Le repli de Lukoil sur le marché pétro-gazier africain ouvre de nouvelles perspectives pour l'Europe

Fondé en 1991, Lukoil est le deuxième plus important producteur de pétrole de Russie
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Fondé en 1991, Lukoil est le deuxième plus important producteur de pétrole de Russie
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Avec l’annonce le 22 octobre 2025 de sanctions américaines à l’encontre de Lukoil (et son analogue Rosneft), ce dernier s’est vu contraint de repenser ses implantations internationales. Washington a gelé les actifs du pétrolier russe aux USA, et globalement donné aux entreprises locales jusqu’au 21 novembre pour mettre fin à leur collaboration avec lui. L'administration américaine menace par ailleurs de « sanctions secondaires »quiconque continuerait à commercer avec sa cible hors de sa juridiction.
Fondé en 1991, Lukoil est le deuxième plus important producteur de pétrole de Russie derrière Rosneft. L’entreprise est intégrée sur toute la chaîne de valeur, de l’exploration à la distribution, et fait l’objet de critiques en raison de son implication perçue dans le financement indirect de l’effort de guerre russe.
Lukoil a réagi en lançant un plan de cession de ses actifs internationaux, dans le cadre d’une licence « wind-down » accordée par l’Office of Foreign Assets Control (OFAC). Cette mesure reflète une impossibilité de maintenir des opérations d’envergure dans un environnement où les transactions avec les banques, assureurs et transporteurs majeurs, notamment en dollars US, deviennent inaccessibles. La cession concernera plusieurs projets répartis, entre autres, dans cinq pays africains, même si la compagnie n’a pas encore précisé lesquels. L’examen des offres d'acheteurs potentiels a déjà débuté.
En Afrique, Lukoil dispose d’un portefeuille diversifié d’actifs pétroliers et gaziers. Au Cameroun, elle détient 37,5 % du bloc Etinde, projet offshore susceptible de devenir le troisième champ gazier opérationnel du pays, en partenariat avec Bowleven et New Age. En Égypte, elle opère à parts égales dans le bloc WEEM Extension et détient 24 % du projet Meleiha. Le groupe est aussi présent dans le bloc OML-140 au Nigeria, le bloc Tano au Ghana, et détient 25 % du permis Marine XII en République du Congo, destiné à la production de gaz naturel liquéfié.
En 2022, il indiquait vouloir développer son activité sur le continent, soulignant que « de nombreuses opportunités s’y présentent, notamment en raison de la situation actuelle [guerre Russie - Ukraine, Ndlr.] », et que « même nos traders vendent davantage de pétrole aux pays africains ». D’ailleurs, il y a quelques semaines, le milliardaire nigérian Aliko Dangote critiquait la qualité du carburant russe qui « inonde » le marché africain.
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Parallèlement, ce retrait traduit une réorganisation plus large des priorités de Lukoil, qui cherche à sécuriser ses opérations et limiter ses risques dans les zones les plus exposées. Grâce à la société pétrolière, la Russie se façonnait une présence africaine robuste et intégrée, de l’exploration à la distribution, diversifiant ses revenus hors Europe et contournant l’isolement imposé par les puissances occidentales. Son repli compromet ce schéma.
Le retrait de Lukoil crée une fenêtre d’opportunité pour les entreprises européennes, particulièrement dans le secteur gazier. L’UE a acté il y a deux semaines, un calendrier strict de sortie progressive du gaz russe : à partir de janvier 2026, les livraisons de gaz sous nouveaux contrats seront interdites, et la date butoir pour les contrats à long terme est fixée au 1er janvier 2028. Cette décision complète les interdictions précédentes sur le charbon et le pétrole russes, et traduit une volonté de réduire à zéro la dépendance énergétique à l’égard de Moscou.
Dans ce contexte, les actifs africains de Lukoil, notamment ceux liés au gaz naturel liquéfié, représentent des opportunités pour diversifier les approvisionnements européens. Le bloc Etinde, le permis Marine XII et le projet Meleiha pourraient attirer des opérateurs européens désireux de sécuriser des sources alternatives de gaz, hors influence russe. La combinaison de la vacance laissée par Lukoil et de la contrainte temporelle imposée par l’UE crée un scénario favorable à une reprise rapide de ces projets.
Pour les acteurs européens, cela constitue une double opportunité : sécuriser des approvisionnements alternatifs et renforcer leur présence sur des marchés africains à fort potentiel gazier, tout en contribuant à la réduction de la dépendance au gaz russe. En pratique, l’intérêt européen pourrait se traduire par des acquisitions de parts dans les projets existants ou des partenariats avec des opérateurs locaux, assurant la continuité de la production et anticipant les besoins énergétiques de l’UE comme de l'Afrique. Cette dernière apparait dès lors comme un terrain clé pour la redéfinition des flux énergétiques internationaux.
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