Signature d’un partenariat entre Ecobank Ghana et Sentuo pour soutenir l’agrandissement de la raffinerie de Tema.
Photo DR
Face à la hausse de la demande en carburants et à la dépendance persistante aux importations, plusieurs pays africains renforcent leurs capacités de raffinage. Le Ghana s’inscrit dans cette dynamique avec l’expansion de la capacité de l’usine de Sentuo.
Ecobank Ghana a été mandatée comme arrangeur principal d’un financement syndiqué de 200 millions USD (173,6 millions d’euros) destiné à soutenir la deuxième phase de développement de la raffinerie Sentuo Oil, située dans la zone industrielle de Tema. L’opération vise à mobiliser un consortium de financiers locaux, régionaux et internationaux afin d’accompagner l’extension progressive de l’installation vers une capacité cible de 5 millions de tonnes de pétrole brut par an, soit environ 100 000 barils par jour.
Mise en service en janvier 2024, la raffinerie Sentuo est le fruit d’un partenariat public-privé entre l’État ghanéen et le groupe chinois Sentuo. Elle a démarré avec une capacité initiale de 1,5 million de tonnes par an, soit plus de 30 000 barils par jour. Dès sa première phase, l’installation a été pensée comme un projet évolutif, avec une montée en puissance progressive jusqu’à 5 millions de tonnes de capacité annuelle.
Selon la National Petroleum Authority (NPA), la raffinerie contribue déjà à environ 30 % de la consommation locale de carburants, ce qui en fait un acteur significatif dans un marché encore largement dépendant des importations.
« Ce financement constitue une étape importante pour la raffinerie et pour les secteurs industriel et énergétique du Ghana, et démontre la capacité d’Ecobank à structurer des solutions financières à grande échelle alignées sur les objectifs de développement », a indiqué Abena Osei-Poku, directrice générale d’Ecobank Ghana.
Un marché encore dominé par les importations
Malgré la présence de capacités locales, le Ghana demeure structurellement dépendant des produits pétroliers importés. Lors de la mise en service de Sentuo, les autorités estimaient que près de 97 % des produits pétroliers consommés dans le pays étaient importés.
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Cette dépendance reste élevée. En 2025, les importations de produits pétroliers ont atteint 8,71 milliards de litres, contre 6,2 milliards un an plus tôt, selon les données de la Chambre des sociétés de commercialisation pétrolière (COMAC). Dans le même temps, la consommation nationale a poursuivi sa progression pour atteindre 7,45 milliards de litres, portée principalement par la demande en essence et en diesel. Les produits pétroliers représentent entre 30 % et 32 % des importations totales du pays, ce qui en fait le premier poste d’importation de l’économie ghanéenne.
Dans ce contexte, les autorités ghanéennes cherchent à rééquilibrer la structure du secteur pétrolier en favorisant davantage la transformation locale du brut. Le président John Dramani Mahama a d’ailleurs récemment indiqué qu’une première cargaison de brut national serait bientôt livrée à la raffinerie de Tema (TOR), dans le cadre d’une stratégie visant à rompre progressivement avec le schéma consistant à exporter le pétrole brut puis importer les produits raffinés.
Cette orientation s’inscrit dans une dynamique plus large observée dans plusieurs pays producteurs africains comme le Nigeria ou encore l’Angola, qui investissent dans leurs capacités de raffinage afin de réduire leur exposition aux importations et de retenir davantage de valeur ajoutée dans leurs économies.
Accès au brut et le rythme des investissements
Malgré ces ambitions, le développement du raffinage local reste confronté à plusieurs contraintes. Le Ghana continue d’exporter la totalité de son brut national, en raison de sa forte valeur sur les marchés internationaux, ce qui limite l’approvisionnement des raffineries locales.
Par ailleurs, la stabilité opérationnelle des infrastructures et la conformité aux standards techniques demeurent des enjeux importants pour le secteur. Sentuo elle-même a connu des interruptions d’activité et des ajustements réglementaires depuis son lancement, avant de reprendre ses opérations et d’annoncer un programme d’investissement supplémentaire de 980 millions USD pour soutenir sa phase 2.
Selon COMAC, le raffinage local pourrait couvrir une marge significative de la consommation nationale dans les prochaines années, à condition que les capacités soient renforcées et que les investissements suivent.
Dans ce cadre, le financement en cours de structuration par Ecobank apparaît comme une étape intermédiaire dans une stratégie plus large visant à faire évoluer le Ghana vers une plus grande autonomie dans la transformation de ses ressources pétrolières. Si la montée en capacité de Sentuo se confirme, le pays renforcerait significativement sa base de raffinage et réduirait progressivement sa dépendance aux importations de produits pétroliers.