Financé par la Chine, le projet de surveillance urbaine « Safe City » se dessine en Guinée

Moutiou Adjibi Nourou, Agence Ecofin

Le dispositif prévoit entre autres 324 sites de vidéosurveillance, 8 centres de commandement, et 6 stations LTE.
DR

Moutiou Adjibi Nourou, Agence Ecofin

Le dispositif prévoit entre autres 324 sites de vidéosurveillance, 8 centres de commandement, et 6 stations LTE.
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En Guinée, le Conseil national de la transition (CNT), qui sert de Parlement, a validé le 13 mars dernier une convention de financement de 385,3 millions de yuans (environ 48,9 millions d’euros) conclue avec la Banque d’import-export de Chine. Ce prêt concessionnel signé le 30 juin 2025 constitue, selon Conakry, « le premier fruit concret du partenariat stratégique renforcé lors du Sommet FOCAC 2024 ».
Ledit partenariat porte entre autres sur un projet baptisé « Guinea Safe City », qui consiste en l’installation d’un réseau de caméras de vidéosurveillance intelligentes, de centres de commandement numériques, ainsi que d’un dispositif de régulation du trafic. Il mobilise l’expertise technologique du groupe Huawei et vise à équiper des zones jugées sensibles, notamment les ports, les frontières, les axes congestionnés et les infrastructures stratégiques.
« Il n’y a pas de développement durable sans sécurité, il n’y a pas de dynamisme économique sans mobilité fluide, et il n’y a pas d’innovation sans investissements technologiques stratégiques », a déclaré le ministre du Plan, Ismaël Nabé, soulignant la dimension économique et structurelle du projet.
Dans le détail, le dispositif prévoit 324 sites de vidéosurveillance dans huit villes, 8 centres de commandement, 900 terminaux portables pour les forces de sécurité, 100 équipements embarqués dans des véhicules d’intervention ainsi que 6 stations LTE pour sécuriser les communications. Les autorités guinéennes présentent le projet comme un levier de modernisation, destiné à « placer Conakry et les grandes villes au niveau des standards internationaux des métropoles mondiales », tout en améliorant la gestion du trafic et l’efficacité opérationnelle des forces de défense et de sécurité.
L’initiative guinéenne s’inscrit dans une dynamique continentale marquée par la diffusion rapide des solutions de « Safe City », largement portées par des financements et des technologies chinoises.
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Au Sénégal, le programme déployé depuis 2019 dans le cadre de « Smart Sénégal » repose sur un réseau de vidéosurveillance intelligent couvrant plusieurs grandes villes, dont Dakar, Thiès, Touba ou Saint-Louis. En 2020, près de 473 caméras sur les 500 prévues avaient déjà été installées, avec des équipements autonomes fonctionnant notamment à l’énergie solaire. Le système s’appuie sur un centre de commandement national et des centres régionaux interconnectés, permettant une coordination en temps réel des interventions des forces de sécurité.
Au Cap-Vert, le projet financé par la Chine et déployé avec la technologie de Huawei prévoit l’installation d’environ 750 caméras sur les principales îles, dont Santiago et São Vicente. Déjà opérationnel dans certaines zones, il permet une surveillance continue de l’espace public, notamment dans les zones urbaines et touristiques, et vise à améliorer la réactivité policière.
Plus au nord, l’Algérie illustre un niveau d’intégration plus avancé. Le pays a progressivement construit une architecture de surveillance urbaine combinant caméras intelligentes, centres de données et outils d’analyse avancée, avec un recours croissant à des partenaires technologiques étrangers, notamment chinois. Huawei y joue un rôle structurant, notamment dans le développement d’infrastructures de données et l’intégration de solutions de reconnaissance faciale et vocale. Dans les grandes villes comme Alger, Oran ou Constantine, plusieurs milliers de caméras ont été déployées.
Pour les autorités guinéennes, « Guinea Safe City » doit permettre de renforcer la sécurité publique, d’optimiser la gestion du trafic et de mieux coordonner les interventions dans des centres urbains en forte croissance. Au-delà de la dimension sécuritaire, le projet s’inscrit dans une logique plus large de transformation numérique et de modernisation des services publics.
La montée en puissance de ces dispositifs s’accompagne toutefois d’interrogations croissantes sur leurs modalités de gouvernance. La question du contrôle des données collectées, de leur localisation — entre hébergement local et infrastructures liées aux partenaires technologiques — ou encore des cadres juridiques encadrant leur utilisation, notamment en matière de protection de la vie privée, apparaît désormais centrale.
Autant d’enjeux encore peu explicités dans le cas guinéen, mais qui s’imposent progressivement dans le débat à mesure que ces technologies se diffusent sur le continent.
Moutiou Adjibi Nourou, Agence Ecofin
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