L’accord couvre 15 blocs offshore répartis sur environ 49 089 km² dans le bassin MSGBC, une aire partagée avec la Mauritanie, le Sénégal, la Gambie et la Guinée-Bissau.
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Alors que l’exploration pétrolière en eaux profondes connait un certain regain d'intérêt sur la façade atlantique ouest-africaine, les majors réorientent leurs stratégies vers des bassins encore peu explorés, mais jugés prometteurs. Ceci dans un contexte de recomposition des portefeuilles mondiaux d’hydrocarbures.
La Guinée a accordé au groupe énergétique italien Eni, des permis de reconnaissance couvrant 15 blocs offshore, sur une superficie d’environ 49 089 km² au large de ses côtes. L’accord, signé à Conakry le 4 juin dernier avec le ministère des Hydrocarbures, cible le bassin MSGBC, une aire géologique partagée avec la Mauritanie, le Sénégal, la Gambie et la Guinée-Bissau.
Valable un an et renouvelable, il doit mettre fin à une longue période de faible activité exploratoire dans l’offshore guinéen, et introduire le pays dans le cycle actuel d’intérêt des majors pour les bassins frontières de l’Atlantique.
Permis limités
L’opération illustre un mouvement désormais fréquent dans l’industrie pétrolière, à savoir la sécurisation de vastes blocs contigus afin de maximiser les options d’exploration. En couvrant un périmètre étendu, Eni se donne la capacité de conduire des campagnes sismiques approfondies et d’identifier progressivement les zones les plus prospectives, avant tout engagement de forage.
À ce stade, les permis restent limités à la reconnaissance géologique et géophysique, étape préalable indispensable à toute décision d’investissement lourd en offshore profond. Cette stratégie correspond à une approche éprouvée du groupe, dans une Afrique où il alterne implantation rapide et montée en puissance progressive, comme observé en Côte d’Ivoire avec le développement du champ Baleine.
Elle s’ajoute à une série d’accords récents conclus en Sierra Leone et en Guinée équatoriale, confirmant une accélération de sa présence sur les marges encore peu explorées de la partie occidentale du continent.
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Un effet d’entraînement sur l’exploration régionale
Au-delà du cas guinéen, cette opération traduit une reconfiguration plus large des dynamiques d’exploration dans le bassin MSGBC et ses extensions atlantiques. La mise en production du projet gazier Greater Tortue Ahmeyim entre la Mauritanie et le Sénégal, ainsi que le développement du champ pétrolier Sangomar au Sénégal, ont constitué des points de validation majeurs du potentiel géologique de la zone.
Ces projets ont contribué à réduire le risque perçu par les opérateurs, et à déclencher une nouvelle phase d’appétit pour les bassins frontières, longtemps considérés comme secondaires dans les stratégies des majors.
Ce changement d’échelle se reflète désormais dans plusieurs juridictions voisines. La Sierra Leone a multiplié les accords d’exploration avec des acteurs comme Shell, Eni et Marginal Energy. La Guinée-Bissau a engagé de nouveaux partenariats pour accélérer l’évaluation de son offshore profond, tandis que São Tomé-et-Príncipe cherche à structurer un cadre plus attractif pour capter des investissements.
Dans cet ensemble, la façade atlantique ouest-africaine apparaît moins comme un marché isolé que comme un continuum exploratoire en recomposition, alimenté par la recherche mondiale de nouvelles réserves.
Potentiel offshore et dépendance structurelle
Pour la Guinée, l’enjeu est double. Fortement adossé à l’exploitation minière, notamment de la bauxite, de l’or et du fer, le pays reste dépendant des importations de produits pétroliers raffinés. L’émergence d’un potentiel offshore, s’il se confirmait, pourrait progressivement élargir sa base économique et stimuler des effets d’entraînement dans les infrastructures, la logistique et les services industriels.
Mais cette perspective reste sujette à un processus long, où les résultats des campagnes sismiques, les arbitrages d’investissement et la viabilité commerciale des éventuelles découvertes seront déterminants. Dans ce contexte, l’entrée d’Eni en Guinée ne constitue pas encore une inflexion productive, mais plutôt un marqueur de positionnement dans une nouvelle phase de compétition sur les bassins frontières.
Elle confirme que Conakry n’est plus en marge des stratégies d’exploration offshore, mais intégrée à une dynamique régionale plus large où les majors reconstituent progressivement leur présence sur la façade atlantique africaine, à la recherche de futurs relais de production.