Édouard Philippe sur le ring. L’édito de Bruno Jeudy

Édouard Philippe au Havre, le 19 juin 2026.
Sébastien Leban pour La Tribune Dimanche

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Rarement candidat à l’Élysée aura autant couru avant le signal du départ. Édouard Philippe s’est déclaré officiellement en 2024, mais il court en réalité depuis le jour où il a quitté Matignon, en juillet 2020. Six ans de patience, de positionnement, de construction méthodique. Six ans à faire de la politique comme d’autres font de l’endurance – sans éclat, sans fièvre, en gérant son effort.
Le résultat est là, mais il n’est pas suffisant. Le maire du Havre a franchi l’obstacle des municipales sans trébucher. Il résiste dans les sondages, figure en tête des candidats de droite et du centre, et demeure à ce jour la meilleure chance de cet électorat pour barrer la route au Rassemblement national. C’est beaucoup. Ce n’est pas assez. Car Édouard Philippe n’a pas tué le match. Il n’a pas créé ce moment, cette étincelle, cet élan qui transforme un candidat sérieux en candidat désirable. Il reste le favori par défaut d’un camp qui cherche encore son souffle.
Face à lui – ou plutôt à côté de lui –, Gabriel Attal a réussi son entrée en campagne avec l’aisance de ceux qui ont peu à perdre et tout à prouver. Bruno Retailleau, lui, résiste et incarne une droite plus dure, plus assumée, qui ne demande pas la permission. Le paysage n’est pas figé. Il est même, en ce début d’été, plus ouvert qu’il n’y paraît.
Alors Édouard Philippe va devoir choisir. Afficher son envie, pas seulement sa compétence. Montrer sa détermination, pas seulement sa rigueur. Susciter de l’enthousiasme au-delà du cercle juppéiste qui lui sert de base mais aussi de plafond. Rallier des figures, élargir sa coalition, enclencher une dynamique. Le sérieux ne suffit pas à gagner une présidentielle. Il faut aussi du désir.
L’admirateur de Bruce Springsteen gagnerait à se rappeler des paroles du tube Dancing in the Dark : « On ne peut pas allumer un feu sans étincelle ». À sa décharge, Philippe a raison sur le fond. Il a raison de privilégier les débats de fond.
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Raison de refuser la peopolisation à laquelle se livrent sans complexe Jordan Bardella et Gabriel Attal, qui en usent et en abusent comme d’un carburant électoral. Cette posture a une noblesse. Elle a aussi un risque. Mais peut-être que les Français, épuisés par la politique spectacle et l’esbroufe de professionnels de la communication, lassés par les « tsunamis de promesses », selon son expression, aspirent justement à autre chose.
Peut-être que le pari d’Édouard Philippe est le bon. Comme le disait Pierre Mendès France : « Les électeurs valent mieux que ce que croient les démagogues. » Le poteau d’arrivée du premier tour est encore loin. Mais en ce début d’été, c’est bien lui qui joue le plus gros et qui a le plus à gagner à rester lui-même.
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