La Zambie obtient le feu vert des investisseurs pour convertir sa dette en investissements électriques
Olivier de Souza, Agence Ecofin

Quand la gestion proactive de la dette devient moteur d'infrastructures énergétiques.
DR
Olivier de Souza, Agence Ecofin

Quand la gestion proactive de la dette devient moteur d'infrastructures énergétiques.
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La Zambie a obtenu en début de semaine l’accord de ses créanciers pour finaliser le rachat de son euro obligation de 1,36 milliard de dollars (1,18 milliard d’euros) arrivant à échéance en 2053, une opération qui associe gestion de la dette et financement d’infrastructures électriques. Les détenteurs de 97,85 % du montant principal ont apporté leurs titres, dépassant le seuil de 75 % requis pour déclencher un remboursement anticipé de l’ensemble de l’émission, permettant ainsi au gouvernement de racheter également les titres des investisseurs n’ayant pas participé à l’offre.
L’opération est financée par un prêt concessionnel de 600 millions de dollars de la Banque africaine de développement (BAD), complété par des ressources publiques. Elle permet de remplacer une dette de marché de long terme par un financement multilatéral plus favorable, dans un contexte de stabilisation progressive de l’économie zambienne.
Au delà de la gestion de la dette, environ 275 millions de dollars d’économies doivent être réorientés vers le réseau électrique national. Le gouvernement présente ce mécanisme comme la première opération africaine de « dette contre développement » dédiée au secteur de l’énergie.
Le mécanisme repose sur la conversion des gains issus du rachat de la dette en investissements productifs. L’écart entre la valeur nominale de l’obligation et son prix de rachat, combiné à des conditions de financement plus favorables, doit permettre de dégager des marges réinvesties dans l’électricité sur quinze ans.
Cette priorité répond à une contrainte structurelle majeure. Près de la moitié des 22 millions d’habitants n’ont toujours pas accès à l’électricité. L’amélioration du réseau constitue donc un enjeu social et économique.
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Le secteur minier renforce cette urgence. Deuxième producteur africain de cuivre, la Zambie dépend fortement d’une alimentation électrique fiable pour soutenir l’extraction et les exportations, dans un contexte de demande mondiale soutenue.
Cette opération intervient après la restructuration de la dette engagée depuis le défaut souverain de 2020, premier en Afrique pendant la pandémie de Covid 19. Depuis, les fondamentaux se sont améliorés avec une inflation en baisse, des réserves de change record et un kwacha parmi les devises les plus performantes en 2026, soutenu par la hausse du cuivre. Dans ce contexte, Fitch Ratings et S&P Global Ratings estiment que l’opération relève d’une gestion proactive de la dette.
Un groupe représentant plus d’un quart des détenteurs s’était initialement opposé à l’offre. Le gouvernement a relevé le prix de rachat de 78 à 84,35 cents par dollar et ajouté 65 millions de dollars d’incitations, permettant de dépasser le seuil de participation requis pour sécuriser l’opération.
Un facteur technique a également pesé. Il s’agit de l’absence de déclenchement d’une clause FMI qui aurait fait passer le coupon de 0,5 % à 7,5 % dès 2026, augmentant fortement le coût de détention de l’obligation. Sur le marché secondaire, le titre s’échangeait déjà proche du prix de rachat, traduisant l’anticipation du dénouement.
L’opération s’inscrit dans la continuité de l’après défaut de 2020. Elle réduit l’incertitude sur la trajectoire de la dette et remplace un financement de marché coûteux par un financement multilatéral plus concessionnel, marquant un changement de logique où la dette devient un outil de développement.
Elle intervient enfin dans un contexte politique sensible, alors que la Zambie prépare des élections en août 2026 et poursuit ses discussions avec le FMI pour un nouveau programme. Les conditions d’un retour durable aux marchés dépendront de cet accord et de la discipline budgétaire.
Olivier de Souza, Agence Ecofin