne part des espoirs africains sur le nickel, ses sulfures offrant une qualité de minerai adaptée à la production de batteries.
La demande pourrait donner un coup d’accélérateur à ces projets. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) projette un quasidoublement de la consommation mondiale de nickel d’ici 2050, les technologies de l’énergie passant d’environ 20 % de la demande en 2024 à plus de 40% en 2040 dans son scénario central. BMI anticipe pour sa part un basculement du marché en déficit et un pic de prix à 22 000 dollars la tonne en 2032. Dans l’immédiat, l’issue du processus engagé autour de Kabanga, attendue sous peu, donnera une première mesure de la capacité des producteurs africains à tirer parti de conditions de marché en voie d’amélioration.
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