Le Kenya restructure le financement de son principal aéroport à Nairobi dans un contexte de forte concurrence régionale et de contraintes budgétaires, en s’appuyant sur deux institutions africaines pour mobiliser des capitaux publics et privés.
Le Kenya a mandaté la semaine dernière, la Trade and Development Bank (TDB) et l’Africa Finance Corporation (AFC) pour structurer un financement d’environ 1,2 milliard de dollars, soit 1,04 milliard d’euros, destiné à l’extension et à la modernisation de Jomo Kenyatta International Airport (JKIA), principal hub aérien du pays.
L’ aéroport affiche déjà des signes de saturation. Il aaccueilli 8,8 millions de passagers en 2025, pour une capacité nominale d’environ 8 millions. Le projet vise à absorber cette pression et à anticiper la croissance future du trafic. Les travaux prévus couvrent la réhabilitation des infrastructures existantes, l’extension des pistes et des aires de stationnement, la modernisation des systèmes opérationnels et la construction d’un nouveau terminal. L’ensemble doit porter la capacité annuelle à 22 millions de passagers, avec une montée en puissance progressive envisagée à plus long terme, incluant des extensions complémentaires de capacité et une amélioration des mouvements d’aéronefs.
Le rôle confié à la TDB et à l’AFC consiste à structurer un montage financier capable de mobiliser des institutions de financement du développement et des banques commerciales. L’objectif est de compléter les ressources domestiques et la dette autour d’une architecture hybride adossée aux revenus futurs générés par l’aéroport.
Un modèle financier adossé aux revenus de l’aéroport
Le schéma repose sur une logique de financement par les flux de JKIA. Les redevances aéroportuaires doivent servir de base au remboursement de la dette, dans une structure estimée à environ 30% de capitaux propres et 70% de dette. Cette approche vise à limiter l’impact direct sur le budget de l’État, déjà sous pression, tout en diversifiant les sources de financement des infrastructures.
Dans cette logique, le projet s’inscrit également dans un dispositif domestique de mobilisation de ressources. En mars 2026, les autorités ont annoncé l’utilisation partielle des recettes issues de la privatisation de Kenya Pipeline Company (KPC) pour financer les infrastructures, dont JKIA. Cette opération a permis de lever environ 820 millions de dollars, dont une enveloppe de 155 millions de dollars pourrait être affectée comme capital initial via le Fonds national pour les infrastructures. Ce mécanisme constitue une première utilisation d’ampleur des produits de privatisation pour financer des projets structurants.
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Le projet avait été suspendu en 2024 après l’annulation d’un accord avec le groupe indien Adani, à la suite de l’inculpation de son fondateur aux États-Unis. Cette interruption a conduit à une refonte du montage initial et à la relance d’un appel d’offres international concurrentiel.
Selon plusieurs informations de marché, la China Communication Construction Company aurait été retenue pour les travaux. Cette piste n’a toutefois pas été confirmée officiellement, les autorités indiquant que le processus d’évaluation reste en cours avant la désignation finale de l’entreprise.
Un environnement régional concurrentiel
Au-delà du chantier, l’extension de JKIA s’inscrit dans une dynamique régionale de concurrence entre hubs aéroportuaires. Le Kenya cherche à consolider sa position face à l’Éthiopie et au Rwanda, qui investissent également dans leurs capacités pour capter les flux de passagers et de fret.
Dans ce contexte, l’aéroport de Nairobi est considéré comme un actif stratégique pour le commerce, le tourisme et l’investissement. Le projet doit également accompagner les ambitions d’intégration régionale portées par la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), où la fluidité des infrastructures de transport constitue un facteur clé de compétitivité.
Les retombées attendues dépassent le seul secteur aérien. Le chantier devrait irriguer la construction, l’ingénierie, la logistique, le tourisme et les services liés à l’aviation. La réussite de l’opération dépendratoutefois de la capacité à sécuriser les financements, coordonner les différentes sources de capital et respecter un calendrier d’exécution estimé à trois ans dans un environnement financier encore contraint.