Le groupe Galp Energia, plus grande compagnie pétrolière du Portugal, a réaffirmé son intention de se renforcer dans l'exploration en Afrique.
DR
À l’heure où de nombreux acteurs du secteur pétrolier ajustent leurs stratégies face à une transition énergétique plus lente que prévu, Galp Energia dit vouloir miser sur une approche diversifiée. L’Afrique est appelée à jouer un important rôle dans sa stratégie.
Le groupe Galp Energia, plus grande compagnie pétrolière du Portugal, a réaffirmé son intention de se renforcer dans l’exploration en Afrique. La compagnie, qui a récemment amorcé la production de son grand gisement Bacalhau au Brésil, maintient ses ambitions en Namibie et à São Tomé-et-Príncipe.
Lors d’un point presse tenu à Lisbonne le mardi 21 octobre, l’un de ses administrateurs, Nuno Bastos, a confirmé que le groupe entend poursuivre ses efforts d’exploration sur plusieurs marchés à fort potentiel et dits « de frontières », notamment en Afrique. Dans le détail, il a évoqué les récents bouleversements géopolitiques et l’impact durable de la guerre en Ukraine sur la sécurité énergétique. « La transition énergétique est en cours, mais elle prendra plus de temps que ce que l’on avait imaginé. L’Europe a encore besoin de combustibles fossiles » a-t-il déclaré, selon des propos rapportés par Bloomberg.
Celui qui assure que la compagnie n’est pas « accro au pétrole » indique néanmoins que Galp continuera de « chercher des opportunités de croissance » et de « multiplier les permis » pour augmenter ses chances de succès en matière d’exploration. « Nous allons continuer à faire ce que nous savons faire, tout en investissant dans la prochaine génération d’énergies ».
Une stratégie d’expansion ciblant l’Afrique
L’intérêt réaffirmé de Galp pour le continent africain s’inscrit dans une dynamique débutée il y a plusieurs années. En Namibie, le groupe opère le bloc PEL 83 situé dans le bassin offshore d’Orange, où il y mène depuis plusieurs années des campagnes d’exploration ayant conduit à la découverte du gisement Mopane. En avril 2024, il a annoncé que les premières estimations suggéraient un potentiel d’environ 10 milliards de barils équivalents pétrole, un volume qui, s’il est confirmé par des études complémentaires, en ferait l’un des actifs les plus prometteurs découverts récemment dans la région.
La compagnie affirme vouloir passer rapidement du stade de la découverte à celui de la production. Elle cherche à céder jusqu’à la moitié de sa participation de 80 %, afin de s’associer à un partenaire capable de co-développer le projet. À ce jour, plusieurs grands groupes ont été approchés, dont Shell, Petrobras, Equinor ou encore ExxonMobil selon des sources concordantes, sans qu’un accord ne soit encore finalisé. Selon Nuno Bastos, un accord devrait toutefois être conclu « d’ici la fin de l’année ».
Newsletter
Ma Tribune
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.
Il faut souligner que plusieurs facteurs inhérents au projet peuvent compliquer les négociations. Mopane se trouve en eaux très profondes, à plus de 3 000 mètres sous le niveau de la mer. Son développement nécessitera des infrastructures lourdes, comme une unité flottante de production (FPSO) et des installations sous-marines. Entre autres paramètres évoqués par des médias spécialisés, on retrouve l’interdiction de torchage imposée par la réglementation namibienne, ainsi que les nouvelles exigences en matière de contenu local, qui imposent aux opérateurs étrangers de soumettre des plans détaillés d’emploi, de sous-traitance nationale et de transfert de compétences.
À São Tomé-et-Príncipe, le groupe portugais détient des intérêts dans trois blocs offshore situés dans le bassin de la Muni. Il est l'opérateur des blocs 6 et 12, avec des participations respectives de 45% et 41%, aux côtés de partenaires comme Shell, Equator Exploration et l’agence nationale ANP-STP. Dans le bloc 11, Galp détient une participation non opérante de 20%, dans un consortium dirigé par Shell et incluant également Petrobras.
En 2022, il a foré son premier puits d’exploration dans le pays sur le bloc 6. Si la cible initiale ne s’est pas révélée exploitable, les opérations ont permis de confirmer l’existence d’un système pétrolier actif et de collecter des données géologiques importantes, sur la base desquelles de nouvelles étapes exploratoires doivent être définies.
Désengagement et repositionnement
L’intérêt de Galp pour certains marchés africains s’accompagne d’un repli dans d’autres. En 2024, le groupe s’est retiré du Mozambique, en cédant ses 10% de participation dans la zone 4 de Rovuma à la compagnie émiratie Adnoc. Il s’était déjà désengagé en 2023 de plusieurs actifs offshore en Angola, vendus à la société locale Etu Energias.
En Guinée-Bissau, Galp a récemment finalisé la cession de ses actifs à l’entreprise togolaise Zener International Holding, dans une opération structurée avec le soutien d’Ecobank et de la BOAD. Selon Nuno Bastos, les projets détenus aujourd’hui par le groupe sur le continent constituent, avec son actif au Brésil, « un portefeuille équilibré ». Dans le tableau dressé, le projet brésilien est en production, celui namibien en phase d’évaluation, et les blocs de São Tomé positionnés comme des opportunités de croissance à long terme.
Si Galp cherche à optimiser son portefeuille, les pays hôtes, eux, formulent aussi des attentes précises à l’égard de ces investissements. Sur un continent où s'observe de plus en plus un regain de nationalisme autour des ressources naturelles, les autorités attendent que la présence de groupes internationaux s’accompagne de retombées économiques tangibles : création d’emplois qualifiés, montée en compétences locales, transferts technologiques, revenus fiscaux et respect des normes environnementales.
Dans un contexte où les règles se durcissent déjà dans certaines juridictions, la capacité de Galp à répondre à ces exigences sans compromettre ses propres équilibres, sera probablement un facteur déterminant dans la poursuite de son ancrage en Afrique.